Hokhma 106 - spécial Israël

novembre 2014
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Édito

A Jérusalem, de nos jours, il existe dans les hôpitaux de la ville un service particulier destiné à recevoir les personnes atteintes de ce que l'on appelle le « syndrome de Jérusalem ». Cette pathologie particulière concerne principalement des touristes qui, en visitant la vieille ville et les lieux saints, se sentent tout à coup pris d’une sorte de folie mystique qui les pousse à prophétiser en pleine rue à haute voix, ou à faire des actions déraisonnables, comme tenter de balayer le kottel (l’esplanade devant le Mur des Lamentations). Statistiquement, ce syndrome touche principalement des touristes chrétiens, puis des juifs de la diaspora et seulement quelques musulmans.

Au-delà de son aspect anecdotique, ce phénomène remarquable montre à quel point la ville de Jérusalem est chargée en émotion religieuse. On dit souvent que Jérusalem est la ville sainte des trois religions monothéistes. Pour le judaïsme cela peut sembler évident : Jérusalem est la ville de David et du Royaume de Juda et aussi le cœur du judaïsme après l'Exil à Babylone, dans l'Ancien Testament. Pour les musulmans, Jérusalem est la troisième ville sainte après Médine et la Mecque. Mais qu’en est-il pour le christianisme ?

Il apparaît que, dès les premiers siècles de l'histoire de l’Eglise, le statut de Jérusalem et de la « Terre Sainte » était débattu. Jérôme (4e siècle), venu en pèlerinage à Jérusalem, déplore que ce n’est qu’une ville comme les autres, dépourvue de caractère propre à sanctifier le croyant. Ne vous imaginez pas, disait-il, que quelque chose manquera à votre foi parce que vous n’aurez pas vu Jérusalem ! Au contraire, pour Cyrille d'Alexandrie (4e siècle), Jérusalem doit être considérée comme une ville sainte car elle reste centrale dans le plan de Dieu. C’est dans ce sens que l’on voit fleurir, au Moyen-Age, des cartes représentant Israël au centre du monde, comme le cœur d'une fleur avec les autres continents figurés comme ses pétales. Cette vision du monde avait par ailleurs une portée cosmologique et théologique.

Les chrétiens, au cours de l’histoire, semblent osciller entre ces deux positions : soit un désintérêt cordial, soit une passion dévorante. Ces deux tendances se retrouvent encore de nos jours, dès qu’il est question d’Israël dans les média. Sujet polémique au plus haut point, le débat autour de la place à donner à l’Etat d’Israël et au peuple juif est propre à susciter des querelles parfois virulentes. Les approches théologiques peuvent même s’avérer tout à fait contradictoires, au sein même du christianisme, d’où certaines dissensions. Il faut dire que ce sujet est complexe et peut être abordé sous de multiples angles, à la fois politique, diplomatique, militaire, social, religieux, etc. L’actualité récente, avec l’intervention militaire israélienne dans la Bande de Gaza, a malheureusement ravivé une fois de plus ce débat houleux. Dans ce contexte, il est souvent difficile d’y voir clair.

En publiant ce dossier, la revue Hokhma ne prétend pas clore un débat millénaire, ni mettre de l’huile pour enflammer un nouveau débat. L’objectif de ce dossier n’est pas non plus d’être exhaustif sur une question aussi vaste et aussi complexe. En réalité, chaque auteur a essayé, à sa mesure, d’apporter un éclairage original en répondant à certaines problématiques que nous pouvons résumer de la façon suivante :

  • Une coexistence est-elle possible entre israéliens et palestiniens sur la terre promise à Abraham ? (Attinger) 
  • Quelle est la portée du mystère de l’élection d’Israël dans une perspective alliancielle ? (Glardon) 
  • Est-ce que l’exégèse des textes néo-testamentaires peut nous éclairer sur cette question d’alliance et aussi sur le destin d’Israël et des nations ? (Moret)
  • Quel est le lien entre la descendance physique et la descendance spirituelle d’Abraham dans la théologie dispensationaliste souvent évoquée ? (De Luca) 
  • Quelle est la vision que les chrétiens évangéliques ont du judaïsme dans leurs rapports spirituels ? (Nisus) 
  • Quelles sont les accointances entre le mouvement pentecôtiste et le mouvement sioniste ? (Pfister)
  • Enfin, une réconciliation est-elle possible entre juifs et palestiniens chrétiens ? (Munayer)

Cette dernière question est particulièrement importante à nos yeux car elle nous rappelle que, quelles que soient nos opinions politiques ou nos traditions ecclésiales, c’est en Jésus-Christ seul que nous nous savons réconciliés avec Dieu le Père et que, par voie de conséquence, nous sommes appelés, en tant que chrétiens, à être à notre tour des ministres de cette réconciliation, tout comme l’apôtre Paul nous le rappelle dans son épître aux Corinthiens (2 Co 5,18-20).

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