11 juin 1852. Cimetière protestant de Rome


Le cimetière protestant de Rome  est appelé aussi, Cimetière des artistes et des poètes ou cimetière anglais. 
Le guide Michelin parle du cimetière protestant, et il n'est d'ailleurs pas le seul. Il a tort, on y trouve des tombes sans aucune marque religieuse, des tombes juives, des tombes orthodoxes, et puis bien sûr aussi beaucoup de tombes protestantes. D’ailleurs, la plaque indiquant les horaires d’ouverture, à l’entrée, annonce le cimetière des non-catholiques :

"Campo Cestio, l’antico cimitero per stranieri non cattolici".

Les règles de l'Église catholique interdisaient l'inhumation dans des sols consacrés pour les non-catholiques (dont protestants, juifs et orthodoxes), tout comme pour les suicidés. Ainsi, ces morts étaient «expulsés» de la communauté chrétienne correspondant à la ville, au delà de ses murs.
Les enterrements se déroulaient de nuit pour éviter les manifestations de fanatisme religieux.


Le cimetière a été ouvert officiellement sous le pape Pie VII en 1821, pour répondre au nombre croissant de visiteurs étrangers, surtout des étudiants, des écrivains et des artistes. C'était en effet l'époque du romantisme et du néoclassicisme.
Les grands cyprès séculaires, l'herbe, les fleurs et la végétation qui entourent les tombes, la pyramide blanche devant les murailles romaines, font de ce petit cimetière un lieu inimitable.
Le cimetière, au début ouvert à tous les vents, fut au fur et à mesure entouré de murs. La première sépulture, un étudiant anglais d'Oxford nommé Langton, date de 1738.


Le lieu est fascinant, plongé dans le silence. Dans ses allées, on peut découvrir entre autres les tombes de Karl Bruloff, d’un Von Humboldt, de deux  poètes anglais Keats et Shelley …

Karl Brioullov (ou Brulloff) (1799-1852) est un grand peintre né à Saint-Pétersbourg. Il était d’ascendance française, d’une famille huguenote du nom de Brulleau (orthographe de son nom jusqu’en 1822) qui avait émigré après la révocation de l’édit de Nantes (Louis XIV, 1685). Lui-même avait quitté la Russie avec une bourse d’étude pour se rendre à Rome où il travailla jusqu'en 1835 comme portraitiste et peintre de genre. Il obtint une certaine renommée lorsqu'il se mit à la peinture historique. Son tableau le plus connu, "Le Dernier Jour de Pompéi" (1830-1833), qui a été présenté à Paris et qu’ont apprécié Walter Scott et Stendhal, est une vaste composition, comparé par Pouchkine et Gog

Image (11 juin 1852. Cimetière protestant de Rome)

ol aux meilleures œuvres de Rubens et Van Dyck. Il a créé la sensation en Italie et contribué à la réputation grandissante de Brioullov. Après avoir fini ce tableau, il fit un retour triomphal dans la capitale russe. Sa santé se détériora brutalement alors qu'il travaillait au plafond de la Cathédrale Saint-Isaac. Il passa ses trois dernières années en Italie. Il est mort à Rome le 11 juin 1852. Il est enterré au cimetière protestant de Rome.

Wilhelm von Humboldt (1794-1803), fils du diplomate, linguiste et éducateur allemand Wilhelm von Humboldt (1767-1835) et de Caroline von Dacheröden.
À partir de 1802 jusqu’en 1808, Wilhelm Von Humboldt est diplomate (Ministre prussien plénipotentiaire auprès du Saint siège à Rome. Il y étudie le basque et les langues amérindiennes, les textes grecs… Il fait de sa résidence, la Villa Gregoriana, le rendez-vous des étudiants et des artistes. 
Sa renommée est forte en tant que linguiste, pour ses importantes contributions à la philosophie du langage mais aussi pour avoir contribué à la théorie et à la pratique de l'éducation. Il est – en particulier – reconnu comme l'architecte principal du système prussien d'éducation (en tant que ministre prussien de l'Éducation de 1809 à 1810), qui a fortement inspiré les systèmes d'éducation de pays comme les États-Unis ou le Japon. Il en réformera profondément le système scolaire, en se basant sur les idées de Johann Heinrich Pestalozzi (il envoie les professeurs prussiens étudier ses méthodes en Suisse).

John Keats était venu à Rome accompagné de son ami le peintre Joseph Severn qui s’était occupé de lui pendant sa tuberculose et dans ses derniers moments, et avec qui il avait partagé cet appartement romain. C’est à cet ami que l’on doit des représentations de Keats. Les deux amis sont enterrés côte à côte, à droite Severn et à gauche Keats. Sur la stèle du premier on lit "Devoted friend and death-bed companion of John Keats", et sur celle du second, qui ne comporte aucun nom, "This grave contains all that was mortal of a young English poet".

Quant à Percy Bysshe Shelley, qui s’était noyé sur la côte tyrrhénienne et dont le corps avait été rejeté sur une plage en face de Pise, il avait dans un premier temps été enterré dans le sable de la plage, puis quelque temps après on l’avait exhumé et incinéré sur place, sur un grand bûcher. Sa veuve avait transféré ses cendres dans ce cimetière non catholique de Rome. Une simple plaque sur le sol dit "William Shelley, né le 24 janvier 1816, mort le 7 juin 1819, fils de Percy et de Mary Wolsfonecraft Shelley".


 

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