13 octobre 1605. Théodore de Bèze

13 octobre 1605. Théodore de Bèze…
Le futur pasteur, dramaturge poète, continuateur de Calvin à Genève, Théodore de Bèze Théodore de Bèze (1519-1605) naquit le 24 juin 1519 dans la petite ville bourguignonne de Vézelay, ancien haut lieu religieux de la chrétienté médiévale. Issue d‘une famille noble et aisée, doté très jeune de bénéfices ecclésiastiques, notamment en Picardie dans le diocèse de Noyon (des bénéfices ecclésiastiques dont les revenus s‘élevaient au moins à 600 couronnes d‘or), Théodore de Bèze eut une jeunesse agitée et loin de Dieu.

A Paris

Il est d’abord envoyé par les siens à Orléans où on le confie au plus illustre des pédagogues, l’Allemand pétri d’humanisme Melchior Wolmar. En 1539, licence de droit en poche, il monte à Paris et entre dans des cercles de littérateurs. Il fréquente notamment quelques poètes qui gravitent autour de la Brigade, que l’on connaîtra plus tard sous le nom de Pléiade. Dans l’Impasse Chartière se situait (plaque) le Collège de Coqueret, et le cercle littéraire de la  future Pléiade.
Il publie un recueil de poésies latines, Juvenilia, qui le rendit célèbre et il fut partout regardé comme un des meilleurs auteurs de poésie latine de son temps.

Sa vocation chrétienne attendra une crise violente pour éclore de manière durable.
En 1548, une terrible maladie qui l‘amena à une conversion profonde. Il raconte lui-même comment des « tourments infinis du corps et de l‘âme « l‘amenèrent à réfléchir sur sa condition et à consacrer sa vie au service de Dieu :
«  …Alors me détestant moi-même avec larmes, je demande pardon, je renouvelle le vœu d‘embrasser ouvertement le vrai culte, et enfin je me consacre tout entier au Seigneur. Ainsi il advint que l‘image de la mort m‘étant sérieusement présentée, éveilla dans mon, âme assoupie et comme ensevelie, le désir de la vie véritable, et que cette maladie devint pour moi l‘origine de la vraie santé, tant il est vrai que l’œuvre de Dieu est et reste toujours la même envers les siens, soit qu’elle les abaisse, soit qu’elle les élève, soit qu’elle les blesse, soit qu’elle les guérisse. Après des souffrances indicibles du corps et de l‘âme, le Seigneur, plein de miséricorde pour son serviteur égaré, me consola en me permettant de ne pas douter qu‘il m‘accorderait son plein pardon. Aussitôt que je pus quitter ma couche, je brisai tous les liens qui m‘avaient enchainé jusque-là ; j‘empaquetai mon petit avoir, et j‘abandonnai patrie, parents, amis ensemble, pour suivre Christ, et je me dirigeai avec mon épouse (Claudine Denosse) dans un exil volontaire » (23 octobre 1548).
Il renonce à ses bénéfices et s‘enfuit à Genève.
1561. En France, après la mort d’Henri II, les Guise ordonnent des persécutions contre les protestants. Bèze est envoyé en mission de médiation entre catholiques et huguenots
-à Poissy,
- à Dreux,
- à Saint- Germain, où il obtiendra de Catherine de Médicis la liberté de conscience et de culte pour ses sujets.

Partout, ses prêches soulèvent l’enthousiasme, tout comme ses écrits, vendus librement dans les rues.
Rue des Patriarches : ancien Temple des Patriarches (aujourd’hui gymnase surmonté de logements sociaux). Ce temple certainement en bois occupait la  Maison des Patriarches, achetée jadis par l’archevêque de Reims et patriarche d’Alexandrie, puis loué par Jean Canaye, gendre des Gobelins et protestant convaincu, qui l’avait prêté comme lieu de culte à ses coreligionnaires en 1560. 
Théodore de Bèze y prêche (1561).

La reine, Jeanne d’Albret, Coligny, Condé demandent à Genève de presser Bèze de rester en France, malgré son désir de retourner auprès de Calvin. Il finit par accepter, mais bientôt, Catherine, versatile, opportuniste et jouant double jeu, met en péril tout le travail de Bèze en exigeant des protestants qu’ils rendent toutes les églises qu’ils se sont appropriés.
Fin décembre 1561, des troubles sont provoqués par les catholiques, alors que Bèze et Jean Malet prêchent aux portes de Paris.
Le 27 et 28 décembre 1561, 2 000 protestants étaient réunis dans ce temple pour y entendre la prédication. Le curé de St Médard dont l’église était presque contiguë au temple fit sonner à toute volée les cloches de son église pour empêcher la prédication. Le pasteur envoie alors deux diacres pour prier amicalement le curé de bien vouloir faire cesser cette sonnerie, mais les deux envoyés sont reçus à coup de pierres et l’un d’eux est tué. Les protestants avertis accourent à St Médard où bientôt une lutte s’engage, mais la force armé intervient et les protestants ont gain de cause. Le soir après le culte, ceux-ci entrent triomphalement en ville mais cet imprudent étalage de leur succès excite la haine de leurs ennemis qui le lendemain se portent en foule vers leur temple et y mettent le feu.

Un événement important eut lieu en 1563 c’est la destruction du temple des patriarches. Après la fermeture du Temple des Patriarches, ouverture d'un nouveau  lieu de culte dans une maison ayant pour enseigne la ville de Jérusalem (emplacement du 26 rue des Fossés-Saint-Jacques) : « Temple de Jérusalem »…
Théodore de Bèze y prêcha escorté de 400 gentilshommes. On vit des assemblées de10 à 15 mille personnes. On mit le feu à ce  Temple également. Les pasteurs s'enfuirent et “faute de mieux les curieux avinés portèrent en triomphe au bout d'une fourche, les pantoufles du pasteur Malot... Le culte fut interdit à Paris.


La guerre civile menace, et la reine demande l’aide  armée des protestants. Plus de 2000 communautés répondent favorablement. La famille royale semble acquise par Bèze à la Réforme et l’Edit de Janvier est signé, qui accorde aux protestants la liberté de culte, hors des murs des villes toutefois.
C’est un triomphe pour Bèze, mais de courte durée, car, le 1er mars 1562, le duc de Guise fait massacrer 80 protestants à Wassy. Il fait son entrée triomphale à Paris par la porte de Saint-Denis.

Malgré les pressantes interventions du réformateur auprès de la reine et de Charles IX, malgré l’acceptation de compromis, la guerre civile est commencée. Succession de victoires et de défaites des deux camps, elle ensanglantera le pays durant 30 ans.
2 rue de la Folie-Méricourt (cette rue faisait partie de la rue Popincourt jusqu’en 1868)
La maison seigneuriale de Jean de Popincourt devint  un lieu de culte protestant toléré vers 1560. En avril 1562, le connétable Anne de Montmorency s’y rendit à la tête d’un corps de troupe pour mettre le feu aux bancs et à la chaire. L’expédition lui valut le sobriquet de capitaine Brûle-bancs. Une partie de la propriété devint le couvent des Annonciades (1636-1782), dont l’actuelle église Saint-Ambroise remplace l’église conventuelle.

S’estimant inutile en France, Bèze rentre à Genève le 15 mai 1563.Théodore de Bèze succéda à Jean Calvin en 1564 comme modérateur de la Compagnie des pasteurs de la Ville et de la République de Genève. Il mourut paisiblement le 13 octobre 1605 à l’âge de 86 ans.


Visages Huguenots/J. Hertig

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