27 septembre 1557. Supplice d’une jeune veuve

Philippe de Luns est une jeune femme de vingt-trois ans,. C'est la veuve du seigneur de Graveron en Périgord. Alors qu'elle se rendait à Paris, pour faire hommage de son fief au cardinal de Lorraine, elle se serait convertie en cours de route en lisant "L'histoire des martyrs" de Jean Crespin.

Dans les "Tragiques" Agrippa d'aubigné écrit :

Heureuse Graveron qui ne sus ton courage,

Qui ne connus ton coeur non plus que ton voyage!

L'hommage fut à Dieu, qu'en vain tu apprêtois

A un vain Cardinal, ce fut au Roi des Rois,

Qui en ta foi mi-morte, en âme si craintive

Trouva si brave coeur et une foi si vive.

 

Elle est suppliciée (avec deux responsables d’église, Taurin Gravelle et Nicolas Clinet). « La jeune veuve avait posé tous ses habillements de veuvage » et revêtu des habits de joie « comme pour être jointe à son époux Jésus-Christ ».

Image (27 septembre 1557. Supplice d’une jeune veuve )

Laissée seule dans un cachot de la prison du Chatelet, elle avait demandé comme unique faveur, d’avoir une Bible ou un Nouveau Testament pour se fortifier dans la foi. Nous ne savons pas si sa demande a été acceptée. Mais il est certain qu’elle montre une grande connaissance de la Bible dans les réponses qu’elle fait aux juges.

Dans « Promenades à travers le Paris des Martyrs » de John Viénot (1913) on peut lire l’interrogatoire de Philippe de Luns :

 
D. Interrogée par le lieutenant si elle ne voulait pas croire à la messe ?
R. Qu'elle voulait seulement croire ce qui est dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

D. Si elle ne croit pas ce qui est en la Messe et mêmement au sacrement de l'autel ?
R. Qu'elle croyait aux sacrements institués par Dieu, mais qu'elle n'avait pas trouvé que la Messe fut instituée par  lui.

D. Si elle ne voulait recevoir le sacrement de l'autel ?
R. Qu'elle ne voulait rien faire que ce que Jésus-Christ avait commandé.

D, Depuis combien de  temps elle s'était confessée au prêtre ?
R. Qu'elle ne savait pas et que tous les jours elle se confessait à Dieu, comme il avait commandé et ne croyait pas qu’une autre confession fut requise et instituée par Jésus-Christ, parce que  lui seul avait puissance de pardonner les péchés.

D. Ce qu'elle pensait des prières adressées à la Sainte-Vierge Marie et aux Saints ?
R. Qu'elle ne savait autre oraison à faire que celle que Dieu lui avait enseignée, s'adressant à lui par son fils Jésus-Christ et nul autre. Elle savait bien que les saints du paradis sont heureux, mais ne leur voulait adresser ses prières.

D. Ce qu'elle croyait des images ?
R. Qu'elle ne leur voulait porter aucune révérence.

D. De qui elle avait appris cette doctrine ?
R. Qu'elle avait étudié dans le Nouveau Testament.

D. Si elle faisait distinction des viandes au jour du vendredi et samedi ?
R. Qu'elle ne voudrait manger de la chair ces jours, si elle pensait blesser la conscience de son prochain infirme ; mais qu'elle sait bien que la parole de Dieu commande, de ne faire distinction des viandes en quelque jour que ce soit, et qu'on pouvait user de toutes, en les prenant avec actions de grâces.
La dessus, on lui objecta que l'Eglise avait fait défense de manger la chair à certains jours ; et que ce qui n'était de soi péché, était fait péché, à raison de sa prohibition.

R. Qu'elle ne croyait en cela à autres commandements et défenses qu'à celles que Jésus-Christ avait faites ; et quant à la puissance que le pape s'attribue de faire des ordonnances, elle n'en avait rien trouvé dans le Nouveau-Testament.

Ensuite on lui répliqua que les puissances ecclésiastiques et séculières ont été laissées par Dieu pour gouverner son peuple.
R. Qu'elle le confessait des puissances appelées séculières ; mais que en l'Eglise, elle avait lu qu’il n’y avait pas d’autre autorité que Jésus-Christ.

D. Qui était celui ou celle-là qui l'avait instruite ?
R. Qu'elle n'avait autre instruction que le texte du Nouveau-Testament.

 D. S'il est requis de faire prières pour le salut de celui qui est décédé ?
R. Qu'elle croyait que celui qui serait décédé dans le Seigneur, était lavé par son sang et qu’il ne lui fallait aucun autre salut, et que partant n'était besoin de faire prier pour les trépassés, et qu'ainsi elle l'avait lu dans le Nouveau Testament.

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