3 mai 1840. La « Chapelle Taitbout » et Rosine Chabaud-Latour

La « Chapelle Taitbout »  du 42. rue de Provence, est à la fois le nom d’un lieu de culte et celui d’une communauté dynamique, qui veut témoigner de l’Evangile.

Image (3 mai 1840. La « Chapelle Taitbout » et Rosine Chabaud-Latour)
La dédicace de ce nouveau lieu de culte à Paris a lieu le dimanche 3 mai 1840 en présence d'une foule nombreuse, dont le pasteur Henri-François Juillerat-Chasseur, président du consistoire réformé de Paris. Cette présence montre bien que la chapelle Taitbout ne se pose pas en concurrente indépendante de l’église officielle, mais se veut comme un outil d'évangélisation.

Ce nouveau temple est  le premier qui ait été construit à Paris intra muros depuis l'origine de la réforme. Le Pasteur Grandpierre y prêche en frac, on chante de nouveaux cantiques. Le culte ne comporte pas de liturgie…
Le public est bourgeois et influent : Henri Hollard (naturaliste), le  Dr. Lamouroux (qui veillera à l’éducatif physique et sportive des élèves de l’Institution Keller), l'amiral Verhuell, le comte Jules Delaborde (avocat à la cour de cassation), la fille de Mme de Staël, Albertine (épouse du duc de Broglie, qui aimait fréquenter avec elle les cultes évangéliques de la Chapelle Taitbout et qui sera à la tête de la campagne abolitionniste sous la monarchie de Juillet), Victor de Pressensé, le comte Pellet de la Lozère,  Thomas (et son fils William Waddington, futur président du conseil), le banquier Jules Mallet, Henri Lutteroth. Et Rosine de Chabaud-Latour.

Rosine Chabaud-Latour est la nièce du pasteur Juillerat (et la grande sœur de François Chabaud-Latour). Célibataire aussi pieuse qu’endurcie, Rosine a été frappée par le « coup de foudre » de la conversion. Elle est l’auteur d’un manuel d’anglais, et elle était spécialement chargée de ce secteur d’instruction auprès des enfants du ministre François Guizot.

Elle a traduit de l'anglais plusieurs ouvrages de John Newton (1725-1807), dont un recueil de lettres de John Newton à ses amis, appelé bizarrement "Omicron", édité en cette année 1843.

Il s’agissait de quarante et une lettres riches en conseils sages et pratiques. Écrivant à un étudiant en théologie, Newton le pressait de se consacrer aux

« Saintes Écritures et à la prière, qui sont les seuls moyens d’obtenir la sagesse ».

À la question du jeune homme sur la manière d’étoffer ses sermons, il répondit qu’il lui fallait étudier les gens. Ce qu’il observait chez dix personnes, il le retrouverait chez mille autres. Dans une lettre à un autre correspondant, l’auteur insistait sur la nécessité du culte de famille dont il soulignait le privilège et la responsabilité, tout en donnant quelques indications pratiques sur le moment et la manière de le faire.

« Bien évidemment vous choisirez les heures où vous risquez le moins d’être dérangé par les appels du travail et où la famille pourra le plus facilement s’assembler ».

Newton poursuivait en suggérant de ne pas attendre trop tard dans la soirée de peur que chacun ne soit trop fatigué. Il invitait aussi instamment les jeunes époux à prier ensemble et l’un pour l’autre.

On peut signaler une autre traduction de Rosine, "Cardiphonia", du même Newton.

Un recueil composé de cent cinquante et une lettres au ton chaleureux et intime. Il s’agissait vraiment de la « voix du cœur ». Le fait que les vingt-six premières lettres s’adressaient à Lord Darmouth et sept autres à la servante de Newton, Sally Johnson, en disait long sur la vaste sollicitude de l’auteur. Il confiait à Sally :

« vous faites souvent l’objet de mes pensées, et je vous oublie rarement dans mes prières ».

John Newton n’a pas uniquement été le pasteur dévoué et l’auteur du célèbre cantique, "Amazing grace" [grâce étonnante]. Pour pouvoir écrire ce cantique qui raconte l’histoire d’un homme perdu et sauvé par la grâce étonnante de Dieu, il avait d’abord atteint le fond du mal : le commerce des esclaves après avoir rejeté Dieu. Cependant, une violente tempête sur l‘Atlantique lui avait fait plier le genou et implorer le pardon de Dieu. Il a fait alors l’expérience d’une vie transformée et d’une foi grandissante.

Et les choses ne se sont pas arrêtées là : les mémoires de Newton sur l’esclavage, ont influencé un autre protestant évangélique, le réformateur social Wilberforce.


Pas étonnant que les écrits de Wilberforce et de Newton influencent les protestants français de la "chapelle Taitbout"!

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