9 juin 1572. Jean de la Jessée et ses protecteurs

Jean Gesse dit Jean de la Jessée ou encore Jean de La Gessée (1550-1600), nait à Mauvezin dans le département du Gers (Région Midi-Pyrénées), vers 1550 dans une famille protestante. Jeanne d’Albret, mère du futur Henri IV, vicomtesse du Fézensaguet, favorisa le développement du protestantisme. À cette époque, Mauvezin était qualifiée de « Petite Genève ».
Il a écrit :

« Je n’avoy pas neuf ans lorsque Montgomery
De sa lance fatale occit le roi Henry ».

Or cet événement arriva le 30 Juin 1559, et Henri II mourut le 10 Juillet suivant. La Jessée déclare qu’il n’avait pas alors neuf ans, il devait donc être né au plus tard vers la fin de 1550.

C’est un poète précoce (premiers vers avant l’âge de 14 ans) et prolixe.
Et c’est tout naturellment que Jeanne d’Albret, entend parler de ses dons littéraires. Il est appelé à ditre ses textes à la cour de Navarre. A la satisfaction de tous. En 1571, il entre donc au service de Jeanne d’Albret. En témoigne ses "Odes et Satyres" dédies à la "Reine de Navarre":

Image (9 juin 1572. Jean de la Jessée et ses protecteurs)

Il l’accompagne jusqu’à Paris.  L’avenir brillant qui s’ouvre à lui semble soudain brisé par la mort inattendue de Jeanne d’Albret le 9 juin 1572.
Jean de la Jessée a néanmoins l’opportunité de faire publier le 19 juin 1572, par le libraire protestant Jean Borel sa  première œuvre. C’est une satire irénique, ou, comme s’exprime l’Auteur, « une Exécration sur les infracteurs de la paix ». Depuis cette première production, presque chaque année sera marquée par une nouvelle publication.

A la Saint-Barthélemy, il s’enfuit à Genève. Il revient à Paris, « catholique de surface » ou « secrètement protestant » ; Il participe au complot des Malcontents et il est emprisonné au Châtelet. Il trouve alors un nouveau protecteur, le duc d’Alençon dont il devient  le secrétaire et qu’il accompagne dans ses voyages en Angleterre et en Hollande. En 1583, il fait paraître à Anvers ses « Premières œuvres françaises », qui incluent ses « Sonnets chrétiens ». L’Épître dédicatoire, en prose, est datée d’Anvers le 20 Décembre 1582, et la collection parut dans le courant de l’année suivante.
Le duc d’Alençon meurt le 10 juin 1584, regretté et pleuré par notre Poète, qui exprima sa douleur par un nombre de vers, sous le titre de « Larmes et regrets », qu’il publia la même année.
Ensuite, on n’entend plus parler du poète... jusqu’en 1596, lorsqu’il entre dans l’entourage de Jacques VI d’Écosse. Il meurt vers 1600.

Voici un poème toujours d'actualité, sur la Bible et les libraires :

D’un libraire

Je me fâchais contre un libraire,
Qui toujours débite à Paris
De sots livres, faits pour attraire
Les plus simples et fols esprits ;
Quand plein d’audace, il me va dire :

« Vous m’en voulez conter, beau Sire !
Tenant ma boutique au Palais,
En moins de neuf à dix journées,
J’ai vendu plus de Rabelais,
Que de Bibles en vingt années ».

Voici quelques poèmes extraits des  « Sonnets Chrétiens » :
 
Puisqu’il t’a plut, Seigneur, que je naquisse au monde
Pour connaître ton nom, te servir, et t’aimer :
Veuille toujours en moi ce désir allumer,
Afin que sur toi seul ma ferme foi se fonde.

Ne permets que Satan, ce roi du monde immonde,
Puisse onc, en m’assaillant, ce saint feu consumer :
Plutôt sois mon renfort, et viens moi renflammer
Du zèle de ton Christ, où tout salut abonde.

Dresse si bien mes pas, mes faits, mes pansements,
Que j’observe à mon gré tes hauts commandements :
Ayant pour vrai miroir ta majesté parfaite.

Puis quand il te plaira m’affranchir de ces lieux,
Pour m’appeler, Seigneur : ta volonté soit faite,
Je dis faite en la terre, aussi bien comme aux cieux.

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Pour toi Seigneur, nous sommes outragés,
Et pour ton Nom endurons mille peines :
De pauvreté nos familles sont pleines,
Par feu, par fer, on nous a saccagé.

La peur, l’ennui, tient nos cœurs engagés,
Priant, cherchant, tes grâces souveraines,
Tant qu’apaisé ton front tu rassérènes :
Nous délivrant de ces maux engagés.

Nos passions, nos faits, et nos pensées,
Ont tant hélas ! Tes bontés offensées,
Que l’ire croît, la vengeance, et l’émoi.

Pardon, Seigneur ! Notre coulpe est bien grande :
Mais ce n’est rien, si tu reçois l’offrande
De ton cher Fils, et notre vive Foi.

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L’horreur de mes péchés, dont le nombre surpasse
L’arène de la mer, et les feuilles des bois,
Me confondrait, ô Dieu : si ta céleste voix
N’eut promis de m’aider en, cette terre basse.

Ores donc que la Mort de son dard me menace,
Et que j’ai devant moi la rigueur de tes lois :
Fais que la passion, le mérite et la croix,
De ton Fils mon secours, tous ces vices efface.

Si je ne t’ai servi, si je ne t’ai cherché,
(Ainsi que tu requiers) d’un cœur non-entaché :
Excuse-moi, Seigneur ! Pardon je te demande.

J’invoque tes bontés, et m’assure aujourd’hui
Qu’au lieu de m’accabler, tu seras mon appui :
Mes forfaits sont bien grands mais ta grâce est plus grande.

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Afin que par le sang de ton Fils précieux
Je sois net, et purgé, de toute coulpe immonde :
Que je vainque Satan, et la chair et le monde,
Et que ton Saint-Esprit illumine mes yeux.

Afin de fuir encor les mœurs des vicieux,
Flatter mon grief regret, et ma peine féconde,
Et parvenir en fin à la vie seconde :
C’est à toi que je crie, Ô vrai Père des Cieux.

O Dieu seul, ainsi dit unique en trois personnes,
Puisque lent à courroux, en grâce tu foisonnes,
Tu le feras, Seigneur ! Car je sais bien aussi

Que tu es plus enclin envers nous frêles hommes
A douceur, et pitié : qu’adonnés nous ne sommes
A faire repentance, et te crier merci.

 

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