Cahier n°105

Septembre 2017
Numéro lu 649 fois

Oser penser autrement


Un jour, un professeur de physique reçut un coup de téléphone de la part d’un de ses collègues. Celui-ci avait besoin d’un conseil à propos d’une copie qui posait problème. Le professeur lui avait donné 0/20, mais l’étudiant s’en était plaint, clamant au contraire que son devoir n’avait aucune lacune et qu’il méritait donc la plus haute note.

La question à laquelle devait répondre l’étudiant était la suivante : « Montrer comment il est possible de déterminer la hauteur d’un immeuble à l’aide d’un baromètre ». La réponse qu’avait donnée l’étudiant était celle-ci :

« Il suffit d’attacher le baromètre au bout d’une longue corde, de le descendre jusqu’au bas de l’immeuble, de le remonter, puis de mesurer la longueur de la corde. La longueur de la corde est équivalente à la hauteur de l’immeuble ».

Et bien sûr, cette réponse est parfaitement correcte. Par contre, il est bien évident que ce n’était pas la réponse attendue par le professeur. Ou plutôt, ce n’était pas la réponse conventionnelle à une telle question de physique. Un baromètre sert à calculer la pression atmosphérique et la réponse attendue, conventionnelle, était donc qu’il fallait comparer la pression en haut de l’immeuble à celle d’en bas. Puis, en prenant en considération le poids de l’air, calculer à l’aide d’une formule la hauteur de l’immeuble.

Alors, qu’ont fait nos deux professeurs ? Ils se sont mis d’accord : nous allons accorder à cet étudiant un deuxième essai. Nous lui donnons 5 minutes pour donner une réponse à ce problème en démontrant certaines connaissances scientifiques. Mais après 5 minutes, la page était toujours blanche. Pas de réponse. Les professeurs lui demandèrent donc si c’était tout, s’il n’y arrivait pas. Mais l’étudiant répondit : « Si, si, j’ai même plusieurs réponses, c’est juste que je n’arrive pas à choisir la meilleure. » Alors, il se décida tout de même, et voici ce que fut sa réponse :

« Peser le baromètre. L’emmener sur le toit de l’immeuble, s’approcher du rebord de l’immeuble, puis, lâcher le baromètre en chronométrant sa chute jusqu’à ce qu’il touche le sol. Alors, en utilisant la formule du taux de chute d’un objet, vous obtiendrez la hauteur de l’immeuble. »

Un petit peu estomaqués, les professeurs décidèrent de lui donner 20/20. Mais, avant que l’étudiant ne sorte, ils lui demandèrent quand même : « Quelles étaient les autres solutions ? »

Ce à quoi l’étudiant répondit :

« Eh bien, par exemple :

  • Un jour de beau soleil, poser le baromètre en haut de l’immeuble. Puis, mesurer la hauteur du baromètre, la longueur de l’ombre de l’immeuble et la longueur de l’ombre du baromètre. Faire une simple règle de trois pour obtenir la hauteur de l’immeuble.
  • Ou : monter les escaliers de l’immeuble, en faisant de simples traits sur le mur à l’aide du baromètre. Une fois arrivé en haut de l’immeuble, comptez le nombre de traits, et vous aurez la hauteur de l’immeuble en unités de baromètre.
  • Mais finalement, je pense que la meilleure solution à ce problème, c’est de prendre le baromètre, et d’aller frapper à la porte du gardien de l’immeuble, en lui disant : "Cher ami, j’ai avec moi un très bon baromètre, et je vous le donnerai si vous me dîtes quelle est la hauteur de votre immeuble !" »

Alors bien sûr, les professeurs étaient bouche bée et ils lui demandèrent s’il connaissait quand même la réponse attendue. Ce à quoi l’étudiant répondit : « Oui, bien sûr que je la connais. C’est juste que j’en ai ras le bol qu’on essaie de m’imposer comment penser ! »

––––––––––––––––-

L’attitude de cet étudiant (qui, dans l’histoire, devient prix Nobel) est assez remarquable. Il voulait penser par lui-même plutôt que de rabâcher ce qu’on lui avait appris. Il ne voulait pas se laisser restreindre, voire enfermer, dans « l’attendu », le conventionnel ou le traditionnel. Non que (vous l’aurez remarqué) les solutions attendues ou conventionnelles étaient mauvaises ou fausses. Loin s’en faut, mais les plus grandes découvertes scientifiques ne sont-elles pas faites d’intuitions, de créativité, du fait d’oser penser autrement ?

Qu’en est-il pour les pasteurs et pour la vie des Églises ? Il est bien évident que notre foi, notre doctrine et notre comportement doivent se conformer aux Écritures, seul guide véritable et autorisé pour les chrétiens. Mon propos n’est pas de questionner nos fondamentaux bibliques et théologiques. Néanmoins, le récit de ce brillant étudiant peut nous inspirer sur d’autres domaines de la vie de l’Église. Par exemple, n’est-il pas possible, dans votre contexte, d’oser d’autres manières de vivre l’Église ? D’être créatifs dans l’organisation de tel ou tel événement (par exemple la fête de Noël), même si cela fait 30 ans qu’il est fait d’une certaine façon, et 30 ans que « ça marche » ? Et si changer ce qui marche permettait de courir au lieu de marcher ? Et si changer ce qui marche permettait de mieux rayonner de l’Évangile et de la grâce de Dieu ?

Dans nos Églises comme dans nos ministères, il est souvent beaucoup plus simple de s’assoupir dans le confort (même si tout est relatif) de nos bonnes traditions, que d’oser bousculer l’Église et recevoir de plein fouet le courroux de ses membres. Chris Short, dans le livre présenté en fin de ce numéro, nous exhorte néanmoins à « oser le changement », à Décider de changer. C’est aussi ce que font, à leur manière, les autres articles de ce numéro : en nous enseignant, ils donnent un ancrage à notre réflexion et des ailes à notre action, pour faire autrement, parler autrement, organiser autrement… dans une fidélité toujours renouvelée et approfondie à la volonté de Dieu pour son Église.

Que la lecture de ce numéro des Cahiers vous bénisse en ce sens !

Nicolas  FARELLY

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