Le couple en quête de réconciliation

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La vie conjugale n’est pas toujours rose, certains couples l’ont appris dans la douleur. C’est que le couple n’est pas seulement le lieu de la tendresse, de la promotion de l’autre et de la sécurité des conjoints. Il est aussi celui de la confrontation, de la compétition des « égos » qui se frottent, et d’une certaine violence. Volonté, courage, vérité et humilité (accepter de l’aide) sont nécessaires au couple qui passe par une crise. Ceux qui accompagnent un couple dans cette situation pourront garder en tête ces notions.
Le couple en quête de réconciliation

Le livre des Proverbes met en lumière la tension entre la promesse de Dieu pour les couples et les difficultés qui, survenant au fil du temps, peuvent mettre à mal cette promesse. Les deux paroles suivantes illustrent bien cette réalité :

« Qui trouve une épouse trouve le bonheur : c’est une faveur que l’Éternel lui a accordée » (Proverbes 18.22).

« Mieux vaut habiter dans un coin sur un toit en terrasse que de partager la maison d’une femme querelleuse » (Proverbes 21.9).

Ces paroles nous disent en substance que le couple, souvent idéalisé au départ (peut-il en être autrement ?), est en réalité le lieu d’une ambivalence, entre amour et haine. On trouve sous la belle plume d’Éric Fuchs une formulation très juste de cette ambivalence du couple :

« Le couple humain est porteur d’une triple promesse : être pour l’homme et la femme, l’un par l’autre, le lieu d’une effectuation de la liberté, de la fidélité et de la conjugalité. Par conséquent, il court le risque d’un triple échec : devenir pour l’homme et la femme, l’un par l’autre, le lieu de l’expérience mortelle de l’enlisement, du mensonge et de l’aliénation(1). »

En France, 216.000 femmes (entre 18 et 75 ans) sont victimes de violences physiques chaque année. En 2014 ce sont au total 134 femmes qui ont trouvé la mort dans le cadre des violences conjugales, et 25 hommes ont été tués par leur compagne(2). Des chiffres terribles qui ne prennent d’ailleurs pas en compte toutes les situations de violences (verbales, psychologiques, économiques, administratives, etc.).

À côté de ces « cas lourds », d’autres réalités, dans la banalité du quotidien, mettent les couples en difficulté. Il s’agit souvent d’une succession de « petits agacements » quotidiens. Nourris par l’installation d’une routine ennuyeuse, des espoirs de changements qui ne se produisent pas, des divergences dans la gestion des priorités, ces agacements portent en eux le potentiel suffisant pour dévitaliser le couple.

La suite de mon propos cherchera à formuler quelques éléments de réponse aux questions suivantes : quand le couple, pour des raisons diverses, est en difficulté, quand l’heureuse promesse du commencement est menacée, quel sens peut prendre la notion biblique de réconciliation ? Plus encore, dans quelle mesure peut-elle être, pour les couples, une ressource de dépassement des crises inhérentes à toute forme de vie sociale, plus encore la vie conjugale ?

Nous verrons tout d’abord que la réconciliation présuppose la rencontre de deux libertés qui la veulent (1). Ce vouloir est une disposition fondamentale importante, mais pas nécessairement suffisante. La réconciliation implique la prise en compte du conflit en cause dans la cassure de la relation, donnant ainsi la possibilité à chacun de mettre des mots sur ses maux (2). Dans certains cas, les couples auront besoin de la médiation d’un tiers aidant (3), témoin de leur cheminement et de leur volonté d’inventer ensemble un chemin de dépassement du conflit potentiellement séparateur.

1.    L’importance du « vouloir » des conjoints

Notre mot français réconciliation dérive du latin reconciliatio qui traduit l’idée de réintégration. Dans le domaine des relations interpersonnelles, la notion de réconciliation signifie la restauration des liens altérés. Réconcilier, c’est raccommoder, au sens de retisser les liens. Cela fait penser à l’expression familière « recoller les morceaux », qui n’est pas très satisfaisante, mais qui permet de partir d’un constat, celui d’une cassure survenue dans la relation.

Il arrive en effet que la relation conjugale soit plus ou moins cassée par l’émergence d’un conflit. Face au conflit, les conjoints n’ont pas toujours une même attitude et ne développent pas toujours les mêmes stratégies comme nous le verrons au point suivant. Mais avant d’y arriver, il me semble important , comme préalable à tout processus de réconciliation, de mettre en valeur une disposition psychologique fondamentale, qui orientera la suite du processus. Il s’agit de la libre volonté des conjoints. Ou, pour exprimer les choses d’une manière un peu abrupte : pour se réconcilier il faut le vouloir. En pratique, ce n’est pas aussi simple, mais sans ce « vouloir » initial, la réconciliation ne peut survenir de manière authentique et le processus peut vite ressembler à une pénitence forcée.

Or, pour se réconcilier dans le couple, en principe, il faut être au moins deux ! Mais peut-on vouloir pour l’autre ? Il arrive que dans un couple, la volonté d’une réconciliation ne se manifeste que chez l’un des conjoints, du moins de manière explicite, verbalisée. Il est important de respecter le rythme de chacun, le temps du vouloir n’est pas le même pour tous. La notion de temps est un aspect à ne pas perdre de vue, notamment dans notre société où le rapport au temps long est de plus en plus compliqué.

Certains conjoints ont besoin de beaucoup plus de temps que d’autres pour franchir cette première étape et mobiliser l’énergie psychique nécessaire. En effet, avec le conflit, émerge un flot d’émotions (colère, honte, culpabilité, etc.) qui envahissent souvent notre maison intérieure. La volonté d’entrer dans un processus de réconciliation est psychiquement coûteuse dans la mesure où elle implique l’aménagement d’un espace en soi, où la parole de l’autre pourra à nouveau se loger, au risque de nous faire mal. Ce n’est donc pas rien !

Ceux qui écoutent et accompagnent les couples en difficulté savent à quel point il est important que le processus de réconciliation soit un projet du couple et pas seulement celui d’un conjoint qui le veut pour lui et pour l’autre.
J’aime le récit déroutant du Prophète Osée (qui ose !) qui file la métaphore conjugale pour parler des relations entre Dieu et son peuple. Il nous décrit Dieu sous les traits d’un époux qui veut reconquérir son épouse infidèle, qu’il avait un temps délaissée à cause de sa faute :

« C’est pourquoi, je vais la reconquérir, la mener au désert, et parler à son cœur. C’est là que je lui donnerai ses vignobles d’antan et la vallée d’Acor deviendra une porte d’espérance ; là, elle répondra tout comme au temps de sa jeunesse, au temps de sa sortie d’Égypte » (Osée 2.16-17).

Je remarque que la grâce de la réconciliation initiée par Dieu doit, pour se réaliser, se traduire dans la rencontre de deux volontés, donc de deux libertés. La liberté et la volonté première sont l’initiative de Dieu, mais il veut aussi la libre réponse de l’épouse infidèle qui avait été répudiée.

On pourrait ajouter au vouloir des époux la complexité qu’on rencontre dans les situations vécues par les couples. Certains couples ne veulent pas du même vouloir. Nous sommes là sur le terrain des motivations profondes. Pour prendre un exemple qui rappellera un temps qu’on pense (à tort) complètement révolu, j’ai à l’esprit ces paroles que certaines femmes (sans les stigmatiser) confient : « Je suis restée avec lui pour mes enfants, autrement je l’aurais quitté ! »

Mais lorsque les conjoints sont motivés par un projet commun de dépassement du conflit en cause, comment se confronter au problème sans se blesser davantage ?

2.    Le courage d’affronter la crise et de nommer les choses

Tout processus de réconciliation authentique doit prendre en compte le conflit qui a altéré l’harmonie de la relation et permettre que des mots soient mis sur les maux.

Quand survient la crise, le couple est comme invité à la table du dialogue et du discernement. Le mot crise lui-même, dans sa polysémie, renferme à la fois l’idée de discernement et celle de jugement. Deux sens distincts et complémentaires. Le discernement ouvre un chemin d’examen, il permet la prise de recul nécessaire avant de juger, d’arbitrer et de trancher. Il ne s’agit pas de passer l’autre au crible d’une critique dévalorisante, mais d’examiner ce que la crise vient signifier au couple, dans son contexte particulier.

Si la crise est souvent perçue comme une menace pour le couple, c’est qu’elle est porteuse d’une double potentialité. Positivement, la crise peut être pour le couple une occasion de vérification de l’amour et du désir de poursuivre le projet fondateur du couple. Occasion aussi de croissance et d’approfondissement de la connaissance mutuelle des époux. Négativement elle peut (non pas la crise elle-même) tout simplement conduire le couple à la cassure. L’important, c’est la façon dont la crise va être négociée, la façon dont le conflit à l’origine de la crise va être pris en charge.

Or, le problème, bien souvent, quand survient la crise, est de s’enfermer dans une sorte de « ping-pong » de culpabilité, qui consiste à dire « ce n’est pas moi, c’est l’autre ». Le réflexe est vieux comme Adam et Ève. Adam se décharge sur la femme que Dieu a placée auprès de lui, et Ève à son tour pointe le serpent (Genèse 3.12-13). À l’écoute profonde du récit qui nous rapporte l’affaire, l’histoire se révèle plus complexe. La crise au sein du couple est toujours un moment de clarification, parce qu’il invite le couple à penser la complexité, à dépasser le clivage et les archaïsmes primaires, à oser avancer vers une relation moins idéalisée, plus incarnée.

La crise au sein du couple se révèle aussi être une crise identitaire dans la mesure où il est souvent question du rapport à soi-même face à l’autre : « je ne te reconnais plus », « tu n’es plus la femme que j’ai aimée », « je ne reconnais plus l’homme qui me faisait rire », etc. Combien de crises trouvent leur origine, au fond, dans le rejet de l’altérité, le rejet de l’autre dans son irréductible différence ?

Les diverses stratégies des couples face au conflit ont été analysées : l’évitement, la domination, le sacrifice, le compromis, la coopération(3). D’une manière générale, les stratégies de négation du conflit, autant que celles qui consistent à instaurer un rapport de force dominant/dominé, se révèlent particulièrement insatisfaisantes. L’élaboration d’un compromis, lorsqu’il émane d’une coopération entre les conjoints, inscrit davantage le couple dans une dynamique gagnant-gagnant.

Le couple gagne en effet à bien distinguer les personnes et le conflit qui altère la relation. Cette distinction utile évitera aux époux de tout personnaliser d’une part, et leur donnera, d’autre part, la possibilité de se concentrer sur leurs besoins et leurs sentiments. Mais faut-il encore que la parole puisse s’exprimer en vérité et dans un élan du cœur qui fait place à la bienveillance.

Marshall B. Rosenberg, le père de la communication non violente (CNV) fait de la bienveillance un moteur puissant et positif dans le processus de la communication dans la mesure où elle permet à chacun une plus grande prise en compte de ses besoins et des besoins de l’autre :

« La communication non violente nous engage à reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous entendons l’autre. Les mots ne sont plus des réactions routinières et automatiques, mais deviennent des réponses réfléchies, émanant d’une prise de conscience de nos perceptions, de nos émotions et de nos désirs(4). »

Notre époque est sans doute celle des moyens de communication les plus développés. Alors même que nous communiquons de plus en plus par l’intermédiaire de la technologie, que nous sommes de plus en plus reliés virtuellement, combien de couples sont confrontés à l’appauvrissement d’une communication authentique ? Une amie m’a dit un jour qu’il suffisait qu’elle dise à son époux « Il faut qu’on parle » pour qu’il aille se coucher en la laissant seule sur le canapé avec son livre ou la télévision. Cette amie venait de confier, l’air de rien, la difficulté de son époux à la rencontrer dans la conversation conjugale. Pourtant, la possibilité de se raconter, en sécurité et en confiance, est essentielle, en particulier dans le cadre du couple. Espace privilégié pour se dire, se sentir écouté, compris, aimé, le couple est le lieu où, en principe, les époux peuvent se livrer, assumer leurs différences et leur vulnérabilité.

Dans le conflit, l’importance de l’écoute de l’autre, la prise en compte de sa parole prend une dimension encore plus impérieuse : « Je souffre, écoute-moi ! » Il s’agit plus que d’un agacement, c’est l’expression d’un besoin que nous éprouvons tous, celui d’être vraiment écoutés, plus encore au moment où nous sommes en difficulté.

L’approche proposée par Marshall dans le cadre de la CNV peut également s’appliquer aux relations conjugales. Cette approche repose sur quatre composantes :

  1. L’observation. Il s’agit d’un regard le plus factuel et objectif possible pour décrire la situation de conflit. Qu’est-ce qui dans les paroles ou les actes de l’autre constitue une atteinte à mon bien-être ?
  2. Les sentiments. La seconde étape qui suit l’observation ou le constat factuel est celle de l’écoute de nos émotions ou sentiments. Quels sont les sentiments qui m’envahissent face à tel acte ou telle parole ou attitude à mon égard ? Suis-je en colère, triste, content, amusé, humilié, etc. ?
  3. Les besoins. L’écoute des émotions débouche sur une autre étape qui s’intéresse cette fois aux besoins, désirs, valeurs qui ont éveillé ces sentiments. De quoi ai-je besoin dans cette situation ? J’ai besoin de calme, de plus de temps, d’encouragements, de respect, etc.
  4. La demande. La prise en compte des trois premières composantes permet d’élaborer une demande plus claire et plus concrète à l’adresse de l’autre.

Le couple crée donc un espace de communication empathique en aidant chacun à dire ce qu’il observe, ce qu’il ressent, ses besoins, et à formuler une demande claire à l’autre. Même si ce n’est pas une panacée, cette démarche peut aider les couples à ne pas s’enliser dans un bourbier de plaintes mutuelles et permettra de sortir du rapport de force inhérent à certains conflits pour se situer sur un niveau plus important pour la qualité de la relation : l’écoute bienveillante de l’autre.

Sans cet espace possible, le couple court le risque de se transformer en une sorte de cocotte-minute sans soupape, qui peut exploser et faire des dégâts considérables. D’où l’importance aussi de recourir à l’aide d’un tiers compétent qui peut accompagner le couple dans un processus de gestion du conflit.

3.    Le recours d’un tiers aidant compétent

En matière de salut, nous reconnaissons que Jésus-Christ est, et lui seul, le médiateur de notre réconciliation avec Dieu, sur la base de son œuvre rédemptrice accomplie une fois pour toutes (Actes 4.12).

Mais en matière de réconciliation dans le cadre des relations humaines, la Bible ne méprise pas le recours de tiers pouvant aider au dépassement des conflits et œuvrer ainsi à la réconciliation. Nous pouvons faire référence à la démarche préconisée en Matthieu 18.15s mettant en exergue une démarche qui encourage explicitement le recours à un tiers (individus, communauté) appelé à apporter son aide en vue de restaurer l’harmonie d’une relation. On notera que même si tout est mis en place pour que la relation soit restaurée, le dénouement peut être décevant, même en cas de recours à un tiers.

Mais entreprendre une démarche d’aide est une décision loin d’être simple. Elle est même coûteuse à bien des égards : aux plans psychique, financier, organisationnel, etc.

Il me semble important d’avoir à l’esprit les besoins des couples qui ont recours à un tiers extérieur. Ils sont souvent envahis par un sentiment d’échec et de honte et ne sont pas toujours à l’aise avec l’idée de s’ouvrir à une personne de leur entourage, parce qu’ils ont besoin que leur intimité soit respectée. Ils ne veulent pas perdre la face devant des personnes qu’ils fréquentent au quotidien. Ils ont aussi besoin de s’assurer que leur parole sera écoutée sans jugement et qu’elle sera sécurisée, donc que la confidentialité sera rigoureusement respectée.

Le rôle d’un « tiers aidant » compétent consiste avant tout à proposer un cadre d’écoute ouvrant au couple un espace de verbalisation (de mise en mots des maux du couple) et d’élaboration (penser soi-même et penser son couple) de la relation de couple. Il écoute dans une « neutralité bienveillante » le couple et l’accompagne dans un processus dont il ignore a priori l’issue, celle-ci relevant essentiellement de la coresponsabilité des conjoints. Le tiers n’a donc pas une obligation de résultat en termes de réussite, cela ne dépend pas de lui.

Il ne s’agit donc pas de trouver une personne qui va se mettre à la place du couple ou lui proposer des solutions telles des « recettes » prêtes à l’emploi. Les amis bien souvent le font déjà plus ou moins habilement.

Il est davantage question ici d’accompagner le couple dans une réflexion plus en profondeur qui dépasse les symptômes apparents et permet à chacun d’entrer dans un « travail » sur soi et sur le couple. Il est donc important que le tiers accompagnant le couple soit une personne compétente, ayant une formation dans le domaine de l’écoute, incluant les connaissances théoriques fondamentales dans ce domaine ainsi que, dans une certaine mesure, une connaissance des différents mécanismes psychiques opérant dans les interactions intra et intersubjectives.

La liste des tiers compétents n’est pas exhaustive, mais on peut citer ici psychologues, thérapeutes du couple (et de la famille), conseillers conjugaux et familiaux, médiateurs, etc. Il s’agit ici de différents professionnels vers lesquels les couples peuvent être adressés pour être accompagnés sans attendre que le conflit soit indébrouillable.

Et les pasteurs alors ? Si les pasteurs ont une formation qui les prépare à l’écoute, il faut bien admettre qu’ils ne sont pas toujours suffisamment équipés dans l’accompagnement des difficultés conjugales. Mais ils ne sont pas complètement en dehors du cercle des tiers-aidants.

Les pasteurs en effet peuvent inscrire leur pastorale dans la spécificité qui relève de leurs compétences, notamment les dimensions scripturaire et spirituelle souvent hors du champ des autres professionnels. Le pasteur peut aider le couple en conflit à chercher avec le secours de la prière et de la Parole de Dieu des ressources de dépassement des conflits. Il pourra rappeler au couple les promesses de Dieu, les encourager à réfléchir sur un certain nombre de ressources de dépassement des conflits comme le pardon, les assurer de sa prière et même prier avec eux s’ils acceptent cette aide. Bien d’autres pistes peuvent être envisagées comme l’encouragement à participer à des sessions d’accompagnement des couples organisées par diverses associations chrétiennes.

Conclusion

Rechercher la réconciliation, c’est oser la parole d’amour et de vérité, sans laquelle il est difficile de ne pas s’enfermer dans l’amertume.

L’apôtre Paul avait bien compris l’importance de telles dispositions dans le cadre des relations interpersonnelles lorsqu’il écrit :

« C’est pourquoi, débarrassés du mensonge, que chacun de vous dise la vérité à son prochain. Ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? Si vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché, que votre colère s’apaise avant le coucher du soleil. Ne donnez aucune prise au diable » (Éphésiens 4.25-27).

« Maris, aimez chacun votre femme et ne nourrissez pas d’aigreur contre elle » (Colossiens 3.19).

Il conviendrait de resituer chaque verset dans son contexte et dans la cohérence globale de la pastorale de l’apôtre Paul en matière de relations interpersonnelles. Le lecteur pourra toujours mener ce travail. Je remarque néanmoins que Paul considère que les conflits surviennent normalement dans les relations interpersonnelles et le couple n’en est pas exempt. S’il ne les dramatise pas, il sait néanmoins à quel point ils peuvent miner la relation et altérer la communion. Il propose donc des éléments importants à tout processus de réconciliation : l’exigence d’articuler amour et vérité, la maîtrise de soi impliquant une capacité de mise à distance de la violence surgissant dans les conflits. Et parce qu’il sait que l’amertume est un poison qui tue la relation, il invite à donner priorité à un amour vrai, à développer une capacité d’empathie, à refuser de s’enfermer définitivement dans une identité de victime en entrant dans une dynamique de pardon et de restauration.

Cette pédagogie est avant tout celle que Dieu lui-même a déployée pour notre rédemption. En effet, comment comprendre la signification de la notion biblique de réconciliation si l’on ignore la réalité du péché et les conséquences de la rupture de l’alliance adamique (cf. Genèse 3) ? N’est-ce pas seulement en partant de là qu’on peut lire l’ensemble de la Bible comme un récit qui nous dévoile progressivement le projet rédempteur du Dieu d’amour, de vérité et de justice qui veut faire grâce au pécheur et qui œuvre efficacement pour la restauration de la relation brisée ?

Aussi, dès Genèse 3.16 il est permis d’espérer une autre issue pour le couple que sa mort. Les relations entre Dieu et son peuple, comme des relations au sein d’un couple, se révèlent tumultueuses. L’épouse n’est pas à la hauteur, mais l’époux fidèle ne renonce pas... En effet, le Dieu de la Bible, comme nous le révèle le prophète Osée, demeure un époux fidèle qui cherche passionnément à reconquérir sa bien-aimée et à restaurer l’harmonie de la communion (cf. Osée 1-2). Le péché sépare, la grâce du pardon ouvre la voie à la réconciliation, donc à la réintégration.

Quand les temps furent accomplis, Dieu envoya son fils, Jésus-Christ (Hébreux 1.1s). C’est par lui que Dieu règle parfaitement et définitivement le problème de l’inimitié entre le pécheur et lui. C’est par et en Christ, dans l’événement de la croix et de la résurrection, que la notion de réconciliation atteint sa pleine signification (cf. 2 Corinthiens 5.18-19) dans l’attente de sa réalisation plénière pour nous et pour le cosmos tout entier.

Inspirons-nous de la démarche de Dieu qui prend au sérieux le conflit déclenché par la désobéissance humaine et s’engage dans la relation, par sa parole fécondatrice, pour semer dans les cœurs rebelles des dispositions de changement ouvrant le chemin de la repentance et de la réconciliation, sur la base de sa justice pleinement satisfaite par le Seigneur Jésus-Christ.

1. Éric FUCHS, Le désir et la tendresse, Genève, Labor et Fides, 1979, p. 176.

2. Sources internet : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-chiffres-de-reference-sur-les.html consulté le 10-01-2017

3. Cf. Jacques et Claire POUJOL, Les conflits, origines, évolutions, dépassements, Mazerolles, Empreinte Temps Présent, 1989, p. 177-196.

4. Marshall B. ROSENBERG, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), 3e éd., Paris, La découverte, 2016, p. 27.

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