« Si ton frère a péché… » Chute, repentance, relèvement : réhabiliter celui qui dérape dans le ministère

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« Si ton frère a péché... » Chute, repentance, relèvement : réhabiliter celui qui dérape dans le ministère. C’est le thème ambitieux qui nous a rassemblés, en 2016, pour deux jours de Congrès.
« Si ton frère a péché… » Chute, repentance, relèvement : réhabiliter celui qui dérape dans le ministère

Comment voulons-nous ou comment devrions-nous, d’un point de vue biblique et pratique, réagir face à celle ou celui qui chute moralement, que ce soit dans le domaine financier, sexuel, ou dans l’exercice de l’autorité ? En résumé, dans l’un des trois domaines « classiques » dans lesquels un responsable risque le plus souvent de déraper : argent, sexe et pouvoir. Sans oublier que l’on peut aussi déraper autrement : sur le plan théologique ou par rapport à une addiction : l’alcool, par exemple.

Quand un train déraille, c’est une catastrophe qui est suivie par des phases bien connues. D’abord, le choc de l’événement lui-même pour ceux qui sont dans le train, suivi du choc de la nouvelle pour ceux qui, très vite (parce que l’information va très vite de nos jours), vont apprendre ce qui s’est passé.

À ce stade, on dispose rarement d’explications claires et détaillées sur ce qui s’est passé. On a simplement la nouvelle qui tombe. C’est la panique et on est abasourdi. Et pendant ce temps, un certain nombre de personnes se mobilisent pour aider ceux qui ont besoin d’être soignés ou secourus.

Le lendemain du drame, les questions commencent. Comment se fait-il qu’un tel événement ait pu se passer ? N’aurait-on pas pu l’anticiper, l’éviter ? Qui est responsable ? À qui la faute ? Défaillance mécanique, technique, humaine ?

À ce stade, avant le temps de l’analyse et des enquêtes, on a affaire aux informations partielles, aux affirmations et aux démentis, aux suppositions et aux rumeurs, aux critiques et autres condamnations. Les uns accusent, les autres se protègent.

Et les victimes, elles, auront bien du mal à remettre les pieds dans un train… Ou dans une Église, puisque c’est cela dont on parle ici. Car, lorsqu’un responsable chrétien déraille ou dérape, c’est un drame, tout aussi compliqué, douloureux, et difficile à gérer…

D’abord, le choc de l’événement lui-même : pour les proches et pour ceux qui apprennent la nouvelle. Là aussi, on a difficilement accès à des explications claires et détaillées sur ce qui s’est passé. Pourtant, certaines personnes les réclament.

Les questions vont fuser. Comment se fait-il qu’un tel événement ait pu se passer ? N’aurait-on pas pu l’anticiper, l’éviter ? Qui est responsable ? À qui la faute ? Défaillance humaine ou défaillance « technique » ? Manque de supervision ? De redevabilité ? De formation ? De connaissances théologiques et bibliques ? De spiritualité ? Est-ce le contexte ? Est-ce la personne ? Est-ce le diable ?

Pour la personne qui dérape, pour ses proches, pour l’Église, et pour la dénomination à laquelle il appartient, la suite représente souvent de grands défis. D’abord, le défi de gérer l’information. Que dire, comment le dire, à qui le dire, et quand ? Ensuite, celui d’aider les blessés, qui peuvent être nombreux si les faits sont connus par toute la communauté. Comment les aider à faire confiance à nouveau et faut-il faire confiance à nouveau ? Jusqu’où et de quelle manière ?

Beaucoup de choses seront ternies, parmi elles l’image que les gens auront des responsables chrétiens, de l’autorité dans l’Église, du message de l’Évangile et de Dieu.

Et puis, bien entendu, il y a le défi de réhabiliter la personne qui a chuté, plutôt que de la condamner, tout en laissant agir la justice lorsqu’il s’agit d’un délit qui est punissable par la loi.

Face à la chute d’un serviteur, comment arriver à une réponse qui soit juste et à la mesure des faits ? Une réponse qui cherche à relever plutôt que condamner.

J’entends certains responsables déplorer : « Chez nous, on tire sur nos blessés... » D’autres me disent : « Nous avons un grand talent pour discipliner celui qui chute. Mais nous ne savons pas le remettre en selle. »

On peut brûler la personne au bûcher de nos convictions, mais on peut aussi trouver un moyen de l’amener vers la réhabilitation, si elle veut s’y laisser conduire… Cependant, que fait-on avec la personne qui ne le veut pas ?

Bien entendu, il y a des chutes plus ou moins marquantes. Entre le pasteur qui triche sur sa feuille d’impôts et celui qui trompe sa femme, cela n’a pas le même impact et on ne va pas forcément réagir de la même manière. Mais est-ce juste ?

Des pasteurs qui ont chuté d’une manière ou d’une autre, et qui ont dû renoncer à leur vocation et se réorienter ailleurs, on en trouve malheureusement assez facilement. Mais un pasteur qui a pu être réhabilité et qui a pu reprendre le ministère, même sous une autre forme, cela est bien plus rare ! Dès lors, avons-nous besoin d’un changement de culture ? La culture, c’est le réglage par défaut, régi par un ensemble de croyances et de valeurs, qui nous amène souvent à une réaction par défaut. Parfois, la réaction se sclérose et se fige.

La question de nos cultures d’Église est importante. Certaines sont imprégnées de la culture de la perfection. Le responsable n’a pas droit à l’erreur. Il aura donc peur de l’erreur, peur d’être disqualifié. Mais c’est parfois cette culture de la perfection qui provoque justement l’erreur. Une erreur que l’on va qualifier d’échec, parce que la seule option valable et acceptable, c’est le succès.

Le problème n’est donc pas toujours seulement chez le leader lui-même. La communauté dans laquelle il se trouve peut-être un terrain qui favorise sa chute. La peur de l’échec, la pression induite de la réussite, et le stress de devoir produire les résultats qu’on attend, finissent parfois par amener la chute. Alors, face à la faute, comment réagir avec justesse, rigueur et bienveillance ? Comment équilibrer discipline avec grâce ?

Lorsque nous sommes au stade du soupçon, de l’accusation d’untel contre untel, avant d’en arriver aux faits avérés, pratiquons-nous la présomption d’innocence ? Ou pratiquons-nous, à l’inverse, la lapidation sociale et le lynchage du présumé coupable ? Combien de fois ai-je entendu, dans le secret du « confessionnal thérapeutique », la personne me parler de ce qui s’est passé, puis me dire : « maintenant je suis grillé ! »

Comment comprendre la directive de Paul à Timothée de ne pas accepter d’accusation contre un ancien, si ce n’est « sur la déposition de deux ou trois témoins » ? Et comment comprendre la directive qui suit celle-ci, où Paul dit à Timothée : « Ceux qui pèchent, reprends-les devant tous, afin que les autres aussi éprouvent de la crainte. » S’agit-il d’exposer publiquement la faute et le fautif devant tous, afin qu’il soit montré en exemple et humilié ? Je laisserai la réponse à mes amis théologiens parmi nous.

Quel chemin possible vers la réhabilitation pour celui qui tombe ? Sous quelles conditions ? Quelles devraient être les étapes et les moyens que l’on met en place pour accompagner quelqu’un sur le chemin de la réhabilitation ?

Comment lui accorder une crédibilité renouvelée ? Peut-on le faire ? Ou la personne reste-t-elle « grillée » à jamais ?

Même si nos divers intervenants lors de ce congrès sont des personnes intelligentes – et que c’est, entre autres, pour leur intelligence que nous les avons invitées ! –, nous savons aussi qu’ils n’ont pu fournir toutes les réponses à ces questions. Mais cette rencontre aura au moins eu le mérite de les aborder et d’y réfléchir, car nous devons y réfléchir.

Cependant, ce congrès n’a pas pour ambition de dispenser une formation qui donnerait des outils thérapeutiques en vue de la réhabilitation. Le but de ce congrès n’est pas non plus d’expliquer comment traiter les problématiques d’un point de vue thérapeutique. Mais ce que cette rencontre cherche à faire, c’était arriver à une meilleure compréhension de l’échec et de la grâce face à l’échec, pour aboutir à une culture et une déontologie du relèvement qui soient résolument humaines, miséricordieuses et bibliques.

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