La dynamique de la grâce face à la chute

Extrait
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Jonathan Hanley choisit d’opposer grâce et peur. En effet, si c’est souvent une « dynamique » de peur qui conduit au péché et à la chute (alors qu’une bonne compréhension de la grâce est à même de préserver du péché), c’est cette même dynamique de peur qui s’oppose à une véritable discipline et restauration pour la personne coupable comme pour les personnes affectées par sa chute. C’est donc bien à la dynamique de la grâce qu’appelle Jonathan Hanley et qu’il nous interpelle, une grâce merveilleuse et toujours disponible. Une grâce transformatrice et porteuse de vie.
La dynamique de la grâce face à la chute

Introduction

La grâce ? La chute d’un responsable chrétien ? Que pourrais-je articuler sur ce sujet qui n’a pas déjà été dit des dizaines de fois ? Quels sont les aspects de la question qui me semblent nécessiter une réflexion plus poussée ?

En creusant ce thème, je me suis rendu compte que j’ai beaucoup plus de questions que je n’ai de réponses. Mais je me suis arrêté sur le terme de « dynamique » dans le titre. Je vous propose d’aborder notre thème en réfléchissant à la dynamique de la grâce.

La dynamique de la grâce

Le mot dynamique implique le mouvement. Et c’est exactement ce qui nous est nécessaire ici : une compréhension de la grâce, non seulement comme principe fondateur, mais également comme moteur faisant évoluer la situation.

Un jour, j’écoutais un CD d’un groupe que j’aime beaucoup (« No One Is Innocent » – un groupe français, malgré le nom) et j’ai prêté attention aux paroles de leur chanson intitulée La peur. Le morceau concerne surtout l’usage que certains politiciens font de la peur pour gagner des suffrages. Le refrain contient la phrase : « La peur fait bouger, mais elle fait rarement avancer. » En entendant ces mots, j’ai eu un moment d’éclairage dans ma réflexion concernant notre thématique d’aujourd’hui. Quand nos Églises vivent une crise suscitée par la chute d’un responsable, beaucoup de nos réactions sont dictées par la dynamique de la peur, qui est tout le contraire de la dynamique de la grâce. La dynamique de la peur fait certainement bouger, mais rarement avancer, notamment dans le domaine qui nous intéresse ici.

Le caractère étonnant de la grâce

On ne peut pas évoquer la grâce sans penser au célèbre cantique composé par John Newton, Amazing Grace. Ce chant a donné le titre anglais du livre de Philip Yancey, What’s So Amazing About Grace ?, pauvrement traduit en français par Touché par la grâce. « Amazing » veut dire étonnant, impressionnant, surprenant. En réalité, il s’agit du constat que la grâce possède des caractéristiques qui, lorsque nous les comprenons vraiment, sont proprement ahurissantes.

Oui, la grâce est surprenante. Quand nous comprenons la grâce de Dieu à notre égard, elle suscite émerveillement, reconnaissance et adoration. Quand nous la pratiquons les uns envers les autres, elle nous amène à réfléchir d’une manière différente, qui ne correspond pas aux attentes. En cela, elle nous ouvre des voies nouvelles et inattendues.

Deux considérations fondamentales

Ces deux considérations sous-tendent toute mon approche du thème :

  • La dynamique de la grâce nous motive à refuser la dynamique de la peur,
  • La dynamique de la grâce nous permet d’envisager des approches inattendues.

Ce ne sont pas les sous-titres de mon plan ou les deux sections de mon développement. Ce sont les deux couleurs principales dans lesquelles je vous propose de tremper notre pinceau pour composer le tableau qui illustrera la dynamique de la grâce pour un ou une responsable d’Église qui a chuté.

« Quelle est la dynamique de la grâce face à la chute ? »

Trois constats forment le plan que je vais développer en réponse à cette question :

  1. La grâce joue un rôle dans la vie intérieure de la personne concernée, c’est-à-dire dans sa piété, dans sa relation avec Dieu.
  2. La grâce joue un rôle dans la façon dont la faute sera traitée et dont le fautif sera considéré.
  3. La grâce joue un rôle dans la façon dont on considérera les autres personnes impliquées – celles qui sont lésées, déçues, voire victimes dans certains cas.

Bien entendu, ces trois domaines sont corrélés. Je vais tenter de les aborder séparément, pour plus de clarté, mais il ne faudra pas s’étonner de constater que les frontières qui les séparent sont floues.

1. Le rôle de la grâce dans la piété de la personne fautive

La chute indique une compréhension erronée de la grâce de Dieu

On accentue souvent la nécessité, pour les responsables d’Églises, d’une piété profonde, authentique et soutenue. Il est certain que l’authenticité de la foi du responsable est d’une importance capitale dans le ministère. Il me semble que l’une des raisons de cette importance légitime de la piété du responsable est que, plus que d’autres chrétiens peut-être, il ou elle sera tenté de voir la vie chrétienne comme un système, un principe, un programme. Cette tendance est présente chez chaque chrétien. Mais je ne serais pas étonné qu’elle le soit encore plus chez les responsables, justement parce qu’ils doivent organiser la foi en tant que manifestation du groupe ou de la communauté, avec des échéances, des réunions et une importance exacerbée de l’agenda et des modes de communication, en tout cas à notre époque.

Le grand danger de ce schéma du ministère, c’est de dépersonnaliser la foi. Or, dès que le chrétien ne voit plus la foi comme la relation personnelle, intime et directe avec Jésus-Christ, il court un énorme danger. Jean-Philippe Bru a évoqué (voir le chapitre 6) qu’un des signes du relâchement spirituel précurseur de la chute est que le Christ n’est plus au centre de sa vie. Ce danger est d’autant plus exacerbé pour le responsable que la foi elle-même s’exprime, dans sa dimension principale et quotidienne, comme une série de tâches à accomplir.

Quand nous parlons de la grâce, nous la percevons très souvent comme un principe théologique intéressant ou une thématique sous-évaluée de notre spiritualité. Mais la grâce sera toujours privée de sa dynamique principale si elle est détachée de celui qui en est la source, notre Sauveur et ami Jésus-Christ lui-même. J’ai remarqué, dans ma propre vie, que la probabilité que je puisse résister au péché est proportionnelle à l’importance de la personne de Jésus dans mon quotidien. Les principes et les pratiques de la spiritualité chrétienne et du ministère ne me sont que d’une utilité limitée dans ce domaine.

Une des références principales pour une telle réflexion reste l’ouvrage de Dietrich Bonhoeffer, Vivre en disciple : Le prix de la grâce(1) . En décrivant la grâce à bon marché, Bonhoeffer écrit :

« La grâce à bon marché, c’est la grâce servant de magasin intarissable à l’Église, où des mains inconsidérées puisent pour distribuer sans hésitation ni limite ; … c’est la grâce envisagée en tant que doctrine, en tant que principe, en tant que système. »

Et Bonhoeffer de souligner qu’un des dangers les plus fréquents consiste à mettre son espoir dans la grâce plutôt qu’en Jésus lui-même. La grâce qui coûte, celle qui est issue de l’espoir placé en Jésus, est une grâce qui, non seulement pardonne le péché, mais nous détache du péché. Et je sais d’expérience que peu de choses me détachent du péché aussi efficacement que la présence de l’être aimé… qu’il s’agisse de ma femme ou de mon Sauveur.

Une des découvertes de ma vie chrétienne en tant qu’adulte a été de comprendre à quel point ...

1. Dietrich Bonhoeffer, Vivre en disciple : Le prix de la grâce, Genève, Labor et Fides, 2009.

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