Principes et pistes pour la gestion de la chute et de son impact, et pour la réhabilitation

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Accompagner pastoralement un pécheur… en étant soi-même pécheur. C’est avec cette pensée, difficile mais essentielle, que Richard Gelin nous conduit sur le chemin d’un accompagnement en profondeur de la personne qui a chuté. En profondeur, car la chute n’est bien souvent que la partie immergée de l’iceberg, mais aussi parce que le travail ne peut être que de longue haleine pour la personne, ses proches ainsi que sa communauté ecclésiale. Loin des slogans, des solutions toutes faites, une approche pastorale prend le temps de mettre en lumière le mensonge pour refonder sur la vérité.
Principes et pistes pour la gestion de la chute et de son impact, et pour la réhabilitation

Une approche « pastorale »

Par approche pastorale, j’entends :

-  que c’est comme pasteur, donc aussi comme collègue, parfois peut-être comme ami, que j’ai été associé à quelques situations douloureuses mais, heureusement, à très peu ;

-  une tentative d’articuler l’accompagnement d’une personne et celui d’une communauté ecclésiale ou/et familiale ;

-  une proposition de rechercher l’esprit de l’Évangile, ouvrant la possibilité d’un renouveau.

Quoique ni psychologue, ni sociologue, j’ai néanmoins conscience, au regard de la complexité des situations et de leurs causes, que je me dois d’être informé de ce que ces approches apportent à la compréhension d’un évènement humain complexe. La conscience de la complexité est une caractéristique de la modernité. Cette complexité est celle de la profusion des analyses possibles, mais c’est d’abord celle que j’éprouve en moi-même : la complexité de ma propre personne « misérable que je suis, qui me délivrera… ? » (Rom 7.24). Comme pasteur je suis témoin de l’Évangile de la grâce dans toute sa générosité et dans toute son exigence, éprouvant moi-même cette générosité surabondant à mon péché, et désireux de ne pas en fuir l’exigence.

Posons donc, comme préalable, notre fragilité commune devant le mal. Fragilité dont la conscience au regard de soi-même permet de demeurer frère et non juge.

Existe-t-il une spécificité de la faute quand elle concerne un pasteur ?

Non, car la « faute » appartient toujours au lot commun. Ce qui est particulier, c’est l’amplification de la nature et de l’ampleur des conséquences, ainsi que de la mise en question du ministère à cause de cette faute.

Cette « spécificité » de la faute, contestant de facto la légitimité d’un ministère, résulte de la dimension éminemment destructrice du mensonge dans sa portée et ses conséquences.

Régulièrement, je dis à ceux qui me font la grâce de leur confiance, me reconnaissant comme leur pasteur, que j’ai besoin de vivre avec les « pécheurs » en étant un moi-même, mais que l’inacceptable dans la communauté croyante, c’est le mensonge.

Ma courte expérience d’accompagnement de pasteurs a surtout été dans des situations d’adultère. L’adultère est une forme lourde du mensonge, néanmoins tout ce qui génère un sentiment de trahison en est marqué : « Tu nous as menti en te montrant tel que tu n’es pas ! »

Le pasteur peut être un homme humble, ne prétendant pas à une spiritualité supérieure, on le charge, néanmoins, d’une exemplarité. Dans ce sens au moins, on peut évoquer la « charge » pastorale : accepter ou subir le fait d’être un modèle (1 Tim 4.12). Qu’il le veuille ou non, le pasteur représente pour sa communauté un modèle dont la défaillance est douloureusement ressentie, comme une trahison.

Le pasteur, homme de la Parole devenu homme du mensonge

Il est celui à qui l’on a confié – reconnaissant une vocation, une compétence – le ministère de la Parole. Celui qui, en public comme en privé, appelle à faire confiance en une parole, celle de Dieu ; il en est l’enseignant. La communauté, légitimement, même si c’est parfois exagérément, suppose une profonde unité entre sa parole et son être.

Le mensonge brise la confiance dans sa parole, donc dans l’homme lui-même. Le récit d’Actes 5 (Ananias et Saphira) pose le caractère tragique du mensonge : « Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, c’est à Dieu. » Reconstruire la confiance sera toujours un chemin long et exigeant, qui parfois n’aboutira pas. Néanmoins, il doit être entrepris pour la personne elle-même.

Voici ma première proposition : l’accompagnement pastoral n’a pas pour objectif de recoller les morceaux brisés du passé, mais d’encourager une personne désorientée, découragée par elle-même, tentée souvent de trouver des raccourcis de justification de soi, d’ouvrir en elle-même le chemin à la vérité, de sortir du mensonge par lequel elle s’abuse elle-même et envisager, pour ceux qui ont été déçus, la possibilité d’un pardon et d’un avenir.

Ouvrir le chemin à la vérité nécessite un travail théologique, « travail » au sens quasi obstétrique ! Je choisis ici le qualificatif « théologique » plutôt que « spirituel », ce dernier pouvant donner lieu à une version superficielle, floue, de ce qui doit être un chemin exigeant pour espérer devenir lumineux. Ce travail sur soi est une maturation théologique, un processus de conversion, un dépouillement de soi. Une déconstruction de soi, de ses illusions, de ses arrogances, de son mythe, jusqu’à ce que les yeux s’ouvrent sur la profondeur du mensonge en soi-même et à soi-même.

Disons-le autrement : je suis à côté de personnes en miettes qui ont peur du regard des autres, qui ont peur de leur propre regard… et c’est un bon signe quand elles en sont là. Mon espoir est qu’elles découvrent que le Sauveur et le Salut sont une unique et même réalité.

Ce travail théologique est une compréhension théologique de soi-même, de son comportement, de ses connivences avec le mensonge. Toute réhabilitation, comme pasteur, conjoint et même père/mère… nécessite ce long et profond travail vers une maturation nouvelle. Une œuvre que l’on découvre toujours inachevée en soi…

Je reconnais ma dette envers le stimulant livre d’Aldo Naouri, Adultères, qui m’a aidé à mieux écouter Jésus. Je suis interrogé par Aldo Naouri affirmant que :

« L’adultère en tant qu’acte n’est jamais, jamais, l’effet d’un caprice ou d’un hasard. Il s’inscrit toujours dans un parcours existentiel dont nombre d’éléments proches ou lointains auront rigoureusement déterminé sa survenue. Il est, autrement dit, inséré dans le langage du sujet. Il ne se résume jamais à ce qu’il est ou à ce à quoi on croit pouvoir le réduire(1). »

Selon ce psychiatre, l’adultère comme fait résulte d’une pensée, d’une attitude qui avait déjà intégré cette possibilité-là, même si cela n’apparaissait que comme un fantasme. Tout adultère « consommé » est précédé d’une connivence, d’un imaginaire : l’adultère « non consommé ».

Évoquer « l’accident » demeure une tentative de se justifier. Ainsi je ne peux pas considérer l’adultère comme une faute dont je serais exempt. En conséquence, ma relation à celui qui a fauté en est modifiée. Comment je l’accueille ? Qui suis-je, moi qui t’accueille ?

L’affirmation d’une connivence intérieure préalable densifie ma réception du Sermon sur la montagne (Mt 5.27-28). Entre toi, le fautif, et moi, l’innocent… il n’y a pas de différence fondamentale. Jésus annihile la tentation d’établir une fracture entre « celui qui a » et « celui qui n’a pas », car celui qui n’a pas est en fait celui qui ne reconnaît pas que néanmoins il a… selon la perception de Jésus. Il ne s’agit pas de nier la différence fondamentale que chacun perçoit à l’évidence, mais de ne pas l’ériger en jugement de valeur et d’autosatisfaction.

Pour être en aide à celui qui désire réordonner sa vie, je dois éprouver cette conscience de ma propre complicité au mal. Nous marchons sur un fil et, par une grâce incompréhensible, nous ne sommes pas tombés dans la faute factuelle !

La proposition de Naouri que tout adultère est précédée d’une connivence, d’un imaginaire… pour moi fait écho à des textes bibliques. Citons Éphésiens 6.12 : « Ce n’est pas à l’humain que nous sommes affrontés, mais aux puissances, aux dominations, aux pouvoirs, aux dominateurs de ce monde de ténèbres. », ou encore Colossiens 1.13-14 : « Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume du Fils de son amour ; en lui nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés. »

Que sont ces « puissances, ces dominations, ces pouvoirs » ? Un point de leur convergence est la narration. Comme homme, comme pasteur, je suis sensible à la narration. La Bible utilise abondamment la narration par laquelle Dieu se révèle. Il est donc « présent à notre âme » par des récits. Car la narration, c’est la forme du récit qui s’inscrit le plus spontanément et profondément en nous. La narration fait l’homme. L’humain se construit en référence à des histoires. Des études ont montré l’effet catastrophique d’une éducation d’enfants auxquels aucune histoire n’a jamais été racontée. Notre société est hautement narrative, souvent romantique au sens de la sensibilité, de l’émotion, du rêve palliant à la banalité du quotidien. Nous sommes sensibles au problème de la pornographie – je conviens sans réserve de sa dangerosité – mais on avale un autre chameau ! Si vous aimez la littérature, si vous regardez la télé, si vous êtes cinéphile, vous baignez dans une culture romanesque, tendre ou violente, exacerbant des émotions. Dans ces récits se nouent de grandes passions, se manifestent des sentiments si intenses que les cadres sociaux ordinaires ne peuvent les contenir et semblent ternes. La trame récurrente de ces récits, c’est la lutte entre le cadre social et la passion. La plupart du temps, le cadre social sera finalement débordé par la puissance du sentiment. La raison est écrasée par la passion.

Le roman s’achève et la vie continue dans son ordinaire banal, d’où peut-être le succès des séries qui, chaque jour, réinjectent leur dose de passion. Or, j’ai été touché par un récit passionnel, je me suis projeté dans ce récit, il m’a fait éprouver des émotions. Il a laissé son empreinte en mon âme. C’est le chemin de tout récit en nous dont, d’ailleurs, celui du récit biblique. La pornographie en est la forme fantasmatique. Notre sensibilité au récit, quoique créationnelle, peut être la voie de cette connivence à faire ce que, raisonnablement, nous ne voulions pas faire.

Selon Aldo Naouri, nous jouons, imaginairement, avec l’idée d’une relation parallèle. Il récuse catégoriquement l’argument de l’accident, de l’imprévisible. Tout adultère est mentalement préparé.
Dans le processus de réhabilitation, la prise de conscience de cette connivence et de ce qui l’a nourrie, est un passage obligé. Dans cette perspective des récits structurants, j’ai découvert combien dans certaines cultures, des femmes ont intériorisé, à partir du récit de leurs aînées, l’idée qu’un homme ne peut se satisfaire d’une seule compagne. Elles souffrent de l’infidélité, mais maintiennent à leur conjoint cette forme d’excuse née du récit des mères !

Le mot « passion » signifie, à la fois, selon le dictionnaire, un état affectif et intellectuel puissant dominant la vie raisonnable, et dans le langage de la foi, la croix, la passion du Christ, le don de soi pour que l’autre vive. Selon Paul, pour les grecs la Croix est déraisonnable. Les récits de passions ne sont passionnants que s’ils sont déraisonnables.

L’accompagnement pastoral cherche à aider la personne à reconnaître dans quelle(s) narration(s) elle vit, quelles narrations souterraines sont présentes en elle. Une fragilité accrue résulte de cette complicité passionnelle que le couple a laissé s’endormir. Dans le mythe narratif, les contingences – les enfants, les responsabilités diverses – sont évacuées. Il est alors facile de se consacrer à l’unique objet… Il est rare qu’un récit mette en avant les conséquences tragiques à long terme d’une passion infidèle, par exemple sur les enfants.

L’adultère est toujours une affaire de couple. De façon factuelle, la faute peut incomber à un seul et cela doit être clairement énoncé. Mais le couple est néanmoins interrogé par la faute et à un certain point, pour qu’une réconciliation pleine de promesses puisse être envisagée, les deux devront construire une narration commune. Un récit d’eux-mêmes leur permettant de se projeter à nouveau dans l’avenir avec espérance.

Il s’agit, comme dans toute situation d’accompagnement pastoral, d’aider à cheminer vers la vérité. J’emprunte les mots d’un jésuite, Rémi Brague, qui constate :

« Nous aimons la vérité quand nous nous en servons ; quand nous la braquons sur les choses comme un faisceau lumineux qui nous permet de connaître et d’avoir barre sur elles. (…) mais nous haïssons la vérité, et nous la fuyons quand elle vient faire retour sur nous, pour mettre à nu notre péché(2). »

Brague ajoute :

« Le jugement qu’exerce la vérité n’est pourtant pas un dernier mot. Ce jugement serait en effet insupportable, et peut-être plus cruel encore que la vision noire de la nature. Il ne pourrait mener qu’à un suicide par haine de soi. C’est un tel jugement sur nous-mêmes que voudrait nous faire adopter le Calomniateur par excellence, le diable. Il apparaît sous un jour double et que l’on pourrait croire contradictoire : il est menteur dès l’origine et il parle de son propre fond (Jean 8.44). […] Le jugement au contraire est en lui-même pardon. Il n’y a pas, d’un côté la vérité sur nous-mêmes, et d’un autre côté le pardon. Le pardon est en même temps vérité. C’est une fois pardonnés que nous recevons le courage de nous voir tels que nous sommes. Pascal fait dire à Jésus "Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur. À mesure que tu les expieras, tu les connaîtras." »

Entendons la proposition théologique, fondamentale dans tout accompagnement : et si la vérité était plutôt un sujet qu’un objet ? Le Christ de Jean dit « Je suis la vérité », et non pas je suis en possession de la vérité… Nous ne réapprendrons à aimer la vérité qu’en ayant compris que c’est la vérité qui nous aime, que l’amour de la vérité n’est pas seulement celui que nous pouvons avoir pour la vérité, mais l’amour que la vérité, depuis toujours, éprouve envers nous.

La pastorale est un compagnonnage exigeant du temps, supposant le partage d’une humilité éprouvée ; la reconnaissance de notre commune vulnérabilité et des puissances culturelles et sociales qui, avec notre complicité, ajoute à notre vulnérabilité le jour où notre parole doit, dans l’épreuve, réaffirmer notre foi.

Il ne s’agit pas de réparer, mais de refonder

Un chemin de réhabilitation. Dans un processus de réhabilitation, il y a toujours à faire le pas d’une nouvelle confiance ! Accepter de faire confiance à celui qui a abîmé la confiance, sachant que l’Évangile multiplie ces histoires-là…

Le point de départ de la réhabilitation c’est le récit que la personne fait d’elle-même. D’abord son récit initial : comment elle se comprenait, se voyait, se considérait, éprouvait sa foi et sa vie, se justifiait.

Puis le récit de sa désorientation : comment elle ne se comprend plus, se découvre actrice du mensonge, découvre l’ampleur du mensonge, sa douceur et son amertume, la reconnaissance de sa faute… et arrive au point où l’on ne se cherche plus d’excuses, des circonstances atténuantes, mais, comme le dit Naouri, au point de reconnaissance que l’on a volontairement cheminé avec l’idée du mensonge en une connivence spirituelle perverse.

Enfin le récit de sa réorientation : la conscience d’une fragilité permanente, la conscience du besoin de la vérité de soi, la conscience du besoin de la vérité dans la relation au tout proche. C’est au regard de ce récit de réorientation que l’enjeu d’une nouvelle confiance se nouera.

Espérant ne pas manipuler exagérément le texte, je vois un peu de cela dans le récit de la Samaritaine. Sa rencontre avec la Vérité d’abord la désoriente, puis la réoriente à partir d’une compréhension nouvelle. Jésus parle, non pour blesser, mais pour permettre une réorientation naissant de la possibilité de sa messianité (Jn 4).

Du cheminement intérieur à l’affirmation publique de la réhabilitation

Dans le cas d’un couple déchiré, une réhabilitation à un ministère suppose-t-elle leur réconciliation préalable ? La question est délicate. Si le couple s’est engagé sur un chemin de réconciliation, bien sûr, la possibilité d’une réhabilitation au ministère est favorisée. Mais dans le cas contraire, si le conjoint blessé dans sa fidélité et sa confiance n’est plus en état de faire confiance et choisit la séparation, quelles conséquences sur le ministère ? Dans ce domaine, il est quasi impossible d’établir des absolus. La confiance est aussi un acte de foi.

Dans le cas d’un ministère vécu dans une union d’Églises, la réhabilitation passera par une parole autorisée (Commission des ministères, évêque…) affirmant (question clef du lieu et de la forme de cette affirmation) la confiance en la sincérité et le sérieux du parcours de réhabilitation, supposant une conscience éclairée du processus de l’échec et de ses conséquences.

Les collègues, un collège local, devront apprendre à vivre l’exercice de la foi, que tout peut devenir nouveau, que celui qui a été en échec n’est pas un homme définitivement échoué, mais peut devenir le témoin d’une grâce. Le serviteur ainsi rétabli ne devra pas être alors abandonné à lui-même, mais encore longtemps accompagné. Quant au lieu de son service, c’est lui qui devra tirer de son expérience globale ce qu’il convient de dire et de taire. La confiance demande toujours de la patience pour s’enraciner, combien plus encore quand elle a été mise à mal.

Il ne m’appartient pas de développer les manques du contexte ecclésial ou collégial pouvant favoriser les « chutes ». Mais les Églises se bercent d’illusions naïves sur leur fraternité. Ce sont souvent des lieux de « gentillesse » plutôt que des lieux de sagesse, on y est souvent plus « copain » que « frère ». La fraternité est toujours un exigeant don de Dieu à habiter.

De même, je n’ignore pas la superficialité des relations entre pasteurs. Certes, il y a des exceptions, rares. Les pastorales, trop souvent, sont des lieux d’agendas, des lieux où l’on montre son plumage… Je connais aussi l’extrême volatilité des confidences, le galop des rumeurs, la gourmandise médiocre du commérage. Tout cela ne favorise pas la parole vraie. Il peut en être autrement.

1. Aldo Naouri, Adultère, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 41.

2. Rémi Brague, L’amour de la vérité, Christus n°204, octobre 2004.

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