Les ministères féminins dans l'Union Baptiste en Angleterre

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Les ministères féminins dans l'Union Baptiste en Angleterre

I. SURVOL HISTORIQUE(1)

• 17ème siècle :

Pendant les premières années d’existence des Baptistes, les femmes participent activement à la vie des Églises. Elles peuvent s’exprimer et voter lors des réunions portant sur les affaires publiques de l'Église (y compris l’excommunication) ; elles participent à la sainte Cène, et luttent aux côtés des hommes pour défendre les convictions baptistes. Il y a même, exceptionnellement, des femmes qui prêchent, mais seulement dans des réunions restreintes, pas pendant le culte traditionnel. Cependant, une certaine Mme Attaway a prêché au sein d’un groupe de dames… auquel des hommes se sont joints.
Dans les Églises, le ministère de diaconesse est reconnu aux femmes. Celles-ci doivent être veuves, avoir au moins 60 ans et promettre de ne pas se remarier. Elles rendent visite aux malades et aux pauvres (hommes ou femmes) dans les hôpitaux et les prisons. Des femmes ont été brûlées pour leur foi, comme les hommes. Mais il ne leur est pas permis de parler, prophétiser ou prier publiquement dans le culte.

• 18ème et 19ème siècles :

Il semble que les femmes ont perdu le droit de voter ou de prendre part aux décisions lors des réunions de l'Église. Mais elles s’expriment en écrivant. Elles écrivent des cantiques, des autobiographies et des témoignages de la grâce de Dieu dans leur vie.
Avant la création de la Baptist Missionary Society (BMS), des femmes commencent à exercer un ministère à l’étranger en tant que missionnaires. D’abord avec leur mari, mais plusieurs continuent après le décès de leur mari. La Mission Baptiste au Zénana (MBZ)(2), un mouvement de femmes missionnaires, lié à la BMS, envoie même ses propres femmes missionnaires. Les unes sont mariées et partent avec leur mari ; d’autres sont célibataires, comme Mlle Fryer. Elles travaillent en Inde ou en Chine, ou encore en Italie, à Ceylan et au Congo. La BMS, de son côté, reste une société d’hommes.
En 1890, un ordre de diaconesses est établi dans l’Union Baptiste. Vers la fin du 19ème siècle, des femmes ont pu témoigner de leur travail devant l’Assemblée annuelle de l’Union(3). La première femme à être déléguée à l’Assemblée est Mme Stockford en 1894.
Pendant ce temps, au sein du Méthodisme, de nombreuses femmes se sont converties au moyen de la prédication de Wesley et elles prêchent, enseignent et évangélisent. Wesley déclare: « Le Seigneur bénit leur prédication. Qui suis-je pour m’opposer à Dieu » ?

• 20ème siècle :

En 1910, la MBZ est incorporée dans la BMS. Il n’est plus possible à des femmes d’être envoyées comme missionnaires.
En 1919, l’Union Baptiste reconnaît officiellement le ministère de diaconesses et crée un Institut pour leur donner une formation aussi bien théologique que pratique (allant du grec du Nouveau Testament aux premiers soins). Les diaconesses servent dans les écoles du dimanche, les réunions de femmes, l’assistance sociale et dans les missions médicales.
Dans les années 20 des femmes sont appelées à prendre le relais là, où il n’y a pas assez d’hommes ou dans les petites Églises.
Après la Seconde Guerre mondiale, un nombre croissant de diaconesses sont amenées à prendre plus de responsabilités et à faire le travail d’un pasteur, sans pour autant être reconnues comme pasteurs (ou être payées comme eux). Cela, se produit aussi bien en Angleterre qu’en Écosse.
Vers le milieu des années 60, il y a 45 diaconesses à l’œuvre, dont 38 exercent en pratique un ministère pastoral. Cette situation, due principalement au manque d’hommes à la suite de la guerre, s’est progressivement mise en place sans qu’une décision officielle ait été prise à ce sujet. En termes de reconnaissance des ministères, les diaconesses se trouvent placées sur le même plan que les pasteurs (mais leur salaire est inférieur). Jusqu’en 1967, elles doivent démissionner si elles se marient. Jusqu’en 1966, l’Union Baptiste dresse deux listes séparées, l’une pour les pasteurs, l’autre pour les diaconesses et les femmes pasteurs. Mais en 1975, le Conseil de l’Union inscrit toutes les diaconesses sur le rôle des ministères accrédités.
Dès avant cette date, des femmes ont été appelées et reconnues comme pasteurs dans des Églises locales (sans être diaconesses). C’est le cas d’Edith Gates, dès 1918, dans l’Oxfordshire. En 1922, son nom est ajouté à la liste des pasteurs stagiaires. La même année, Violet Hedger est admise comme étudiante dans un Institut Biblique Baptiste.
En 1925, le Conseil de l’Union Baptiste décrète que les Baptistes n’élèvent aucune objection au fait que des femmes exercent le ministère pastoral. Cette année-là, deux femmes sont accréditées en tant que pasteurs.
En 1965, on compte 5 femmes parmi les pasteurs accrédités (dont une qui reste pasteur après son mariage avec un pasteur) et 61 diaconesses accréditées, dont la plupart ont une charge pastorale.
En 1970, il y a 23 femmes pasteurs et en 1992, 102 (sur un total de 2187 pasteurs). De ces 102, 58 exercent un ministère pastoral en Église, seules (32) ou en équipe (26). Les autres exercent diverses responsabilités dans des Associations(4), comme professeurs d’Instituts de Théologie (2), dans les bureaux de l’Union ou dans d’autres organismes chrétiens ; 22 sont retraitées et 7 n’ont pas d'Église. En 1995-96, il y a 42 femmes au sein du Conseil de l’Union (qui compte 225 membres).

II. AUJOURD’HUI : STATISTIQUES DU 3 OCTOBRE 2000

(Renseignements fournis par le Rev. Ernie Whalley, surintendant régional(5) du Yorkshire, qui a fait des recherches sur la question des femmes dans le ministère pastoral.)
On compte dans l’Union Baptiste : sur environ 2000 pasteurs, 5% sont des femmes
- 29 femmes pasteurs stagiaires
- 20 étudiantes en théologie
- 1 aumônier militaire femme
- aucune femme parmi les 29 aumôniers d’entreprise
- aucune femme parmi les 8 aumôniers d’enseignement post-scolaire
- 2 femmes parmi les 6 aumôniers de prison
- 9 femmes (dont deux laïques) parmi les 153 aumôniers d’hôpitaux
- 7 femmes (dont 1 laïque) sur 56 aumôniers d’enseignement supérieur
- 2 femmes pasteurs travaillent à l’Union Baptiste (plus une à temps partiel)
- 1 femme sur 12 surintendants de région
- 1 femme pasteur est secrétaire d’une Association régionale
- 1 femme pasteur est missionnaire d’une Association régional
- 2 femmes sont présidentes d’Associations
- 5 femmes sont vice-présidentes d’Associations (une d’entre elles est pasteur)
- 1 femme pasteur travaille à l’Institut de formation missionnaire de la BMS
- 4 femmes enseignent dans des Facultés de Théologie Baptistes
- 1 femme est directrice d’un Institut Œcuménique en Écosse
- sur 43 pasteurs reconnus qui exercent également une autre profession, 9 sont des femmes
- sur 246 prédicateurs reconnus dans tout le pays, 52 sont des femmes
- sur les 210 membres du Conseil de l’Union, 48 sont des femmes.
En résumé, on constate qu’il y a moins de 7% de femmes dans la liste des pasteurs accrédités dans l’Union Baptiste.
D’autre part, plusieurs Églises, charismatiques ou pas, seraient disposées à accepter qu’une femme prêche, mais pas qu’elle soit le pasteur. D’autres l’accepteraient en tant qu’assistante pastorale, mais ne l’autoriseraient pas à prêcher.

III. POUR QUELLES RAISONS LES BAPTISTES ONT-ILS ÉTÉ AMENÉS À RECONNAITRE LE MINISTÈRE PASTORAL DES FEMMES ?

(D’après une lettre de Ruth Gouldbourne, professeur au Collège (Faculté de Théologie) Baptiste de Bristol et, auparavant, pasteur à Bedford. Lettre datée du 31 octobre 2000).
« Il n’y a jamais eu un débat officiel en Angleterre sur la question du ministère féminin ». Des femmes ayant été appelées à exercer le ministère pastoral dans des Églises, « l’Union Baptiste s’est trouvée placée devant une sorte de fait accompli. Il a fallu décider ce qu’il convenait de faire face à des situations déjà établies. Ils ont décidé (après les inévitables réunions de comité) que ces femmes devaient être reconnues, accréditées, et petit à petit, très lentement, d’autres femmes se sont ajoutées à leur nombre… C’est à cause de l’accent mis par les Baptistes sur l’autonomie de l'Église locale que les choses ont pu se passer de cette façon ». (…).
« Bien entendu, cela signifiait également que même si une Église locale était libre d’appeler une femme et si l’Union acceptait de reconnaître et d’accréditer des femmes ayant les dons et la formation voulus, les Églises locales avaient (et gardent toujours) la liberté de ne pas inviter une femme à être leur pasteur et même de refuser de considérer la candidature d’une femme lorsqu’elles se trouvaient sans pasteur. Les surintendants de région avaient cependant pour ligne de conduite de proposer la candidature de femmes, lorsqu’ils la jugeaient appropriée, en vue de stimuler la réflexion des Églises sur la question ». (…).
« La situation est différente en Écosse. Au début des années 80, quelques femmes (dont j’étais) ont demandé qu’il y ait un débat sur la question à l’Assemblée. Le débat, qui s’est déroulé, après que se fussent tenues une série de réunions au niveau local ou régional, a abouti à un vote en faveur de la reconnaissance du ministère pastoral des femmes, mais avec une majorité si faible qu’il n’était pas possible d’en tirer les conséquences pratiques. On a laissé la question mûrir pendant quelques années, avant de reprendre la discussion il y a trois ans. Cette fois encore, le débat s’est terminé par un vote favorable, mais inférieur aux deux tiers requis. L’an dernier, un nouveau débat a eu lieu autour d’une motion selon laquelle toute Église locale a la liberté d’appeler qui elle veut (homme ou femme) comme pasteur. L’Union Baptiste suivra la procédure habituelle en vue de l’accréditation de ce pasteur. Je ne suis pas certaine qu’une Église ait déjà adressé un appel à une femme, mais je sais que des négociations ont été entamées ici ou là ».

IV. LES CONSÉQUENCES POSITIVES OU NÉGATIVES DE L’ACCESSION DES FEMMES À DES POSTES DE RESPONSABILITÉ

(D’après le Rev. R. Soar, de l’Essex)
« Les femmes pasteurs sont beaucoup plus facilement acceptées dans le nord et le centre de l’Angleterre que dans le sud du pays. Plus le nombre des membres d’une Église est faible, plus cette Église est prête à envisager d’appeler une femme comme pasteur, “les hommes en effet n’aiment pas aller dans une Église trop petite”.
Quelques-unes de nos femmes pasteurs sont dans des Églises importantes. Mais elles sont peu nombreuses. Un seul des dix surintendants de région est une femme, le pasteur Pat Took, qui a été nommée en 1998 surintendante de la région de Londres. Elle a la responsabilité de veiller sur 282 Églises et pasteurs, et près de 25000 membres.
La question des femmes exerçant un ministère d’ancien est plus difficile. Il n’y a pas de statistiques disponibles. Cela varie énormément d’une Église à l’autre. Dans certaines Églises, une femme ne serait pas admise parmi les anciens. Dans d’autres, ce qui ne serait pas acceptable, c’est le fait qu’une femme prêche et qu’elle serve en tant que pasteur. Mais le nombre de ces Églises est sur le déclin. La plupart des Églises qui tiennent à garder cette attitude semblent perdre des membres, car leurs racines plongent encore dans la culture du XIXème siècle ou du début du XXème. »


1. Les renseignements ci-dessus proviennent principalement du journal de la Baptist Historical Society : The Baptist Quaterly, volume XXI, n°7, Juillet 1986 ainsi que d’un petit livre de Ruth GOULDBOURNE : Reinventing the wheel. Women and ministry in English Baptist life, Oxford, 1997.
2. Le Zénana se trouve en Inde.
3. L’Assemblée est l’équivalent de notre Congrès.
4. L’Association correspond en gros à nos régions, mais avec des responsabilités plus étendues.
5. Le surintendant de région joue un rôle voisin (quoique plus étendu) de celui de nos présidents de région. Il exerce ce ministère à plein temps Il est en quelque sorte le « pasteur des pasteurs ».

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