La prédication. Communiquer la foi à l'ère du scepticisme

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Timothy Keller

La prédication. Communiquer la foi à l'ère du scepticisme
Lyon, Clé, 2017, 334 p., 19.90 €

La prédication. Communiquer la foi à l'ère du scepticisme

Timothy Keller, le célèbre pasteur presbytérien, présente lui-même son livre comme un manifeste, et non comme un manuel. Effectivement, le lecteur qui souhaite apprendre à dresser un plan de prédication, à écrire une introduction percutante, ou à manier les illustrations, risque d'être fort déçu (à noter que Keller fournit tout de même, en annexe, un condensé de manuel homilétique). Dans un style vif et pastoral, l'auteur transmet plutôt les principes d'une communication de l’Évangile qui répond aux préoccupations et aspirations de la modernité tardive.

Le livre ne s'adresse d'ailleurs pas aux seuls prédicateurs, mais à toute personne qui a, d'une manière ou d'une autre, un ministère de la Parole. Enseignant en théologie, rédacteur de blog, évangéliste, conseiller en relation d'aide, animateur d'études bibliques, etc.

L'auteur organise son ouvrage en trois parties. Suite à sa définition d'une excellente prédication comme le fruit de l'amour de la Parole de Dieu et de l'amour du prochain (p. 20), l'auteur intitule ses deux premières parties : Servir la Parole et Atteindre les gens. Puis, fort de la conviction que seul le Saint-Esprit permet une véritable transformation du cœur de l'être humain, Keller propose une troisième partie : Une démonstration d'Esprit et de puissance.
  • Servir la Parole. Dans cette première partie, le pasteur new-yorkais plaide pour des prédications textuelles et suivies de la Bible. Il montre aussi pourquoi, et comment, chaque sermon devrait conduire jusqu'à Christ et son Évangile. Il s'agit d'éviter deux écueils : prêcher le texte sans expliquer l’Évangile ; prêcher Christ sans prêcher le texte. L'auteur clôt cette partie, et c'est une des forces majeures de son livre, par des pistes concrètes pour prêcher Christ à travers tel ou tel thème biblique, tel ou tel personnage biblique, etc.
  • Atteindre les gens. Dans cette deuxième partie, dans laquelle les apports sont les plus significatifs, Keller s'intéresse à la culture de la modernité tardive. Sa préoccupation n'est pas tant que les prédicateurs « s'adaptent » à cette culture, ni qu'ils paraissent plus pertinents, mais bien plutôt qu'ils défient ses dogmes. Pour l'auteur, en effet, la modernité tardive a absolutisé les affirmations chrétiennes (on se rappelle l'analyse similaire de G. K. Chesterton). La tâche du prédicateur consiste donc à montrer ce que ces affirmations ont de vrai, puis à les confronter en montrant qu'elles deviennent incohérentes une fois coupées de Dieu. « C'est dire : “Puisque vous croyez ceci, pourquoi ne pas croire cela.” » (p. 115) Autrement dit, il s'agit de montrer aux gens comment le Christ seul peut répondre à leurs aspirations de liberté, de justice, d'ouverture, etc. Pour ce faire, Keller exhorte à prêcher l’Évangile en s'adressant au cœur, c'est-à-dire en faisant appel au sens du merveilleux. L’Évangile est la « bonne histoire », capable de réjouir et « d'enchanter ». Sans cela, la prédication ne devient qu'un discours moral, qui ne permet pas une véritable transformation de la vie de l'auditoire.
  • Une démonstration d'Esprit et de puissance. Ici, Keller exhorte son lecteur à passer « plus de temps à préparer le prédicateur que le sermon » (p. 211). Tout comme le fait l'Esprit, le prédicateur doit savoir s'effacer pour braquer les projecteurs sur le Christ. Ainsi, ce qui donne sa valeur à toute communication de l’Évangile, quelle que soit sa forme, c'est bien plus la piété, la sagesse, l'amour et le courage du ministre de la Parole que ses talents oratoires. Sagesse bienvenue, que facilite certainement la forme de l'ouvrage (un manuel homilétique, plus orienté sur la technique se prête moins à ces considérations).

Ainsi, que vous fassiez vos premiers pas dans la prédication, dans l’animation d'études bibliques, la rédaction d'articles bibliques et théologiques, etc. vous trouverez dans ce manifeste homilétique les fondements essentiels à une bonne communication de l’Évangile. Si vous êtes plus expérimenté en la matière, vous serez renouvelé par cette lecture et vous y puiserez même de précieux conseils pour défier la culture de la modernité tardive. Si vous êtes un lecteur habitué de Keller, vous retrouverez des thèmes déjà connus ; mais ceux-ci, appliqués ici à l'homilétique, luiront certainement d'un éclat nouveau.

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