L’homosexualité, perspectives bibliques et réalités contemporaines

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Thomas E. Schmidt, L’homosexualité, perspectives bibliques et réalités contemporaines

Traduit de l’anglais par Sylvette Rat, 

Coédition Excelsis/Grâce & Vérité, Cléon d’Andran/Mulhouse, 2002, 251p. 

L’homosexualité, perspectives bibliques et réalités contemporaines

Cet ouvrage d’excellente qualité n’a pas d’équivalent en français par la somme d’informations qu’il rassemble sur le traitement biblique et la question de l’homosexualité aujourd’hui. Son auteur est un spécialiste de l’interprétation des textes chrétiens anciens et plus particulièrement de l’éthique néo-testamentaire. Il est aussi docteur en philosophie.

Certains pensent peut-être qu’il suffit d’affirmer : « la Bible dit que l’homosexualité est un péché » pour régler la question et donc qu’une telle étude est inutile. C’est ignorer les vifs débats qui existent sur l’interprétation des textes bibliques et de leur portée exacte pour aujourd’hui. Cela laisse également entier le problème de l’origine de l’homosexualité, de la responsabilité et surtout la question cruciale aujourd’hui : y a-t-il une pastorale possible des homosexuels ? Thomas E. Schmidt traite avec beaucoup de compétence la question biblique mais il fait aussi preuve d’empathie et d’un souci de considérer le problème contemporain dans tous ses aspects y compris médical.

De cette empathie, l’auteur témoigne dès le début de l’ouvrage, quand il affirme qu’il l’a écrit en pensant aux visages de ces personnes homosexuelles qu’il connaît, et qui sont parfois des chrétiens :

« Si nous laissons de côté ces visages, nous laissons de côté l’Évangile. L’Évangile est une puissance de guérison, mais le remède ne s’administre pas à coups de livres, de votes ou de verdicts. Seule est capable de l’administrer, la main tremblante qui tient la cuillère devant le visage consentant de l’autre.» (p.9)

Cette empathie se manifeste encore par son émouvante lettre à un ami à la fin de l’ouvrage.

Dans un débat contemporain où l’on ne peut plus se contenter d’asséner des textes bibliques mais où l’on doit avancer des arguments compréhensibles par nos contemporains, la lecture de ce livre, où il y a un effort pour penser la question du point de vue anthropologique, m’a vraiment éclairé.

Par exemple l’une des grandes objections qui réunit théologiens et psychanalystes à l’homosexualité comme modèle social, c’est que celle-ci nie l’altérité en niant la différence des sexes. Mais si l’objection paraît fondée, elle n’est pas sans faiblesse. Car l’altérité est-elle toujours respectée, y compris dans le couple homme, femme ? Schmidt est sensible à l’objection, il répond que si l’argument pris isolément est faible, il devient fort quand on le combine avec la capacité de fécondité de l’union homme/femme :

« La notion de complémentarité [homme/femme] reconnaît que la sexualité va bien au-delà de la reproduction, qu’elle touche au cœur même de ce que nous sommes. La capacité de reproduction, elle, donne à penser que l’on ne peut ignorer ou écarter l’aspect physique de la complémentarité, et que la façon dont les sexes s’adaptent l’un à l’autre a des conséquences qui entraînent certaines implications. » (p.53).

Depuis la révolution contraceptive (bienvenue) on a tellement pris l’habitude de séparer sexualité et fécondité qu’on en oublie que leur union fait la vie de l’humanité dans tous les sens du terme.

Il y ajoute un troisième argument, c’est la notion de responsabilité :

« En matière de sexualité, on ne peut donc considérer l’homosexualité comme une simple variante de l’hétérosexualité, au même titre que le célibat ou le fait de ne pas avoir d’enfants. Elle représente une expression de la sexualité contraire à l’hétérosexualité et implique par conséquent des conceptions opposées aux valeurs solidaires que sont la reproduction, la complémentarité et la responsabilité. » (pp.58-59).

Du point de vue biblique Schmidt choisit d’exposer d’abord de la façon la plus honnête et la plus complète possible les arguments des théologiens et exégètes qui, d’une manière ou d’une autre, minimisent ou nient que l’homosexualité soit un péché. Ensuite seulement il apporte une réponse argumentée. Ayant eu l’occasion de lire l’argumentation de théologiens français, j’ai trouvé dans ce livre des réponses pratiquement terme à terme.

Exemple : Élian Cuvillier, théologien de Montpellier, reconnaît que pour Paul en Romains 1 « l’homosexualité est la négation de l’ordre créationnel voulu par Dieu » mais affirme que dans le raisonnement de Paul, l’homosexualité n’est pas le péché, il n’en est que la conséquence. Le péché qu’il dénonce en Romains 1 ce n’est pas l’homosexualité mais l’incrédulité(1). 

Réponse de Schmidt : « Mais Paul ne dit pas que l’adoration d’une idole puisse décider qui que ce soit à avoir des relations sexuelles avec des personnes du même sexe, mais bien plutôt qu’une rébellion généralisée a créé les conditions favorables à cette rébellion spécifique : « Voilà pourquoi Dieu les a abandonnés » et non « En conséquence de quoi, ils firent…» (p. 95.).

Schmidt relit d’un œil neuf certains textes du NT à partir de l’arrière-plan de textes anciens juifs ou grecs. Notons en particulier l’éclairage étonnant que vient apporter un texte du Talmud de Babylone à Marc 9.42-10.12 (p.115). 

Dans la partie contemporaine, Schmidt apporte des informations sur la réalité du phénomène homosexuel aujourd’hui. Quel est le pourcentage de population qui ne désire ou n’a que des relations homosexuelles ? Les chiffres les plus fantaisistes ont circulé. Schmidt vient rétablir les faits à partir de statistiques récentes tant européennes qu’américaines. Une étude américaine, publiée en 1991, fixe à 0,6 ou 0,7 % de la population adulte des États-Unis, le nombre d’homosexuels exclusifs. En France une enquête de l’ACSF (Analyse des comportements sexuels en France), obtient 0,14 %(2) !

Dans son chapitre7 « le grand débat inné-acquis » après avoir examiné les théories biologisantes il aborde la question des thérapies existant aux États-Unis pour les homosexuels. Son information est honnête et guère triomphaliste. Elle est très utile dans un contexte français qui reste très marquée par l’opinion de Freud suivant laquelle il ne fallait surtout pas vouloir faire changer d’orientation un homosexuel (sa psychanalyste de fille Anna Freud n’était d’ailleurs pas d’accord avec son papa sur ce point !). La « thérapie de la reconstruction », thérapie de soutien pratiquée aussi bien par des thérapeutes laïcs que chrétiens, semble offrir quelques espoirs limités (signalons dans cette lignée l’association « Torrents de vie » en France). 

Par rapport à une telle somme, quelques infimes remarques critiques : 

 - page 36 on lit : qu’Arsénokoïtaï est composé d’arseno (= mâle) et de koïte (= coït), or koïte est un faux-ami, il signifie pas « coït » mais « couche » au sens propre de « lit » et par extension « relations sexuelles » ou encore « libertinage » (Bailly). Le français « coït » ne vient pas du grec mais du latin coitus « action de se joindre ».

 - page 56 Schmidt présente Michel Foucauld comme un pédophile, ce qui m’étonne car il se disait lui-même homosexuel ce qui n’est pas la même chose. Ceci dit, cet ouvrage est à avoir absolument dans sa bibliothèque et si vous avez des amis réformés ou luthériens, pourquoi pas le leur offrir, puisque ces Églises sont en grand débat sur cette question ? Voilà un livre qui est un apport positif et intelligent dans une question si souvent traitée sur le mode de la polémique simplificatrice.

1 Élian Cuvillier «le jugement sur l’homosexualité dans le Nouveau Testament : entre radicalisation et déplacement », colloque IRE, 1999 in Église et homosexualité dossier du conseil permanent luthéro-réformé 25 octobre 2002, pp.31-39.

2 Antoine Messiah et Emmanuelle Mourret-Fourme, « Homosexualité, bisexualité. Éléments de socio-biographie sexuelle », Population, 5, 1993, p. 1357.

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