La dynamique de groupe, dans le contexte de l’Église

Extrait
Note : 40
( 1 vote )

Où en serions-nous sans les différents petits groupes au sein de la communauté ? Que ce soit le conseil, les équipes de travail ou encore les groupes de maison, leur fonctionnement est essentiel pour le développement de l’Église. Mettre en évidence leur dynamique permet de mieux les comprendre et d’éviter pas mal de problèmes qui peuvent y surgir.

La dynamique de groupe, dans le contexte de l’Église

La dynamique de groupe est un sujet qui s’inscrit dans le vaste domaine du « relationnel ». Nous passons notre vie dans de multiples groupes. Dans les sciences sociales, beaucoup d’études et de recherches ont été menées pour mieux comprendre le comportement « social » des personnes et les phénomènes collectifs qui se produisent quand les gens agissent ensemble.
C’est le sociologue américain Kurt Lewin qui a forgé, en 1944, l’expression « dynamique de groupe ». Influencé par les modèles psychanalytiques, il a fait des expériences, après la Seconde Guerre Mondiale, visant à faire évoluer les attitudes des ménagères américaines à l’égard de certains aliments réputés peu appétissants. Ainsi a-t-il initié la discipline qui porte encore ce nom.
On entend par dynamique de groupe l’ensemble des phénomènes, mécanismes et processus psychiques et sociologiques qui émergent et se développent dans les petits groupes sociaux d’environ 6 à 20 individus durant leur activité en commun. Elle étudie ces mécanismes et processus, elle propose des pistes d’action pour améliorer le fonctionnement des groupes, et elle forme des responsables dans le domaine de la gestion d’un petit groupe.

PERTINENCE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉGLISE

Les applications de ces recherches sont multiples. Notons, en particulier, le domaine de l’enseignement scolaire. De très nombreuses études ont démontré que pour un élève moyen, l’apprentissage est meilleur lorsqu’il s’opère en groupe, tant pour ses connaissances que pour ses aptitudes. Il développe une attitude plus positive envers la matière étudiée et est capable de réaliser des objectifs plus développés. Bref, on retient mieux ce que l’on a étudié ensemble. Ce que l’on a découvert en discutant et travaillant ensemble a plus d’impact.
La pertinence de la dynamique de groupe pour le développement de l’Église n’est que trop évidente, du fait que l’édification mutuelle et la collaboration dans l’œuvre du Seigneur en sont des éléments fondamentaux.
Au sein d’une Église, il y a plusieurs petits groupes : conseil, comités ponctuels, équipes de travail, école du dimanche, groupe de jeunes. Pensons également à des réunions de prière et des études bibliques, souvent suivies par un nombre restreint de fidèles. Certaines communautés sont si peu nombreuses, qu’elles fonctionnent, en fait, comme un petit groupe, avec la dynamique qui lui est propre.
Dans les années 1970 et 1980, on a vu émerger le phénomène de groupes de maison ou de quartier. C’était le nouveau modèle pour le développement de l’Église, mis en avant pour favoriser la communion fraternelle, l’enseignement des fidèles ou encore pour la pratique des dons spirituels. D’autres considéraient que des réunions informelles de maison étaient très appropriées pour attirer des personnes de l’extérieur. Depuis quelques années, cette approche s’est amplifiée par l’évangélisation en petit groupe du style Parcours Alpha, Passerelles, et autres.
Pour bien gérer et animer ces petits groupes, il faut en comprendre la dynamique. Ceci est d’autant plus important que les conflits dans l’Église naissent en général au sein de ses sous-groupes. Là où nous sommes amenés à travailler ensemble, nous sommes confrontés à des difficultés qui sont propres au fonctionnement d’un groupe. Mal comprises et mal gérées, ces difficultés deviennent sources de conflits. Mieux comprendre la dynamique de groupe et le rôle d’un animateur de groupe va permettre de « tuer dans l’œuf » pas mal de conflits potentiels.


D’un point de vue humain et sociologique, l’Église est un groupe avec tout ce que cela implique en termes de dynamique interpersonnelle. Nous avons donc intérêt à tirer profit de ce que nous enseignent ceux qui ont étudié le fonctionnement de petits groupes dans des secteurs de la société aussi variés que les écoles, les entreprises, les associations, ou encore les institutions de santé publique.
Pourtant, on ne peut réduire le fonctionnement de l’Église aux seuls facteurs sociologiques, car elle est plus qu’une structure purement humaine. Elle est à la fois le « corps du Christ » dans lequel s’opère la dynamique du Saint-Esprit : la présence active de Dieu dans nos vies et dans nos réunions. Si nous pouvons beaucoup apprendre des recherches en sciences sociales, nous le faisons sans exclure ce facteur « divin ».
Dans cet article, nous allons mettre en exergue quelques aspects du fonctionnement d’un quelconque groupe de taille réduite (20 membres maximum).

LE GROUPE EST UN « SYSTÈME »

Un groupe revêt toujours deux aspects fondamentaux : (1) la tâche, le but, ou la raison d’être, et (2) la dynamique relationnelle entre les membres.
Un groupe est un organisme dynamique, toujours en mouvement. C’est le lieu où opèrent, sans cesse, des dynamiques interpersonnelles. Un regard, quelqu’un qui change de place, un léger malaise chez quelqu’un… sont des choses presque inaperçues mais qui s’additionnent et affectent les membres de manière mystérieuse.
Imaginez par exemple un groupe de maison dans lequel un membre reste silencieux, ses yeux fixés sur ses chaussures. Lui-même est déjà un être complexe, qui réfléchit, ressent, répond, mais il va aussi susciter plusieurs réactions chez les autres. Parfois la personne silencieuse tiendra plus de pouvoir et d’influence que les autres, car elle suscite des réactions intenses. Si on est présent dans un groupe, il n’est pas possible de « ne pas participer ». Même quand on ne dit rien, on contribue à la dynamique du groupe, en obligeant les autres à réagir d’une manière ou d’une autre : va-t-on l’ignorer ? Dire quelque chose à son égard ? Lui poser une question ? Bref, dans un groupe, chaque comportement individuel à une incidence sur les autres.
Au lieu d’« organisme », on peut aussi parler de « système ». C’est un terme dynamique. Il signifie une unité qui est plus que la simple somme de ses parties. Le groupe est un ensemble de personnes interdépendantes, le produit du contexte des membres et de leurs interactions.
Interaction et interdépendance, forme quelque chose de très complexe. On distingue des sous-groupes, des dyades (relation entre deux personnes) et des triades (relation entre trois personnes dans le groupe).

...

...

Formée en psychologie clinique, psychothérapie et accompagnement spirituel, Susan Clifton est chargée de cours à l’Institut Biblique de Nogent. Elle accompagne des personnes engagées dans le ministère ou en formation, et elle intervient dans plusieurs associations et œuvres.

Evert Van de Poll dirige le département de formation de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France (FEEBF) et l’École Pastorale. Il est aussi professeur en missiologie à la Faculté de Théologie Évangélique de Louvain (B.)

Vous aimerez aussi

Dans la préface de ce Cahier de l'École Pasorale, nous avons défini le...
Dans ces 7 thèses, Alain Nisus, pasteur de l'Eglise baptiste de Grenoble,...
Cet ouvrage est consacré au fonctionnement du conseil d’Église....
Quand les Églises favorisent la fraternité, la solidarité dans la prière et...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...