Chronique de livres

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Chronique de livres
Patti Gallagher Mansfield, Comme une nouvelle Pentecôte  : Le Renouveau charismatique courant de grâce dans l'Église catholique, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes 2016, 366 pages – ISBN : 979-10-306-0027-8, 22.– €.
Jean-Baptiste Alsac, La grâce du baptême dans l'Esprit Saint  : Fondements scripturaires et théologique, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes 2016, 236 pages – ISBN : 979-10-306-0023-0, 19.80 €.
Le Jubilé d'or du Renouveau charismatique catholique (1967-2017), a été l'occasion pour les Éditions des Béatitudes, fondées en 1984 par la Communauté catholique du même nom, de poursuivre leur publication d’ouvrages ayant trait à la vie de l'Esprit. Deux d’entre eux retiennent ici tout particulièrement notre attention. La Communauté des Béatitudes est née au début des années 70 dans l’élan du Renouveau charismatique français, un mouvement de réveil spirituel qui en France marquera, semble-t-il, bien plus l’Église catholique romaine que le protestantisme français, même évangélique.
Patti Mansfield retrace dans une deuxième édition révisée les tout débuts du Pentecôtisme catholique, très vite appelé une « nouvelle Pentecôte » (d’où le titre du livre), maintenant plus connu sous le nom de Renouveau charismatique catholique. Une première édition française traduite de l’américain fut publiée en 1997. C’est en février 1967 que Patti Gallagher (de son nom de jeune fille) participe au week-end de retraite d’un petit groupe d’étudiants de l’Université Duquesne (Pittsburg, États-Unis). Celui-ci est souvent considéré comme le point de départ d’un réveil charismatique catholique au retentissement mondial, touchant plus de cent vingt millions de catholiques. C’est surtout à cette nuée de témoins (américains pour l’essentiel) partageant une même expérience spirituelle pendant et après le week-end de Duquesne qu’est consacré cet ouvrage dans lequel elle leur donne largement la parole. Ce Renouveau donnera naissance aussi en France à une multitude de groupes de prière et communautés de vie caractérisés par une expérience du Saint Esprit, c’est-à-dire par une ouverture aux charismes et aux dons que l’Esprit suscite pour renouveler l’Église.
Tout comme les pentecôtistes protestants, toutes ces personnes se réclament explicitement de « la grâce du baptême dans l’Esprit Saint », expression qui sera reprise par le Pape François. Elles nous permettent de mieux comprendre l’itinéraire de chrétiens de confession catholique – de la prière à l’Esprit Saint à la nouvelle évangélisation – souhaitant résolument marcher sous la conduite du Saint-Esprit. Le lecteur protestant évangélique pourra sans nul doute apprécier le parallèle fait par certains entre leur oui à l’Esprit Saint et le oui de Marie à l’action de l’Esprit en vue de la réalisation du plan de Dieu. Très peu habitué de penser à Marie en termes de maternité spirituelle, il sera peut-être perplexe de lui voir attribuer le titre d’ épouse du Saint-Esprit . Parmi les figures plus connues du renouveau, on notera les récits de plusieurs docteurs en théologie catholiques américains (dont Ralph Martin et Kevin Ranaghan, connus par certains de leurs écrits traduits en français), mais aussi le témoignage du cardinal belge Léon-Joseph Suenens, figure de proue du pentecôtisme catholique, notamment en Europe. On notera l’impact du livre du pasteur pentecôtiste David Wilkerson, La croix et le poignard (publié aux États-Unis dès 1963) qui est mentionné dans plusieurs témoignages. Ce dernier raconte en effet les débuts de son ministère parmi les gangs des bas-fonds de New York dans les années 50 en lien avec sa propre expérience du baptême dans l’Esprit.
Avant de conclure, en annexe, avec la mention des paroles de soutien au renouveau charismatique catholique des différents papes depuis Paul VI, Mansfield nous fait part dans une trentaine de pages de ses propres réflexions sur le baptême dans l’Esprit Saint. Elle insiste sur le fait que l’expérience charismatique est une grâce pour la vie de toute l’Église, non pas le privilège de certains.
Alors même que le pentecôtisme protestant, longtemps tributaire de la théologie évangélique, tarde à développer une réflexion biblique et théologique propre, le p entecôtisme catholique bénéficiera rapidement d’ouvrages de référence sur le Saint-Esprit – avec en France l'opus magnum d'Yves Congar Je crois en l'Esprit Saint (1979-80) en tête. Toute comparaison gardée, l’ouvrage du prêtre catholique Jean-Baptiste Alsac, membre de la Communauté de Verbe de Vie, s’inscrit résolument dans ce travail d’interprétation des Écritures et de la Tradition.
Alsac reconnait au baptême de l’Esprit une dimension œcuménique, soulignant l’affiliation historique entre le Renouveau charismatique catholique et le pentecôtisme protestant, que ce soit au niveau de l’expérience vécue ou celui de la terminologie utilisée (baptême dans l’Esprit). Contrairement aux pentecôtistes évangéliques de type conversioniste, l’auteur fait remarquer que les catholiques charismatiques voient leur expérience de l’Esprit Saint s’inscrire dans la spécificité catholique de la théologie des sacrements (baptême et confirmation), et donc dans la vie sacramentelle de l’Église.
Alors que rapprochements et divergences entre pentecôtistes protestants et catholiques sont tour à tour examinés, cette spécificité catholique n’a rien d’étonnant puisque l’interprétation de l’expérience du baptême dans l’Esprit donne lieu à différentes positions théologiques qui varient selon le cadre ecclésial et institutionnel, cela même au sein du protestantisme.
L’auteur ne se contente pas d’offrir une synthèse de l’apport de l’étude scripturaire sur le sujet. Il examine aussi tour à tour l’éclairage apporté par l’enseignement patristique (de Tertullien à Jean Chrysostome, en passant notamment par Cyrille de Jérusalem et Augustin), la théologie classique (en particulier la perspective de Thomas d’Aquin sur l’œuvre de la grâce et le don de l’Esprit), pour enfin analyser certains développements contemporains (Vatican II). Il conclut son ouvrage en incluant d’une manière succincte une perspective pastorale cherchant à encourager et à « enseigner les baptisés sur la puissance de l’Esprit ».
Raymond Pfister
Enrico Cattaneo, Les ministères dans l’Église ancienne : Textes patristiques du I er au III e siècle . Collection Théologies, Pris, Éditions du Cerf, 2017, 672 pages – ISBN : 978-2-204-11542-1, 50.– €.
La question de la continuité entre Jésus, les Apôtres et l’Église s’est posée à toute la tradition chrétienne, quand même elle a été diversement appréciée par catholiques et protestants. Elle n’a pas non plus conduit à une même vision de l’Église et du ministère, terme qui de nos jours semble connaitre une certaine inflation, au risque d’en affaiblir la signification. Soucieux de valoriser la seule autorité des Saintes Écritures, le monde évangélique a souvent limité sa recherche pour une meilleure compréhension des ministères dans l’Église à l’étude des écrits néotestamentaires.
Comment les chrétiens ont-ils, dès l’origine, compris la responsabilité pour autrui et le service de la communauté ? Si l’interrogation reste d’actualité, le champ d’investigation s’élargit ici à une sélection de textes jugés pertinents par l’auteur. Ceux pour qui ce questionnement s’est ouvert au monde de la patristique, la traduction en français de l’étude exhaustive du théologien italien Enrico Cattaneo est une véritable manne qui les aidera à jeter un regard nouveau sur les communautés chrétiennes primitives. Elle le fait grâce à une série de riches dossiers étudiant les documents les plus pertinents des trois premiers siècles qui nous viennent de la plume d’acteurs ou de témoins directs tels Ignace d’Antioche, Justin, Irénée, Origène ou encore Cyprien de Carthage, pour ne citer que les principaux.
L’ouvrage est divisé en cinq grandes parties précédées d’une ample introduction synthétique. Celle-ci traite de données lexicographiques en liaison avec différents rôles et fonctions dans l’Église (par ex.,  apôtres, prophètes, docteurs, évêques, presbytres, diacres), mais aussi de questions relatives aux notions d’apostolicité, de service ou ministère, d’ouverture à l’Esprit, d’ordre, de responsabilité, d’autorité et de subsidiarité, avec une attention particulière au rôle de la femme dans les premières communautés chrétiennes. Une première partie parcourant des écrits majeurs des I er et II e siècle est suivie d’une deuxième et d’une troisième partie qui se tournent respectivement vers les Églises d’Orient et les Églises d’Occident. Dans la quatrième partie, l’auteur examine les « Ordonnances ecclésiastiques » du III e siècle, avant de conclure avec une cinquième et dernière partie consacrée aux écrits pseudépigraphes et apocryphes.
Les trois premiers siècles de notre ère recouvrent un moment privilégié de l’origine et des premiers développements des ministères ecclésiaux dans une Église qui apprend à s’adapter à de nouvelles situations et à de nouveaux problèmes. Dans ce contexte, il est tout particulièrement intéressant de découvrir la réception patristique des données scripturaires et de la tradition apostolique.
Cattaneo souligne que parmi les perspectives théologiques qui sont aujourd’hui au cœur du débat moderne sur les ministères, on note une importance croissante accordée à la pneumatologie, à la compréhension du ministère comme service, mais aussi au thème plus complexe de la succession apostolique. La lecture des textes patristiques qui nous est proposée tient compte d’un nombre de changements d’orientation importants au sein de l’Église catholique depuis Vatican II : (1) l’abandon du schéma pyramidal de l’Église (avec des ecclésiastiques au sommet et une base laïque), au profit d’une vision globale de l’Église avant tout comme peuple de Dieu ; (2) la redécouverte de la dimension charismatique de l’Église et, par extension, de la reconnaissance d’un ministère charismatique ; (3) l’affirmation de la sacramentalité de l’épiscopat, plutôt qu’un simple pouvoir de juridiction.
Voici certainement une pièce essentielle à verser au dossier du débat contemporain sur les questions que soulèvent aussi la pluralité et l’articulation des différents ministères dans les Églises évangéliques.
Raymond Pfister
Katell Berthelot, Michaël Langlois et Thierry Legrand (sous dir.), La Bibliothèque de Qumrân , 3b : Torah : Deutéronome et Pentateuque dans son ensemble. Édition et traduction des manuscrits hébreux, araméens et grecs  ; Paris, Éditions du Cerf, 2018, 760 pages – ISBN  978-2-204-11147-8, 75.– €.
  1. La collection de La Bibliothèque de Qumrân
Le chantier entrepris par les éditeurs de La Bibliothèque de Qumrân (BdQ) est colossal : publier une édition bilingue de l’ensemble des manuscrits retrouvés près de la mer Morte. Sur la page de gauche, le texte original du manuscrit (en hébreu, en araméen, voire en grec) accompagné de notes de critique textuelle. Sur la page d’en face, une traduction française inédite du texte, accompagnée de notes de traduction et de commentaires explicatifs. Chaque texte est précédé d’une brève introduction.
Dès les années 1950-1960, les lecteurs francophones ont pu avoir accès à des traductions françaises de certains manuscrits importants découverts près de la mer Morte (1) . Néanmoins, ces traductions ne concernent qu’une partie des textes retrouvés à Qumrân. De plus, elles ne pouvaient pas tenir compte de l’ensemble des manuscrits attestant ces textes, puisque l’édition officielle de certains d’entre eux ne fut publiée que dans les années 2000-2010 (2) . Enfin, aucune édition bilingue hébreu/araméen-français n’avait encore été réalisée.
La collection de La Bibliothèque de Qumrân répond donc à un besoin. Réalisée par les meilleurs spécialistes francophones, elle constitue un outil de premier choix pour le lecteur francophone ayant quelques connaissances des langues bibliques. Une des particularités de cette édition est qu’elle contient non seulement le texte des manuscrits dits « non bibliques » mais aussi le texte des manuscrits des livres « bibliques » lorsque celui-ci diffère significativement du texte hébreu massorétique (celui de la BHS ). La manière dont les textes sont classés au sein de cette « bibliothèque » est assez déroutante. En effet, les éditeurs ont fait le choix de publier les textes en fonction de leur rapport aux livres de la Bible hébraïque. Si cette approche permet de souligner les relations avec les livres bibliques, elle implique des choix sujets à discussion. De plus, le lecteur se trouve un peu perdu lorsqu’il s’agit de savoir dans quel volume se trouve l’édition de tel manuscrit. Ainsi, le premier volume, sorti en 2008, est intitulé «  Genèse  ». Cependant, il ne présente aucune édition de manuscrits du livre de la Genèse puisque les quelques fragments retrouvés à Qumrân ne diffèrent pas significativement du texte massorétique. Le volume «  Genèse  » contient donc uniquement des manuscrits non bibliques ayant un rapport – de près ou de loin – avec le livre de la Genèse : la littérature reliée à Hénoch , des textes araméens en lien avec Noé ou les « Géants » (cf. Gn 6,1-4), un apocryphe sur l’ Histoire des Patriarches (1QapGen), le Testament de Joseph , etc. Trois autres volumes ont été publiés jusqu’à présent : le volume 2 inclut les textes en rapport avec les livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres (dont, notamment, les manuscrits du livre des Jubilés ) ; le volume 3 est dédié aux manuscrits en rapport avec le Deutéronome ainsi que le « Pentateuque dans son ensemble ». Ce dernier volume a été publié en deux tomes distincts (3a et 3b).
  1. Le tome 3b : Torah : Deutéronome et Pentateuque dans son ensemble.
Sorti début 2018 (même si le dépôt légal est daté de 2017), le tome 3b est donc le dernier-né de la série. Malgré son titre, il s’agit d’une édition des manuscrits de textes dits « règlementaires » dont le célèbre Écrit de Damas (CD) et la fameuse Règle de la Communauté (1QS). D’autres « règles » plus brèves – ou dont on ne dispose que des fragments – sont également incluses dans ce volume. Les éditeurs leur ont donné un titre qui se veut « clair et suggestif » (p. IX) : Voies de justice (4Q420-421), Règle de la Congrégation (1QSa), Règle des bénédictions (1QSb), Règles diverses (4Q265), Registre des réprimandes (4Q477), Règles relatives à la nourriture des Éminents (4Q284a), Cérémonies communautaires (4Q275), Les lots des membres de la communauté (4Q279), Règle avec préambule historique (5Q13), Hommes dans l’erreur (4Q306).
Dès la découverte de ces textes, on a suggéré qu’ils avaient pour objectif de règlementer la vie de communautés appartenant au mouvement essénien. Si ce point de vue a longtemps fait consensus, il a été contesté ces vingt dernières années. Quelques spécialistes ont remis en cause le lien entre la « Communauté » et les Esséniens. Certains se demandent même si la « Communauté » décrite par ces textes a réellement existé ou s’il s’agit plutôt d’une communauté idéalisée (3) . Malgré l’actualité de ces débats, les éditeurs du présent volume privilégient nettement l’hypothèse traditionnelle (4) . Ainsi, les introductions à l’ Écrit de Damas et à la Règle de la Communauté ne disent rien des études discordantes et soulignent simplement les parallèles entre ces textes et la manière dont Flavius Josèphe décrit les Esséniens (pp 5, 285-286). Ce choix interprétatif se retrouve également au fil des notes qui font régulièrement le rapprochement entre les textes retrouvés à Qumrân et ce que Josèphe dit des Esséniens (par ex., pp 12-13, n. 6 ; p. 25, n. 10 ; p. 41, n. 7 ; p. 43, n. 6 ; p. 299, n. 3 ; p. 305, n. 3 ; p. 323, n. 12 ; p. 357, n. 8).
Les éditeurs de la Bibliothèque de Qumrân proposent une édition diplomatique des manuscrits : ils n’ont visiblement pas souhaité proposer une reconstruction des textes à partir de l’ensemble des manuscrits. Prenons l’exemple de l’ Écrit de Damas . Ce texte est attesté par douze manuscrits et il est aujourd’hui possible de rassembler ces manuscrits afin de proposer une édition éclectique du texte (5) . Toutefois, les éditeurs de la BdQ ont fait le choix de reproduire chaque manuscrit l’un après l’autre (dans l’ordre de leur numérotation classique). Les parallèles avec les autres manuscrits du même texte sont signalés par un système de soulignement et de notes. Cette présentation s’avère surtout utile pour le spécialiste qui voudrait comparer les manuscrits. Une édition diplomatique a aussi l’avantage d’être moins hypothétique qu’une édition éclectique. Ce format est néanmoins plus difficile à appréhender pour le non-spécialiste ou celui qui s’intéresse davantage au contenu du texte. Pour l’ Écrit de Damas , on regrettera notamment l’absence d’un tableau synoptique permettant au lecteur non averti de comprendre comment assembler le puzzle des manuscrits s’il souhaite lire le texte dans l’ordre. Un effort plus conséquent a été réalisé pour l’édition de la Règle de la Communauté . Pour cet écrit, les éditeurs proposent un tableau utile permettant de situer le contenu des 12 ou 13 manuscrits de la Règle (p. 289). De même, on apprécie la synopse portant sur la partie centrale du texte (1QS V), cette partie de la Règle variant significativement en fonction des manuscrits (pp 491-495).
Les transcriptions du texte original des manuscrits sont normalement reprises de l’édition de référence : généralement celle des Discoveries in the Judean Desert ( DJD ) ou, lorsque le manuscrit n’y a pas été publié, une autre édition de référence (cf. p. IX). Quand le manuscrit est en mauvais état, les différentes possibilités de lectures et de reconstructions sont habituellement signalées. Ce principe général n’est toutefois pas toujours suivi. Ainsi, pour le manuscrit 1QS ( Règle de la Communauté ), l’éditeur nous a indiqué avoir procédé à sa propre transcription, ce qui est plutôt un atout (6) . Sur certains détails, nous avons aussi constaté quelques choix discutables. Par exemple, une correction conjecturale est proposée en 1QS IV 6 : cette conjecture inédite ne nous paraît pas être la meilleure solution à la difficulté du texte (7)) . 4Q258 [4QS d ] I 7 est un témoin important de l’évolution de la Règle de la Communauté au fil du temps. En effet, il diffère significativement du passage parallèle en 1QS V : le rôle spécifique que 1QS attribue aux « fils de Sadoq » dans la transmission des « révélations » au sujet de la Torah est absent du passage parallèle en 4Q258. Pour ce passage, la BdQ suit visiblement la reconstruction proposée par le volume des DJD et n’indique pas l’existence d’une autre proposition de reconstruction qui, pourtant, semble plus probable (8) .
La traduction française se veut littérale et précise : elle cherche, autant que possible, à reproduire la syntaxe hébraïque. Le lecteur ne doit donc pas s’attendre à un beau texte français agréable à lire, ce qui n’a guère d’importance pour ce genre d’ouvrage. L’objectif est avant tout d’aider le lecteur hébraïsant à comprendre le texte original en vis-à-vis. De plus, les notes de bas de page permettent de préciser le sens et d’indiquer les différentes compréhensions possibles. Dans ce cadre, il nous semble que la traduction, accompagnée des notes, joue bien son rôle : elle sert efficacement la compréhension du texte original sans trop orienter le lecteur. Les commentaires en bas de page renvoient fréquemment à la littérature parallèle pouvant éclairer le sens du texte, que ce soient d’autres manuscrits de la mer Morte, les textes scripturaires, les écrits intertestamentaires ou d’autres écrits juifs anciens (Philon, Josèphe, Mishna, etc.). Les notes sont de qualité, réalisées par des experts.
  1. Avis général
Étant donné le format des volumes de la Bibliothèque de Qumrân , il semble que le lectorat visé soit plutôt celui des institutions académiques et des lecteurs habitués à fréquenter les manuscrits de la mer Morte. On peut regretter que davantage d’effort n’ait pas été réalisé pour rejoindre un lectorat plus large. De plus, étant donné le prix élevé des volumes, on aurait pu espérer disposer d’un « bel » ouvrage. Or, la reliure est de piètre qualité, et la mise en page souffre la comparaison avec les beaux volumes bilingues à destination du public anglophone. Enfin, la consultation est peu pratique : une fois que l’on a réussi à découvrir dans quel volume se trouve tel texte, on met encore du temps à trouver le passage qui nous intéresse, faute d’indication précise des références en haut de page.
Malgré ces quelques défauts, la collection de La Bibliothèque de Qumrân constitue d’ores et déjà un outil de référence pour les étudiants et chercheurs francophones. Ceux-ci disposent ainsi d’une édition bilingue des manuscrits de la mer Morte d’excellente qualité, au fait de la discussion scientifique.
Timothée Minard

Claude Ducarroz, Noël Ruffieux, et Shafique Keshavjee, Pour que rien ne nous sépare . Bière, Cabédita, 2017, 308 pages –  ISBN : 978-2-88295-800-6, 36.– CHF ou 24.– €.
Plus qu’un simple plaidoyer pour l’unité des chrétiens, ce nouveau livre sur l’œcuménisme est le témoignage interactif de trois amis suisses, représentant les trois grandes traditions chrétiennes. Son originalité se trouve dans sa structure sous forme de dialogue entre un prêtre catholique, un pasteur réformé et un laïc orthodoxe. A chaque fois qu’un sujet est présenté par l’un d’entre eux, les deux autres lui font écho en expliquant leurs accords et désaccords, le cas échéant. Soucieux de faire œuvre de réconciliation, tous trois s’expriment ensemble d’une seule voix par diverses prises de positions partagées.
Les différents chapitres de l’ouvrage abordent trois grandes thématiques : la Bible, l’Église et la société. On y examine la question herméneutique en lien avec la lecture des Écritures et la compréhension de la Tradition dans leurs contextes respectifs. Par-delà les questions fondamentales de communion et d’autorité dans l’Église, les trois auteurs entament une riche réflexion à trois niveaux sur la nécessité de changement, voire de réformes dans la vie de l’Église : un renouveau des ministères, une rénovation de l’épiscopat et une réforme de la papauté.
Le livre ne cache pas les différences d’appréciation réelles et profondes qui demeurent entre protestants et catholiques/orthodoxes, que ce soit sur le rôle de Marie ou la vénération des saints martyrs, voire sur la réalité et présumée valeur de leur intercession. Mais là où les divergences restent les plus durables et les plus difficiles à résoudre, c’est au niveau de la compréhension de l’Eucharistie (Sainte-Cène). Le sujet est traité avec beaucoup de sensibilité pour nous aider à mieux saisir toute la dimension dramatique d’un paradoxe autant incompréhensible qu’insurmontable. Alors que l’Eucharistie se veut festin du Royaume qui rassemble tous les chrétiens, il n’est pas lieu de communion, mais reste le lieu par excellence de la division des Églises, visible pour tous.
Si les sujets de société traités incluent l’économie, la politique et l’écologie (la création), le troisième grand volet souligne aussi l’importance de la culture et de l’inculturation de l’Évangile (mission et évangélisation), et tout particulièrement la nécessaire démonstration de solidarité face à la pauvreté dans nos sociétés.
En regardant de plus près la table des matières, on notera les sous-points faisant ressortir différents accents christologiques de l’ouvrage et qui sont au nombre de quatre : l’autorité du Christ ; Christ, notre réconciliation ; Jésus, le missionnaire et l’évangéliste ; et ce que Jésus pense des pauvres. On pourra s’étonner du peu de cas fait de l’Esprit-Saint qui n’apparait à aucun moment dans la structure du livre (ni même dans les sous-points). Évidemment, mention en est faite ponctuellement tout au long du livre et l’épiclèse finale le met tout particulièrement en valeur, mais on aurait espéré un traitement plus systématique de la personne et de l’œuvre du Saint-Esprit, et de son rôle-clé dans une Église en quête d’unité qui l’invoque incessamment. On aurait aimé connaitre le témoignage des auteurs sur comment peuvent (ou pourraient) concrètement se conjuguer expérience de communion et vie de l’Esprit, tenant compte de l’inspiration et du discernement donnés par l’Esprit-Saint, et sur comment écouter, par-delà les intérêts partisans des uns et des autres, ce que l’Esprit dit aux Églises.
Raymond Pfister

Andreas Dettwiler (éd), Jésus de Nazareth – É tudes contemporaines  ; collection « Le Monde de la Bible », N o 72 ; Genève, Éditions Labor et Fides, 2017, 304 pages – ISBN : 978-2-8309-1642-3 – 29.– CHF ou 24.– €.
Cet ouvrage regroupe une dizaine de contributions de spécialistes de la vie de Jésus (9) , présentées lors d’un cours publique remontant au printemps 2016. Pourquoi un nouvel ouvrage sur Jésus ? Dans l’introduction, Andreas Dettwiler, Professeur de Nouveau Testament à la Faculté de Théologie de Genève, note que trois éléments ont renouvelé notre compréhension du Jésus historique :
  1. les découvertes archéologiques,
  2. l’étude systématique de la littérature apocryphe,
  3. l’avancée des disciplines issues des sciences humaines et sociales.
Remarquons pour commencer que le point de vue des contributeurs est marqué par la méthode historico-critique, seule susceptible, à leurs yeux, de nous permettre de retrouver, sinon le Jésus historique authentique, du moins un Jésus possible, avec le risque, reconnu par A. Dettwiler (p. 41), qu’on en arrive à la reconstitution d’une « image de Jésus qui convient au chercheur et conforte ses convictions ». C’est là, à mon avis, une faiblesse de la méthode : elle déconstruit un édifice littéraire bien construit (en l’occurrence celui de chacun des Évangiles), pour éliminer tout ce qui n’est pas corroboré par le témoignage croisé de plusieurs témoins indépendants, tout ce qui paraît un lieu commun ou une banalité, pour mettre en exergue les points originaux, comme la prédication du Règne de Dieu ou la passion de Jésus. Insister sur ces deux points est juste, mais on peut ainsi dresser un portrait réducteur de Jésus en laissant de côté les autres points jugés moins bien attestés, comme le fait par exemple A. Dettwiler (p. 35) quand, parlant de Paul comme témoin du Jésus historique, il ne mentionne pas la résurrection (1 Co 15) ? J’ai été frappé par exemple par la grande confiance que les contributeurs accordent souvent, soit à la littératures apocryphe du Nouveau Testament (cf. Norelli à la p. 97), soit à des reconstructions de documents hypothétiques, comme la source Q, pour reconstituer soit la vie, soit le message du Jésus de l’histoire. On ne se demande pas si cette source Q, à supposer qu’elle ait jamais existé, était utilisée comme document isolé ou si elle faisait partie d’une catéchèse incorporant les récits de miracles qui témoignent d’une autre vision de Jésus ? Les contributeurs sont encore très marqués par la critique littéraire qui traite les sources des Évangiles comme des documents écrits, sans prendre suffisamment en compte, à mon sens, le fait qu’ils ont d’abord été transmis dans un milieu sémitique de tradition orale où l’on ne mémorisait pas seulement de petites unités littéraires, mais des séquences entières de récits ou de discours, et où la transmission se faisait avec une grande fidélité. Le contexte juif de Jésus me semble encore sous-estimé par certains auteurs, par exemple Norelli (p. 102), quand il voit la relation entre Jésus et ses adeptes (sic) davantage sur le modèle du philosophe cynique itinérant que sur celui du rabbi juif avec ses disciples.
Cela étant dit, j’ai trouvé l’ouvrage très intéressant : il nous apporte une synthèse facile d’accès, sans une surabondance de notes, de ce que la recherche historique actuelle peut dire de Jésus. La contribution de Jürgen K. Zangenberg (pp 45-64) nous apprend quantité de choses intéressantes sur ce que l’archéologie a découvert en Galilée : le contexte où Jésus a grandi s’en trouve éclairé. L’article de Christian Grappe, sur l’irruption du Royaume (pp 125-146), m’a semblé lumineux. On y trouve, synthétisées et mises à jour, les idées déjà présentes dans ses ouvrages « Le royaume de Dieu » (Labor et Fides 2001) et « L’au-delà dans la Bible » (Labor et Fides 2014) : la prédication de Jésus, dans l’Esprit, puis de ses disciples, fait advenir le Royaume dans ses dimensions temporelles, spatiales et cultuelles. De son côté, Daniel Marguerat a fourni une contribution stimulante (pp 147-172) sur Jésus poète (au sens de créateur), vu comme un sage d’Israël maniant le mashal qui, par sa prédication en paraboles, fait advenir le Royaume. Autre contribution stimulante, celle de Martin Ebner sur Jésus critique fervent de la Torah (pp 195-214). Il défend l’idée intéressante que Jésus, dans le Sermon sur la montagne, ne s’en prend pas à la tradition pharisienne d’interprétation de la Torah, mais se présente, à l’égal de Moïse, comme interprète des Dix Paroles. Il allègue pour cela une conception, attestée par Flavius Josèphe ( Ant. J. 3.90-94 -voir déjà 3.87), selon laquelle seul le Décalogue écrit sur des tables de pierre serait Parole de Dieu – le reste de la Torah n’en serait qu’une interprétation. Enfin, la contribution de Jean Zumstein (pp 235-249), qui clôt l’ouvrage, apporte des éléments intéressants pour réfléchir sur la manière dont la foi en la résurrection éclaire le Jésus de l’histoire, avec des réflexions de théologie biblique très judicieuses. Mais, s’il cerne bien que les présupposés de la méthode historico-critique ne permettent pas de « se prononcer sur l’événement même de la résurrection » (p. 238), qui n’est pas « la réanimation d’un cadavre », il bute sur « l’impossible possible » que le divin soit observable au sens du monde (p. 239). Mais le message biblique de l’incarnation ne nous affirme-t-il pas, précisément, que le Verbe de Dieu s’est manifesté en chair et qu’il s’est rendu visible et palpable ? (1 Jn 1,1ss ; Lc 24,39ss ; etc).
Alain Décoppet
 
Claude Vilain, À la découverte de la prière du cœur , Dossier Vivre N o 41, Saint-Prex, Éditions Je Sème, 2017, 253 pages – ISBN 978-2-9700982-8-7 – 15.– € ou 17.90 CHF.
Claude Vilain est un pasteur belge bien connu dans les milieux évangéliques francophones. Il a été secrétaire général des GBU de son pays, puis responsable des émissions protestantes à la RTBF. Membre de la Fraternité des Veilleurs, il œuvre depuis quelques années à faire découvrir dans le monde protestant évangélique, des trésors de l’Église universelle jusque là trop largement méconnus dans ces milieux.
C’est dans cette optique qu’il a écrit ce livre sur la prière du cœur qu’il présente en même temps que la lectio divina. Mais avant d’aborder directement ces thèmes spécifiques, il fait, en bon pédagogue, une longue préparation pour aider le lecteur à bien situer la prière du cœur et la lectio divina dans le contexte plus large de la relation avec Dieu que chaque chrétien est appelé à entretenir. En effet, les cinq premiers chapitres sont consacrés à la prière d’une manière générale : celle-ci est trop souvent vécue comme l’énumération de besoins, sans entraîner une rencontre réelle et vivante avec Dieu ; et même si nous avons une réelle rencontre avec Dieu lors de nos moments de culte personnel, que se passe-t-il entre deux quand nous nous retrouvons pris par nos activités journalières ? Pourtant, Dieu qui nous aime, aimerait avoir avec chaque être humain, une relation intime et permanente qui soit réponse de l’homme à son amour. Jésus et les apôtres nous donnent l’exemple d’une telle intimité avec Dieu.
Il faut donc attendre le chapitre 6 pour aborder à proprement parler la prière du cœur ou la prière du nom de Jésus qui est la répétition de la prière  : « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pauvre pécheur » ; elle nous permet, comme une respiration, d’être en communion constante avec Dieu. Cette prière qui remonte aux premiers siècles de l’Église, nous est parvenue par l’intermédiaire de l’Orthodoxie, notamment «  Le pèlerin russe » et l’ouvrage qui lui sert de livre de chevet : « La philocalie ». Ce monde de l’orthodoxie est souvent étranger, voire suspect, à nombre de chrétiens protestants et évangéliques. Claude Vilain aborde franchement les questions qui peuvent leur faire problème : lui-même, au début de sa quête, a été gêné par exemple par la formule : « Aie pitié de moi, pauvre pécheur ». N’est-t-elle pas une négation du salut parfait acquis en Jésus ? En cheminant, il en est arrivé à la comprendre comme une expression de sa fragilité et de sa dépendance de la grâce de Dieu (p. 109). De même la répétition d’une même phrase ne devient-elle pas une sorte de mantra ? Il répond que la répétition d’une même formule est biblique (Ps. 136) ; et puis l’invocation répétée du nom de Jésus aide à se recentrer, humble et confiant, sur la présence de Dieu dans la vie de tous les jours, en plein milieu du stress quotidien, face à une tentation, une situation difficile... De toute manière, il ne s’agit pas de tomber dans une loi, ni sur la manière de pratiquer ni sur la formulation de la prière. Il s’agit de déterminer « La prière dont nous avons besoin » (p. 132). Il consacre notamment quelques pages à « La prière de la présence » typique de la spiritualité des carmes et rendue populaire par les écrits de Frère Laurent de la résurrection (cité à plusieurs reprises).
Au chapitre 8, il aborde la lectio divina , cette lecture priante de la Bible qui remonte aussi à l’antiquité chrétienne et dont le but est de nous placer en présence de Dieu : « L’Écriture ne nous parle pas de Dieu sans nous le faire rencontrer » (Frère Pierre-Yves Emery  de Taizé – p. 141). Il en présente ensuite les quatre composantes : lecture, méditation, prière, contemplation , suivant la méthode élaborée par Guigues le chartreux au Moyen Âge et exposée au XX e s. par Enzo Bianchi dans son « Prier la Parole ».
Il poursuit par quelques conseils pratiques, notamment sur la nécessité de se ménager du temps et un espace tranquille pour prier. C’est un combat dans notre monde moderne ; et pourtant, c’est important, car la prière nous transforme, nous rend lucide et apte à être sel de la terre. Notre monde souffre d’un manque de vraie spiritualité. C’est la responsabilité de chaque chrétien d’être en communion priante avec le Seigneur pour témoigner qu’Il répond à cette soif qui se trouve dans le cœur de tout homme.
Des appendices pratiques permettent aux lecteurs d’« aller plus loin ».
Un petit regret : ce livre qui vise, me semble-t-il, un public protestant évangélique, aurait gagné à avoir un développement consacré à la prière en langues ou prière « en esprit » qui, à mon sens, a beaucoup de points communs avec la « prière du cœur ».
Notre souhait est que ce livre du pasteur Vilain serve à rendre accessibles les richesses de l’Église universelle aux chrétiens protestants évangéliques. Il est précieux de découvrir comment des frères et sœurs d’autres Églises, vivent aussi une relation de prière avec Dieu et de se laisser enrichir par eux.
Alain Décoppet

1. Voir, par exemple, André Dupont-Sommer, Les Écrits esséniens découverts près de la Mer Morte (Bibliothèque historique), Payot, Paris 1959 ; Jean Carmignac et al. (dir.), Les textes de Qumran (Autour de la Bible), Letouzey et Ané, Paris 1961-1963. Le volume de la Bibliothèque de la Pléiade dédié aux Écrits intertestamentaires contient également la traduction de plusieurs textes importants découverts à Qumrân (cf. André Dupont-Sommer et Marc Philonenko (dir.), La Bible. Écrits intertestamentaires (Bibliothèque de la Pléiade), Gallimard, Paris, 1987).

2. Une traduction anglaise de la quasi-totalité des manuscrits non bibliques de la mer Morte a été traduite en français (Michael Wise et al. (dir.), Les manuscrits de la mer Morte (Tempus), traduit par Fortunato Israël, Paris, Perrin, 2003). Certes, le volume est très bon marché (10.50 € pour le format poche), mais il s’agit d’une traduction de traduction qui, de plus, n’est pas à jour des avancées récentes de la recherche.

3. Pour un point de vue particulièrement sceptique, on pourra consulter l’ouvrage d’André Paul, Qumrân et les Esséniens : l’éclatement d’un dogme , Paris, Cerf 2008.

4. Il faut dire que l’hypothèse traditionnelle reste encore largement majoritaire parmi les spécialistes, tant elle conserve de bons arguments en sa faveur.

5. Pour une édition critique, bilingue et récente, voir David Hamidovic, L’Écrit de Damas : le manifeste essénien (Collection de la Revue des études juives, N o 51), Paris / Louvain / Walpole, Peeters 2011.

6. On peut regretter que cela ne soit pas signalé au sein de l’introduction particulière à la Règle de la Communauté alors même que cela diffère du principe indiqué dans l’introduction générale de l’ouvrage (p. IX).

7. Le texte d’1QS IV 6 indique que « l’Esprit de vérité » pousse les « fils de vérité » à « cacher (?) la vérité des mystères de la connaissance (חבא לאמת רזי דעת) ». L’édition de la Bibliothèque de Qumrân propose, en note, de lire חבה (avec la vocalisation « ḥiba ») au lieu de חבא et traduit par « l’amour de la vérité des mystères de la connaissance » (pp 320-321). Toutefois, le terme ḥiba (amour) n’est pas attesté par le texte de la Bible hébraïque, ni ailleurs dans les manuscrits de la mer Morte : il n’apparaît qu’au sein de la littérature rabbinique. Malgré la construction syntaxique surprenante (l’objet du verbe est introduit par un ל), il nous paraît plus plausible d’y lire l’infinitif absolu Piel du verbe חבא (cacher), un verbe attesté à Qumrân. Plusieurs passages de la Règle évoquent l’idée d’une connaissance spécifique dont bénéficient les membres de la Communauté et qu’il convient de ne pas divulguer (cf. 1QS VIII 11-12 ; IX 17-21 ; XI 6). Dans ce contexte, il est tout à fait compréhensible que l’Esprit de vérité aide le croyant à « cacher la vérité des mystères » (pour une formulation assez proche, voir 1QHa XVII 24

8. D’après la reconstruction retenue par les éditeurs de la Bibliothèque de Qumrân, ceux qui entrent dans la Communauté sont invités à se convertir à la Loi de Moïse selon « tout ce qui a été révélé de la T[orah se]lon [l’autorité du] conseil des homme[s] de la Communau[té (כל הנגלה מן הת[ורה ע]ל[ פי] עצת אנש[י] הׄיׄחׄ[ד) » (p. 462-463 ; comparer avec Philip S. Alexander et Geza Vermes, Qumran cave 4. XIX. Serekh ha-yaḥad and Two Related Texts (DJD, No XXVI), Oxford : Clarendon,1998, p 93‑94). À la place de « מן הת[ורה ע]ל[ פי] », Elisha Qimron propose de lire «  מן הת[ורה ]ל[רוב] », ce qui donnerait la traduction suivante : « tout ce qui a été révélée de la T[orah ]à[ la multitude] du conseil des homme[s] de la Communau[té » (cf. James H. Charlesworth et Elisha Qimron, The Dead Sea Scrolls : Hebrew, Aramaic, and Greek Texts with English Translations. Volume 1, Rule of the Community and Related Documents, Tübingen : Mohr Siebeck, 1994, pp 62‑63). Non seulement cette reconstruction est plus probable d’un point de vue paléographique, mais elle peut aussi s’appuyer sur le texte parallèle d’1QS V 9 qui mentionne « la multitude des hommes de leur alliance (ולרוב אנשי בריתם) ».

9. Andreas Dettwiler (éd.), Martin Ebner, Christian Grappe, Daniel Marguerat, Annette Merz, Enrico Norelli, Adriana Destro et Mauro Pesce, Gerd Theissen, Jürgen K. Zangenberg et Jean Zumstein

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