La louange : comment s’accorder ?

Extrait
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Qui n’a pas vécu, dans sa communauté, des débats passionnés autour de la louange, quant à sa forme ou sa place dans le culte ? Située au cœur de ce qui forme le « visage » de l’Église, son identité culturelle, elle cristallise en effet beaucoup de passions. Et il n’est pas facile, reconnaissons-le, de venir la questionner ou la faire évoluer. N’a-t-on d’ailleurs pas toujours fait comme cela ? nous rétorquera-t-on. Et après tout, les mécontents ne seraient-ils pas bien inspirés d’aller chercher dans une autre « crèmerie » ce qui correspondra à leur sensibilité ? Chacun chez soi, et tout ira pour le mieux…
Pour autant, cette « fixation identitaire » est-elle juste ? Présente-t-elle le visage d’une communauté accueillante, capable de plasticité et d’évolution vers l’autre ?
Alors, comment faire place à la nouveauté et à l’accueil de la diversité sur le sujet ? Comment s’y prendre ? Christophe Paya, auteur d’un ouvrage remarqué sur le sujet(1), nous livre ici quelques pistes utiles pour amener la réflexion dans l’Église.

La louange : comment s’accorder ?

Introduction

Il n’est pas rare de voir des tensions se cristalliser autour de la louange dans l’Église. Tout comme d’autres aspects des convictions et des pratiques chrétiennes supposés affirmer, ou exprimer, l’unité (par exemple, les dons spirituels dans 1 Corinthiens 12, dans un chapitre qui met en avant l’unité de l’Église), la louange peut, en effet, paradoxalement diviser.

Il faut dire que la louange, au sens où on l’entend ici, est un élément du culte. Or le culte est au cœur de la vie de l’Église. Et donc toucher au culte, le modifier, y introduire des choses nouvelles, demander l’avis des participants, n’est pas anodin et peut provoquer de vives réactions, parfois même très vives.

Le culte chrétien met en tension différents éléments qui sont à l’origine des conflits que peut susciter la louange. Après les avoir présentés, il faudra se demander comment les aborder.

Des conceptions différentes du culte

Si l’on considère que la louange est une partie du culte, alors sa présence dans le culte et la place qu’on lui donne soulèvent inévitablement la question du sens du culte. Que faisons-nous lorsque nous nous rassemblons ? Différentes conceptions sont en présence. Elles ne sont pas le plus souvent explicites mais sous-jacentes et expliquent la raison (ou la raison principale) pour laquelle les personnes viennent au culte.

Le culte est-il le « prêche », la « prière », la « louange », le « sabbat », pour citer des intitulés parfois utilisés à la place du mot « culte » à telle ou telle période de l’Histoire ou dans telle ou telle culture ? Certains, de toute évidence, viennent au culte avant tout pour recevoir un enseignement, d’autres y viennent pour un contact particulier avec Dieu qui passe par la prière, d’autres y viennent surtout pour la louange musicale, d’autres encore pour un temps sabbatique de repos dans la présence de Dieu. La liste n’est pas exhaustive (on pourrait ajouter la communion fraternelle), et chaque catégorie ne rend compte que partiellement des motivations des chrétiens.

Il est donc intéressant, dans les discussions, de se demander ce qu’est le culte. Plutôt que de donner raison aux uns contre les autres, on pourra apaiser les débats et les rendre constructifs en montrant que le culte possède toutes ces dimensions. Rappeler aux uns (car ils le savent probablement déjà un peu) que le culte est aussi nécessairement un temps d’enseignement, rappeler aux autres que la louange est une constante des cultes chrétiens de l’Histoire : cela permettra peut-être aux croyants d’avis divergents de se regarder différemment et plus positivement.

Mais dire que tout le monde a raison peut sembler être une façon quelque peu facile de s’en sortir… En effet, dans un second temps, personne n’est obligé de s’en tenir à cette « égalité ». On peut donner à chaque dimension la place qui lui revient :

  • L’enseignement : le culte doit répondre dans sa totalité au critère d’édification ; que tout ce qui soit dit et fait le soit pour la construction et la mise en mouvement de la foi des individus et de l’Église. L’enseignement (l’annonce de la Parole) a, certes, ses temps particuliers, comme la prédication, mais il ne s’y limite pas.
  • La louange : avant d’être une liste de chants, la louange est l’état d’esprit du culte chrétien. On la retrouve dans les prières, dans le temps de la Cène, dans l’offrande, et bien sûr dans la lecture de la Bible (merci Seigneur pour ta Parole !).
  • Le sabbat : le culte chrétien n’est pas la simple transposition néotestamentaire du sabbat de l’Ancien Testament, mais il se saisit de l’esprit du sabbat et permet aux croyants rassemblés de le vivre. Le culte est donc aussi un temps de pause, par rapport au reste des activités de la vie, un temps de ressourcement, par la Parole, la louange, la communion fraternelle, etc.

Plutôt que de laisser différentes conceptions du culte s’affronter, on peut mettre en lumière ces diverses dimensions, suggérer aux chrétiens de se les approprier, et les inviter à vivre le culte comme un temps riche, varié, qui touche à plusieurs orientations essentielles de la vie de l’Église.

Des conceptions différentes de la louange

Mais si l’on zoome maintenant sur la louange, le débat reprend. Car au sein même de la catégorie de la « louange », ce sont différentes conceptions qui sont en présence. Elles n’ont pas toutes la même force, certaines sont mieux représentées que d’autres, mais elles s’expriment.

Qu’est-ce que la louange, finalement ? Et quels sont ses meilleurs modes d’expression ? La caricature est facile :

  • Les pro louange musicale croient que la louange passe nécessairement par la musique et le chant. Peu formés en mathématiques, ils s’en tiennent à l’équation : louange = chant/musique. Pour eux, la musique devrait occuper la place principale dans le culte et même la prédication devrait être dite sur un fond musical. Les lectures bibliques ne sont pas nécessaires, le chant suffit à motiver et à entraîner l’assemblée.
  • Les classiques croient que la composition chrétienne s’est arrêtée à la fin du 19 e siècle, comme si l’Esprit du Grand compositeur avait quitté l’Église. Ils estiment que ...

1. Christophe Paya, Au cœur de la louange, Vaux-sur-Seine/Charols, Édifac/Excelsis, 2014.

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