Chrétien, l’autre nationalité !

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Chrétien, l’autre nationalité !

Neal Blough, N. Farelly, P. Gonzalez, Th. Gyger, C. Paya, M. Sommer, M.-N. Von der Recke

Audincourt, Éditions mennonites, 2014, 80 p., 8 €.

Chrétien, l’autre nationalité !

Dans un contexte politique français où la question de l’identité nationale est particulièrement débattue, ce petit livre vient à point. Il est introduit par une longue réflexion biblique du professeur Neal Blough sur les notions de nation et de Royaume de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Neal Blough rappelle utilement que, dans la Bible, les nations ne désignent pas des États mais des peuples. Christophe Paya en tire les conséquences dans son article « Faut-il prier pour avoir un président chrétien ? », quand il écrit que ce sont des personnes qui sont appelées à se convertir à l’Évangile et non des systèmes politiques. Dans cette première partie, nous avons trouvé particulièrement éclairant l’exposé de la théologie politique du règne de Dieu chez les nationalistes juifs Macchabées, qui pensaient que Dieu ne pouvait régner si Israël était dominé par les nations et qu’il fallait d’abord les chasser. Ce qui éclaire par opposition à la théologie politique de Jésus qui va montrer que Dieu veut intégrer les nations dans son Règne.

Nous ne pouvons que nous accorder avec Neal Blough sur les deux tentations extrêmes que l’Église doit éviter : confondre le Règne de Dieu avec le règne d’un pouvoir politique humain ici-bas et spiritualiser ce Règne au point de penser qu’il n’ait rien à nous dire ici et maintenant.

Mais, entre ces deux extrêmes, il y a eu des gradations dans l’histoire de l’Église et il nous a manqué l’articulation de cette partie biblique avec l’histoire des théologies politiques de l’Église. Il aurait été utile pour le lecteur non averti de lui rappeler brièvement les différentes politiques chrétiennes, du statut constantinien, en passant par la théorie des deux règnes de Luther, de Calvin à ses avatars modernes, théologies du dominion… qui se prétendent toutes bibliques.

Après cette longue introduction, les autres contributions sont assez courtes mais ont le mérite d’aborder des sujets qui sont peu ou pas pensés dans les Églises : « Que voulons-nous dire quand des chants proclament le nom de Jésus sur notre pays ? », « La théologie sous-jacente des cantiques », « Que faut-il penser de la préférence nationale ? », « Un chrétien doit-il chanter La Marseillaise ? »

C’est une très bonne idée de dévoiler l’origine de certains chants de « conquête » du recueil JEM dans la théologie théocratico-charismatique du dominion qui affirme que les chrétiens sont appelés à être prêtres et rois de cette terre, et que c’est un pouvoir territorial qu’ils doivent conquérir eux-mêmes en combattant, spirituellement, sur terre. Cette théologie est brièvement évoquée, cela aurait pu être davantage développé.
L’article de Marie-Noëlle Von der Recke : « Que penser de la préférence nationale dans une perspective chrétienne ? », est pertinent et courageux. Elle dénonce, à juste titre, le racisme sous-jacent derrière ce discours qui se veut protecteur et qui s’abrite souvent sous la bannière de la défense de l’Occident chrétien, alors qu’il va contre l’esprit de l’Évangile. Elle a aussi raison de rappeler que les migrations viennent souvent des rapports injustes entre les nations. La conclusion nous a paru toutefois un peu naïve quand elle oppose à la politique de « préférence » nationale, l’exemple historique de l’apport positif des migrations huguenotes et mennonites à leur pays d’accueil. Les migrations vers l’Europe de populations musulmanes posent bien d’autres problèmes. D’autre part, même si le protectionnisme n’est pas la solution, la mondialisation libérale destructrice d’emplois dans certains pays et créatrices d’emplois sous-payés dans d’autres aurait pu aussi être dénoncée.

L’article de Michel Sommer sur l’hymne national, La Marseillaise, soulève un problème éthique sur lequel les chrétiens français sont muets : les paroles de cet hymne guerrier qui invite à verser « un sang impur » ne devraient-elles pas choquer les consciences chrétiennes ? Il a raison de dire qu’elle met « la violence au cœur de l’identité nationale ». Nous avons apprécié les propositions positives de l’auteur d’écrire un hymne basé sur la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité, même si l’hystérie politique française actuelle sur l’identité nationale laisse peu de chances politiques à cette belle idée.

Les trois derniers articles visent directement le rapport des évangéliques au pouvoir et à l’idée de société chrétienne :

  • « Faut-il prier pour avoir un président chrétien ? » (Christophe Paya) ;
  • « Faut-il militer pour la reconnaissance de l’héritage judéo-chrétien en France ou en Europe ? » (Nicolas Farelly) ;
  • « Que penser de la devise d’un parti politique chrétien « Changer les cœurs pour changer la nation ? » (Philippe Gonzalez).

Ils vont tous dans le même sens : dénoncer l’illusion d’une société chrétienne. Seul Christophe Paya, tout en énonçant à juste titre que l’Évangile ne peut être traduit en lois et règles, évoque la possibilité pour les chrétiens d’influencer les lois et d’orienter le fonctionnement de la société, tout en se gardant de l’illusion de faire advenir par l’État le Royaume de Dieu sur terre.

C’est un point qui aurait pu être développé et qui manque dans ce petit livre. Si nous pensons avec les auteurs que les chrétiens ne sont pas appelés à rechercher le pouvoir sur cette terre, n’y a-t-il pas dans l’histoire de l’Église des exemples positifs d’influence des Églises sur la société et de contributions d’hommes politiques chrétiens qui ont marqué l’histoire de leur nation ?

En conclusion : des articles courts, mais qui pourraient faire une bonne introduction à des débats dans des groupes de jeunes, par exemple.

Luc Oleckhnovitch

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