Jean-Christophe Bieselaar : Viv(r)e le couple interculturel !

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Jean-Christophe Bieselaar

Viv(r)e le couple interculturel !

Lognes, Farel, 2014, 163 pages, 15 €

Jean-Christophe Bieselaar : Viv(r)e le couple interculturel !

On appelle ces couples « mixtes », « internationaux », « interethniques » ou encore « interraciaux » pour mettre en avant une des multiples facettes de leur interculturalité. Et ceux-ci sont de plus en plus nombreux en France, dans le monde et, bien évidemment, dans les Églises. Il y aurait aujourd’hui plus de 30.000 mariages franco-étrangers en France métropolitaine par an. Cela sans compter les mariages franco-étrangers contractés à l’étranger… Sans compter non plus les mariages de personnes qui, de même nationalité, possèdent différentes cultures d’origines (les enfants de « seconde génération », par exemple)… En tout et pour tout, il y aurait aujourd’hui bien plus d’un tiers des mariages concernés par une forme ou une autre de « mixité ». C’est énorme !

Or, malgré l’ampleur du phénomène – sans aucun doute un des fruits heureux de la mondialisation – et en dépit des difficultés, des besoins et des complexités inhérents à tous ces couples, aucune étude en français n’avait jusqu’alors été écrite pour préparer au mieux ceux-ci à leur aventure commune. C’est donc le défi que le pasteur Jean-Christophe Bieselaar, lui-même vivant l’interculturalité au sein de son couple, a eu la bonne idée de relever. Confronté à la fois au nombre croissant de couples interculturels venant frapper à la porte de son bureau en vue d’une préparation au mariage, mais aussi au manque criant de ressources pour les accompagner au mieux, il a entrepris un travail de recherche doctorale à King’s College (University of London), dont le présent livre est un des produits « grand public ». Celui-ci a pour but « d’informer, de sensibiliser et d’encourager ceux qui envisagent ou se trouvent déjà dans une relation interculturelle de couple » (p. 11). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cet ouvrage est une réussite.

Qu’y trouve-t-on ? Une simple lecture de la table des matières et des titres de chaque chapitre (dont je tente de résumer le contenu ci-dessous), révèle que nous avons entre les mains un ouvrage qui sera à la fois pratique – concret –, mais encore un ouvrage de réflexion, qui permettra au couple de mieux se connaître et se comprendre, et ainsi poser des bases saines à la construction de leur avenir commun.

1. Pourquoi un mariage interculturel ?

Existe-t-il des motivations profondes, conscientes ou non, prédisposant les couples interculturels à se former ? Que penser de ces prédispositions, avouées ou non ? Parmi les personnalités pouvant prédisposer au couple interculturel, se trouvent : « les mondialistes » citoyens du monde, les « bons samaritains » ou encore les « rebelles » prêts à tout…

2. Les saisons et les chansons de la vie du couple interculturel

Si tout couple, interculturel ou non, passe par des « saisons » qui sont comme des chansons, avec des rythmes et des mélodies différentes, qu’est-ce qui les distingue d’autres couples ? Comment leurs différences culturelles interfèrent-elles dans leur relation de couple, leurs conflits et leurs tentatives de résolutions ?

3. Rouages et fonctionnement du couple interculturel

Comment vivre, au jour le jour, avec une personne qui pense et parle différemment de moi, qui mange une autre nourriture que celle à laquelle j’ai été habitué jusque-là, qui a un rapport différent à sa famille, etc. ? En d’autres termes, comment vivre, concrètement, avec un étranger ? En se basant sur l’étude de Dugan Romano, l’auteur expose et évalue certaines stratégies mises en place par les couples interculturels pour s’accepter mutuellement (la soumission, le reniement et le compromis/consensus).

4. Sept sujets brûlants pour tout couple interculturel

L’identité, les rôles au sein du couple, la communication, le lieu de résidence, autour de la table, le temps, les finances… Autant de sujets à la fois sources de problèmes potentiels dans tous les couples, mais pouvant prendre une ampleur singulière chez les couples interculturels. Ce sont des sujets « récurrents », revenant systématiquement et qu’il est essentiel de regarder de près.

5. Les religions

L’interreligiosité est, bien évidemment, une source de stress pour les couples et leurs familles. Aucune des grandes religions en France n’accepte d’ailleurs facilement les mariages encore appelés « mixtes », c’est-à-dire interreligieux. Qui accueillera donc ces couples ? Quelle communauté, quel soutien ? L’objectif de ce chapitre est de montrer objectivement les positions relatives à l’interreligiosité dans les différentes religions monothéistes, afin de mettre en exergue les nœuds et résistances qui s’imposeront nécessairement aux couples interreligieux.

6. Les chantiers à mettre en œuvre au sein du couple interculturel

Si le couple interculturel était un iceberg, la découverte de la culture de l’autre ne serait que la partie émergée. Sous l’eau, tellement d’autres chantiers doivent être entrepris : prendre conscience de qui l’on est et de qui est l’autre, de ce qui unit plutôt que de ce qui sépare, etc. Comment travailler au mieux nos ressemblances, le type d’alliance que nous allons former ou formons déjà et mettre en place des espaces de pardon réciproque ?

7. Confronter ses préjugés… et en guérir

Si le mariage interculturel est un défi pour les époux, ne nous voilons pas la face, il l’est aussi pour beaucoup d’autres personnes et institutions. Le mariage interculturel est, par exemple, un défi (voire une injure) envers le nationalisme, le racisme ou l’ethnocentrisme d’une communauté, d’une société et d’une famille donnée. Comment, dès lors, faire face ensemble à ces tensions, oppositions et pressions extérieures au couple, mais ô combien douloureuses au sein du couple également ?

Ce que j’ai trouvé remarquable dans ce livre, au-delà des nombreuses anecdotes donnant une saveur bien réelle aux idées et expériences véhiculées par l’auteur, c’est qu’il reflète à la perfection le dicton « Mieux vaut prévenir que guérir ». En effet, on réalise à la lecture de ces pages que, si les couples interculturels se marient sans se poser les bonnes questions, sans avoir réfléchi à l’impact que leurs différences peuvent (et vont) avoir sur leur vie commune, ou encore sans avoir pris conscience des préjugés tenaces encore véhiculés autour d’eux, les difficultés apparaîtront très vite au grand jour. Pourtant, « Mieux vaut prévenir que guérir » ne saurait, et de loin, résumer ce livre. Si celui-ci est remarquable, c’est non seulement pour son réalisme, mais encore au regard de l’espérance qu’il offre à tous ces couples. Oui, le couple interculturel, c’est possible, c’est beau, et c’est porteur de vie !

En tout et pour tout, ce livre est une ressource importante pour les pasteurs et les couples interculturels qu’ils sont amenés à accompagner. D’ailleurs, les questions posées à la fin de chaque chapitre sont particulièrement utiles, permettant aux couples, comme à ceux qui les accompagnent, de discuter en profondeur sur tel ou tel sujet relatif à l’interculturalité. Mais ce livre est aussi une belle idée de cadeau (cadeau utile !) pour les familles qui ont un fils, une fille, un frère ou une sœur en passe d’épouser une personne « étrangère ». C’est en effet une belle marque d’amour et de soutien que de permettre à ces couples de s’informer et de se former au mieux, de réaliser à la fois les nombreux défis auxquels ils devront faire face, mais aussi d’être encouragés à entrer dans ce processus, les pieds sur terre, mais remplis d’espérance.

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