Le judaïsme après la destruction du temple de Jérusalem

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Le judaïsme après la destruction du temple de Jérusalem

Deux grandes écoles sont reconnues dans le monde juif au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne : à Babylone, où les Juifs jouissent d’une certaine liberté ; et à lavné, au nord-ouest de Jérusalem, près de la côte, où le Sanhédrin (conseil religieux juif) a trouvé refuge après la destruction du temple.
À partir du 3ème siècle, les tannaïm (instructeurs) les plus éminents, chargés de l’enseignement rabbinique, commencent à mettre par écrit la « Loi orale ».


La Michna

Deux enseignants dominent le mouvement pharisien au 1er siècle : Hillel, connu pour son interprétation plus « large » de la Loi, marquée par la compassion et fondée sur le commandement d’aimer Dieu et son prochain ; et Shammaï, qui enseigne une interprétation plus « stricte », dont la rigueur révèle davantage l’intransigeance de la Loi.
C’est un disciple de l’école d’Hillel, rabbi Yehouda ha-Nassi (Juda le Prince) qui dirige les travaux de rédaction de la Loi orale au début du 3ème siècle. Il réside en Galilée où les Juifs ont pu en partie se réorganiser avec l’aval du pouvoir romain. Juda ha-Nassi regroupe ainsi les enseignements rabbiniques élémentaires dans la Michna (enseignement, répétition de la Loi).
La Michna expose de façon systématique les préceptes de la Torah en six ordres : agriculture et prières, sabbat et fêtes, vie familiale, lois civiles et criminelles, service du temple, pureté et impureté.


La Guemara

La Michna devient elle-même l’objet de nombreux commentaires rabbiniques qui seront ajoutés sur plusieurs générations, pendant environ trois siècles. Ils forment la Guemara (commentaire).


Le Talmud

La Michna et la Guemara constituent le Talmud (enseignement, étude) qui sera compilé au 4ème siècle en Galilée (Talmud de Jérusalem) et au 5ème siècle en Mésopotamie (Talmud de Babylone). D’autres commentaires exégétiques ou allégoriques, les midrashim (de l’hébreu darash, scruter, rechercher le sens), en particulier sur les cinq livres de la Torah, s’ajouteront à cet ensemble déjà considérable.
Pour le lecteur non averti, le Talmud peut paraître déroutant, car il mentionne les débats parfois contradictoires de nombreux rabbins, des paraboles insolites, des allusions aux pratiques les plus diverses de la vie quotidienne (rituels religieux, mais aussi culinaires ou magiques, etc.), dont la synthèse n’est pas évidente !


Halakha et Hagada

Dans le Talmud, on distingue la Halakha (du verbe hébreu halakh, marcher « droit »), les lois et autres textes législatifs, de la Hagada (récit), les enseignements, récits et anecdotes souvent métaphoriques, à portée morale et religieuse.


Rachi de Troyes (1040-1105)

Le commentaire de Rachi occupe une place à part dans ce monument de la littérature juive. Rachi offre un exposé fourni et subtil de la majeure partie du Talmud. Il sait adapter ses propos avec pédagogie et clarté à ses lecteurs les plus divers, simples étudiants et fidèles juifs ou savants enseignants et rabbins. Les remarques pratiques abondent, par exemple sur divers métiers de l’époque. Les nombreux mots français transcrits en hébreu (environ 3 000) ont permis de compléter les connaissances sur la langue d’oïl parlée alors dans cette région de France. Rachi est l’un des témoins de la première croisade ; il dénonce les violences (les Croisés feront des dizaines de milliers de victimes juives) et les conversions forcées au christianisme. Son commentaire sera à son tour interprété et abondamment annoté par les rabbins, suivant une dialectique originale. Ces rabbins du bas Moyen-Âge sont appelés tossaphistes, auteurs des tossafot (compléments).


Maïmonide (1134-1204)

Un siècle plus tard, Moïse ben Maïmon, dit Maïmonide, naît en Espagne, à Cordoue. Médecin, philosophe et théologien, Maïmonide est également l’un des maîtres respectés du judaïsme. Il compose en hébreu un code de lois, le Michneh Torah (répétition de la Loi) qui systématise la Halakha. Il rédige ensuite, en arabe, le Guide des égarés pour tenter de concilier la foi juive et une interprétation plus rationnelle de la Loi. Ce traité sera largement commenté, souvent contesté, mais il demeure l’un des ouvrages éminents du judaïsme.
Maïmonide est aussi l’auteur des 13 articles de foi qui commencent tous par : « Je crois d’une foi entière… ». Ils résument la foi juive en un Dieu créateur, unique, qui est Esprit, omniscient et omnipotent, juste juge qui récompense ceux qui font le bien et punit ceux qui font le mal, seul Dieu que les êtres humains peuvent prier, qui a choisi Moïse et donné la Torah à son peuple, qui enverra le Messie et promet la résurrection finale. Cette confession de foi est toujours en vigueur dans le judaïsme, sous sa forme versifiée et adaptée pour le chant liturgique (prière Ygdal).


La Kabbale

Il faut enfin ajouter à cet ensemble les écrits mystiques et ésotériques regroupés sous le nom de Kabbale (tradition « reçue »). On attribue en général l’origine de ce mouvement au rabbi Siméon Bar Yo’haï qui a vécu en haute Galilée au début du 2ème siècle. Les affinités sont fortes avec les philosophies néoplatoniciennes, les courants gnostiques et théosophiques de la même époque, voire les religions et les mystiques orientales.
Les kabbalistes juifs partagent le même point de vue que les pharisiens : en même temps que la Loi écrite, le peuple juif aurait reçu une Loi orale. Mais à la différence des pharisiens, la tradition « révélée » des kabbalistes repose sur une interprétation symbolique et ésotérique de la Bible qui élève à une « réalité supérieure » l’individu initié à ces « mystères ».


Guematria et interprétation « numérique »

La mystique juive s’inspire de la Torah et utilise la langue hébraïque comme un moyen de connaissance et de révélation cachées au non-initié. Pour accéder au monde supérieur, il faut connaître les attributs de Dieu qui sont autant de marches pour s’élever vers l’état divin ; il faut aussi connaître les lois qui gouvernent les vingt-deux consonnes de l’alphabet hébraïque, considérées comme des éléments de la création divine. Le sens caché des mots et des phrases se trouve dans les correspondances établies entre eux au moyen de procédés ésotériques comme la guematria, qui est une forme de numérologie (en hébreu, les nombres sont représentés par des lettres). Deux mots de même valeur numérique, par exemple, donnent lieu à des interprétations souvent très ouvertes pour dévoiler le message chiffré de la Bible. On trouve encore dans la Kabbale des croyances comme la réincarnation (guilgoul).


Développement et rayonnement de la Kabbale

L’influence de la Kabbale est profonde sur l’ensemble du judaïsme, y compris dans les milieux qui n’ont a priori aucun rapport avec ce mouvement. Comme le Talmud, la Kabbale s’est développée entre le 2ème et le 5ème siècle, d’abord en Israël puis à Babylone (écrits mystiques sur les anges, les mondes célestes et sur le « char divin » d’Ézéchiel, etc.). Elle se répand ensuite en Europe à partir du 12ème siècle. Les mystiques juifs élaborent la notion de présence divine (shekhina), source et fleuve des énergies cosmiques qui établit la jonction entre le ciel et la terre, le divin et l’humain.
La Kabbale connaît un rayonnement particulier en Provence, puis en Espagne (13ème siècle), où l’on pratique l’exégèse mystique de...

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