Du judaïsme au christianisme

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La question des rapports entre Israël et l’Église a suscité des controverses passionnées depuis vingt siècles. Le déchaînement de la barbarie et l’ampleur du génocide nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, puis le contexte géopolitique du Moyen-Orient depuis la fin des années 40, ont envenimé encore le débat…

Du judaïsme au christianisme

Antijudaïsme et antisémitisme


Le mépris et la haine du judaïsme et des Juifs se sont manifestés pour l’essentiel dans les pays de la civilisation européenne et chrétienne. L’antijudaïsme théologique a d’abord creusé le fossé entre la Synagogue et l’Église. L’antisémitisme s’est ensuite répandu dans les pays chrétiens au Moyen Âge et à l’époque moderne, avec son cortège de violences, de meurtres et de discrimination à l’encontre des Juifs. Enfin, c’est sur ce « terreau » déjà en partie déchristianisé et pénétré par une philosophie « païenne » (le nazisme et son culte de la « race supérieure ») que s’est perpétré, au 20ème siècle, le crime le plus effroyable et sans doute le plus incompréhensible de toute l’histoire humaine...
Les six millions de victimes juives de la Shoah, éliminées de façon systématique, planifiée et « industrielle », continuent d’interroger l’Église et les chrétiens de notre temps sur les racines et la croissance de cette haine sans rapport avec l’enseignement de Jésus, le Messie juif du premier siècle…


Antisionisme


À ces diverses formes d’opposition aux Juifs, on peut ajouter l’antisionisme virulent qui est apparu, notamment, dans les pays arabes depuis le retour des Juifs sionistes en Palestine. Dans ces contrées à majorité musulmane, à l’exception de plusieurs flambées meurtrières, la haine des Juifs était restée jusqu’alors moins violente dans son expression « physique ». Mais les défaites successives des armées arabes coalisées contre l’État d’Israël depuis 1948, puis la montée et l’établissement d’un islam radical et fanatique en Iran depuis 1978, ont largement pris le relais de l’antisémitisme « classique ». L’antisionisme est aujourd’hui l’une des principales causes de déchaînement contre les Juifs.
Pour bien saisir les enjeux de ce débat et tenter d’en éclaircir les données, il faut sans doute définir, comme tout à nouveau, certains termes élémentaires comme « Église », « chrétien », etc. Il est aussi nécessaire de mieux situer l’articulation et les liens entre le judaïsme et le christianisme.


Être juif au premier siècle


Du temps de Jésus, la définition du mot « Juif » posait sans doute moins de problèmes qu’aujourd’hui et la réponse était par conséquent plus facile à donner. Mais cette question était déjà pertinente, car il se trouvait probablement parmi les Juifs des hommes et des femmes peu croyants, qui vivaient même comme les « païens » des populations environnantes.
À peine deux siècles avant Jésus, les Macchabées avaient réagi contre l’hellénisation de la société juive. Ce risque était réel, car les occupants grecs tentaient de supprimer aux Juifs jusqu’au droit d’adorer le Dieu unique, invisible et que l’on ne peut pas représenter, pour le remplacer par l’obligation d’adorer une idole, homme ou bête.
Avant eux, les prophètes d’Israël avaient à de nombreuses reprises averti ou censuré le roi, les notables ou le peuple tentés de suivre les coutumes et les religions des autres peuples. L’alliance religieuse entre Dieu et les descendants d’Abraham, dont la circoncision physique était le signe extérieur et la foi le signe intérieur (« circoncision du cœur »), définissait alors le peuple juif appelé par Dieu et consacré à son service.
Au premier siècle, on sait que les Juifs constituent un peuple particulier. Les Juifs dispersés dans les pays du Moyen-Orient en sont également conscients. Ils ont parfois souffert de cette distinction qu’ils s’efforcent d’entretenir, comme le relatent par exemple les livres d’Esther ou de Daniel. Sur la terre d’Israël ou dans la diaspora, le peuple juif se distingue donc suffisamment de tous les peuples pour qu’on ne le confonde avec aucun d’eux, malgré la diversité du judaïsme ou de la société juive. Jésus et ses disciples sont considérés comme juifs. On ne peut leur contester cette identité, même s’ils commencent à poser des problèmes aux autorités juives et romaines, religieuses et civiles.


Jésus, un Juif à part entière


Jésus est né d’une mère juive, il a été circoncis huit jours après sa naissance. On pense que Luc a évoqué sa majorité religieuse et qu’il aurait donc été considéré comme bar-mitsva (fils du commandement). Dans sa douzième année, en effet, tandis qu’il se trouve à Jérusalem pour fêter la Pâque avec ses parents, Jésus se rend seul au temple de Jérusalem pour dialoguer avec les rabbins (Luc 2.40-52). Adulte, Jésus confirme son ministère messianique à la synagogue de Nazareth, lorsqu’il est appelé à lire le texte du prophète Ésaïe qui accompagne probablement la parasha (passage de la Torah) de ce sabbat.

Jésus et ses disciples observent les règles, les coutumes et les fêtes juives. Si Jésus a parfois contesté certaines traditions rabbiniques, ou tout au moins l’esprit dans lequel elles étaient mises en pratique, il n’avait aucune raison de remettre en cause son identité juive. Il se présente comme « envoyé vers les brebis de la maison d’Israël » et ses disciples sont tous juifs. Il est reconnu comme le Messie lors de sa dernière entrée à Jérusalem à dos d’âne, confirmant ainsi la prophétie de Zacharie (Jean 12.12-16 ; Zacharie 9.9). Il est acclamé par une partie de la population, mais il est bientôt rejeté par l’élite religieuse de Jérusalem qui manipule et retourne la foule contre lui.

Le rejet n’est pas total. Certains contestent le verdict des procès juif et romain : la mise à mort de Jésus sur une croix romaine comme un simple brigand « païen ».

L’essor d’une foi nouvelle

Après la résurrection de Jésus, une communauté de disciples juifs se forme autour du Messie revenu à la vie, vainqueur de la mort. Le livre des Actes des Apôtres souligne la progression de cette communauté, qui passe rapidement d’une centaine de personnes avant la fête de Shavouot (Pentecôte), à plusieurs milliers (grec myriades), voire dizaines de milliers deux à trois décennies plus tard. Parmi eux se trouvent des sacrificateurs et des docteurs de la Loi, donc probablement des sadducéens et des pharisiens (Actes 6.7 ; 21.20).

Ils fondent la défense de leur foi nouvelle sur l’accomplissement des prophéties par Jésus, comme le soulignent les évangiles selon Matthieu et Luc (références explicites à Ésaïe 7, 9, 53 ; Jérémie 31 ; Osée 11 ;

Psaume 2 et 22 ; Zacharie 9.9 ; etc.).

Une opposition croissante

Les disciples juifs de Jésus rencontrent une forte opposition. Le Sanhédrin est divisé sur l’attitude à adopter envers ces « dissidents ». Il hésite entre une simple censure assortie de l’interdiction de répandre cette nouvelle foi messianique, et la sévérité extrême d’une condamnation à la peine de mort.

Gamaliel, éminent rabbin du courant pharisien et petit-fils d’Hillel, propose de laisser ce mouvement libre de se développer : il finira probablement, comme les autres (il en paraissait régulièrement), par se dissoudre de lui-même (Actes 5). Sa recommandation est acceptée, mais l’opposition reste active.

De nombreux Juifs continuent cependant de témoigner de leur foi en Jésus, le Messie d’Israël. Ils subissent bientôt des persécutions violentes qui peuvent aller jusqu’à la mort, tant de la part des autorités civiles que religieuses. Mais ils sont toujours perçus comme un groupe (les « nazaréens ») parmi d’autres au sein du judaïsme hétérogène du premier siècle.

L’éclosion d’une communauté « mixte »

Beaucoup de ces Juifs « messianiques » fuient les persécutions. Ils sont contraints de quitter Jérusalem pour se réfugier dans l’ensemble des pays du bassin méditerranéen. Dans les villes où ils s’établissent ou qu’ils traversent, ils annoncent « l’Évangile » (mot grec qui signifie « Bonne Nouvelle ») de la mort et la résurrection du Messie Jésus, en premier lieu dans les synagogues. Après bien des hésitations (voir Actes 10), ils s’adressent aussi aux non-Juifs. Ils voient dans leur mission la réalisation de la promesse adressée...

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