Internet, piège ou opportunité pour le pasteur ?

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Nous vivons dans l’ère numérique. Internet est devenu si présent, un outil tellement « essentiel », qu’il nous est parfois difficile d’en faire une évaluation juste, pour nos propres vies comme pour celles de nos concitoyens et membres d’Église. Marc Derœux propose avec clarté et nuances une vision globale de ce qu’Internet change dans nos sociétés et dans le concret de nos existences. Ainsi, plutôt que de se lamenter, ou au contraire se réjouir trop vite de ce développement ultra rapide, il tente une réponse à la question suivante : comment le pasteur fera-t-il du Web une opportunité pour l’Évangile ?

Internet, piège ou opportunité pour le pasteur ?

Préambule

Comment faisions-nous avant ? C’est la question récurrente lorsque nous utilisons notre téléphone mobile pour avertir un proche du retard de notre train ; ou quand nous imprimons un pêle-mêle de nos photographies de vacances à partir de notre ordinateur ; ou encore, en suivant la voix du GPS (Global Positioning System) de notre voiture pour rejoindre la station-service la plus proche... Nous pourrions facilement allonger cette liste de satisfecit concernant les bienfaits des nouvelles technologies sur notre quotidien.

Pourtant, nous sommes aussi conscients que toutes ces avancées techniques, tous ces gadgets électroniques ont envahi notre espace vital jusqu’à nous tyranniser parfois. Nous percevons bien qu’ils changent notre mode d’existence, peut-être même notre mode de pensée, mais nous avons du mal à en évaluer les conséquences réelles pour nous-mêmes comme pour nos enfants et les générations à venir.

De plus, lorsque nous réalisons que cette transformation numérique a été vécue sur un laps de temps infime au regard de l’histoire de l’humanité, nous sommes pris de vertige. Pensez donc qu’il y a seulement un peu plus de 20 ans, nous écrivions encore des lettres... à la main. Tout au mieux, pouvions-nous les taper sur des machines à écrire, voire pour les plus chanceux, les imprimer à partir d’un ordinateur qui occupait tout l’espace de notre bureau.

Dans sa rubrique « Mieux comprendre le monde », un magazine populaire à grand tirage titrait tout récemment un article : 1993-2013 ces 20 ans qui ont bouleversé notre quotidien. Cet article rappelait qu’au début des années 1990 le Web (Internet ou la Toile) venait tout juste d’être rendu public, alors qu’en 2013, 75% des ménages français ont désormais un accès à Internet pour s’informer, se divertir, faire leurs courses, etc.(1) 

Rétrécissement du temps et de l’espace

Pour montrer à quel point notre quotidien a été bouleversé par ce qu’il est convenu d’appeler la révolution numérique, revenons à notre exemple du courrier. Il est parlant pour dénoncer un phénomène central de ce qu’Internet véhicule sans que nous nous en rendions pleinement compte : le rétrécissement du temps comme de l’espace.

Dans les années 90, j’écrivais mon courrier à la main. Je prenais même le temps de faire un brouillon pour soigner la lettre destinée à une personne importante ou pour une occasion toute spéciale. Le courrier enfin rédigé était alors cacheté et oblitéré pour être déposé dans la boîte aux lettres des PTT. Il allait mettre deux à cinq jours pour arriver chez son destinataire dont je ne recevais une réponse, dans le meilleur des cas, qu’une dizaine de jours après mon envoi. J’avais eu le temps de méditer, de réfléchir, de penser à nouveau, voire autrement. Certes, je pouvais téléphoner, mais mon écrit prenait le temps de faire son chemin, et ma pensée avec. Maintenant, tout va très vite au point même qu’à peine avoir cliqué sur le bouton « Envoyer » de ma messagerie électronique, je reçois déjà un retour de mon interlocuteur. Le destinataire est désormais devenu interlocuteur, bannissant toute distance, voire toute distanciation.

Je ne parle pas ici des outils, mais du champ universel qu’est devenu Internet, pensé d’abord comme moyen de communication rapide et efficace entre quelques universités américaines dans les années 1960. Des appareils électroniques nous sont proposés, toujours plus performants pour, justement, utiliser au mieux et au maximum le réseau global qu’offre la Toile. Il ne s’agit pas de dénoncer la télévision, le téléphone portable devenu smartphone (ou ordiphone en français), l’ordinateur, la tablette numérique, la webcam, les appareils photo, mais de réfléchir en quoi le fait que tous ces appareils cherchent à être connectés et donc à nous connecter, change notre mode de vie et de pensée.

Un nouvel espace pour un nouveau mode de vie

Nous ne pouvons le nier : notre condition humaine s’est numérisée, évoluant dans un espace social qui s’appelle désormais Internet. C’est ce que démontrent avec pertinence Jean-François Fogel et Bruno Patino dans leur dernier ouvrage justement intitulé La condition numérique(2)). À force d’être connectés, et nous le sommes tous de plus en plus, ce n’est pas un accès au monde virtuel qui s’est imposé mais c’est bien notre réalité même qui a changé. Avec l’obsession de la connexion, connexion de surcroît permanente, Internet est devenu le prolongement de la vie réelle.

Le linguiste Raffaele Simone appelle ce nouvel espace la « médiasphère », la décrivant comme « un environnement dans lequel les médias électroniques en ligne jouent un rôle fondamental non plus en tant qu’instruments, mais désormais comme acteurs arrogants(3) ». Il est vrai qu’Internet est plus qu’un média ; il est devenu un supramédia par son étendue géographique comme par sa capacité à intégrer, voire dévorer, tous les autres médias existants. En effet, Raffaele Simone souligne bien qu’ « Il n’existe pratiquement aucun point géographique qui ne puisse être atteint par l’Internet, dans lequel il ne soit pas possible de téléphoner, d’envoyer et de recevoir du courrier électronique, de télécharger des fichiers sur le Web, et même de se faire localiser géographiquement et de voir si, autour de nous, ne se trouvent pas des personnes que nous connaissions(4). » D’autre part, Internet est disponible à toute heure du jour comme de la nuit, sans discontinuité hormis les problèmes de connexion dus à nos fournisseurs d’accès. Les médias traditionnels que sont le livre, la presse, le cinéma, la télévision et la radio se trouvent maintenant absorbés par et dans la Toile. Plus qu’un média, Internet est un réseau d’informations et d’interactions, une sorte de bibliothèque géante en même temps qu’une agora à l’échelle mondiale, où se côtoient le meilleur comme le pire.

Au début, Internet n’était pas plus qu’une technique qui révolutionnait nos vies mais, petit à petit, il a totalement bouleversé notre façon de nous comporter et d’interagir. Notre façon d’utiliser cet envahissant réseau, notre façon de regarder les écrans de manière permanente, de vouloir toujours être en lien avec les autres, avec notre réseau social, avec l’information, avec un espace où l’on peut acheter ou vendre, parler, écouter, tout cela rétroagit sur notre condition personnelle. Cette connexion qui perdure façonne notre quotidien(5). Nous devons en avoir conscience pour gérer au mieux ce qui devient une évidence et un incontournable dans nos sociétés modernes. Car nul ne peut y échapper vraiment. 

Pour Raffaele Simone, avec Internet, c’est l’organe qui crée désormais la fonction, et non l’inverse. C’est ce qu’il appelle l’ « exaptation » par opposition à l’adaptation, processus par lequel « la fonction crée l’organe(6) ». C’est ainsi que nous devenons dépendants des outils connectés qui, à défaut d’être d’utiles serviteurs, deviennent des maîtres tyranniques.

Une nouvelle manière de communiquer pour une nouvelle façon de penser

Toutes ces transformations numériques sont en fait devenues des transformations sociales, en ce qu’elles touchent notre conception de la société et des rapports sociaux. Mais, plus profondément, elles affectent ce que Pierre Teilhard de Chardin appelait la « noosphère ». Par noosphère, on entend l’ensemble des pensées, des évaluations, des opinions, des conceptions sur les thèmes les plus divers qui habitent l’esprit humain.

Se référant à une étude de psychologie sociale de 2011, Raffaele Simone illustre le changement de comportement de l’internaute en précisant que « lorsque l’on utilise le courrier électronique, on tend à mentir beaucoup plus qu’en communiquant face à face ». Et d’ajouter que « Il se peut qu’Internet ne nous rende pas plus bêtes, mais il semble certain qu’il nous rende plus menteurs(7). »

Par le miracle d’une connexion permanente et sans limite, l’homme est devenu objet et sujet de la connaissance en se mettant en scène sur les réseaux sociaux. Michel Serres, philosophe et historien des sciences, décrit bien cette évolution qui touche à l’être profond de l’humain connecté. Dans un entretien pour le Hors-série 2013 de La Vie « Atlas du monde de demain », il partage ceci à propos de l’avènement de Petite Poucette, petite fille tirée de son imagination, égérie de l’univers numérique :

Je l’ai surnommée Poucette du fait de son habileté diabolique à jouer de ses deux pouces pour envoyer des SMS. Elle est née au moment où les nouvelles technologies sont devenues communes (1985-1990). Elle est l’enfant d’Internet et du téléphone mobile. Pour elle, l’ordinateur n’est pas juste un outil, il fait partie intégrante de sa vie... Poucette n’a plus le même corps ni la même intelligence. Elle n’a plus confiance dans les anciennes appartenances : la paroisse, la commune et même la nation. Elle crée de nouvelles appartenances, de nouveaux liens sociaux, bouscule le rapport au savoir et le rapport à l’autorité. Elle construit un nouveau monde(8).

Ce fin observateur de la vie quotidienne a bien discerné les changements profonds qu’Internet, comme espace social, provoque chez ses contemporains. Jean-François Fogel et Bruno Patino parlent eux de cette nouvelle réalité communautaire comme d’une « retribalisation » de la société. En effet, le changement dépend moins de l’apparition des nouvelles technologies que de l’activité des internautes(9). L’internaute se construit un espace paradoxal d’intimité immédiate comme de surpopulation. Ainsi ce monde, qui n’a de virtuel que le nom, permet d’avoir plusieurs identités et donc plusieurs tribus différentes, en fonction des envies, des humeurs, etc. Les 340 millions de tweets émis par jour, les milliards de vidéos mises en ligne(10) sont essentiellement des contenus d’ordre émotionnel. Chacun y parle d’abord de lui, il se regarde vivre. L’internaute n’hésite pas à mettre son émotion sur le marché.

Internet est devenu une place de marché, une sorte d’agora qui donne à tous, sans exception, accès à une réalité modifiée dans laquelle chacun va chercher sa propre réalité. Relié au monde grâce à un déferlement de connexions, l’internaute peut se croire rapidement le centre du monde, en tout cas du monde qu’il s’est créé. Internet provoque un effet très égocentrique. Tous ces changements numériques touchent forcément à notre image de nous-mêmes, à notre rapport à nous-mêmes. La connexion permanente que nous connaissons maintenant risque de basculer, à un certain moment, à l’obsessionnel, causant des troubles de la personnalité qui font que nous avons toujours besoin de regarder notre écran, toujours besoin de savoir s’il se passe quelque chose... À ce titre, il est instructif d’observer comment, dans les transports en commun, les gens sont rivés sur leurs téléphones(11), devenus les terminaux de leur vie entière. Lorsque son smartphone sonne, vibre, ou clignote, chacun se précipite pour en connaître la raison : une réponse à un texto, une nouvelle photo postée par un proche, un article à lire sur un de ses centres d’intérêt, un e-mail urgent, une personne qui veut nous joindre, une alerte météo, etc. L’important n’est parfois même pas le contenu du message, mais tout simplement le fait d’en avoir un, renforçant le sentiment d’exister, d’être quelqu’un. Notre attention est ainsi en permanence sollicitée, en quelque sorte, par l’image que l’on se fait de soi-même. 

De plus, le rapport au monde comme le rapport aux autres en sont aussi affectés. Au milieu de la foule qui le presse parfois, l’homo connecticus (l’homme connecté) est certes en lien avec le monde, mais sans relation avec celui qui l’entoure. Comme le souligne Michel Serres dans l’entretien cité plus haut, « aujourd’hui, en détenant un ordinateur, 3,75 milliards de personnes tiennent en main le monde ». Non seulement l’internaute devient le centre du monde, mais il peut aussi s’en croire le maître. Avec Internet, « maintenant » n’est plus synonyme d’aujourd’hui, mais de tenant en main (« main-tenant ») ; la tyrannie du « tout, tout de suite » est prégnante dans l’univers du numérique. Les industriels travaillent d’ailleurs à des processeurs de plus en plus performants, de plus en plus puissants pour permettre à l’information de circuler sur le réseau quasiment instantanément. Forcément, le cadre de cette nouvelle réalité va avoir un impact soit sur notre émancipation par rapport à nous-mêmes, soit sur notre aliénation par rapport à l’image qu’on se fait de soi-même. Refusant le déterminisme des techniques, il en va donc plus d’une éducation à réinventer que d’une privation des objets connectés.

Un semblant de liberté avec la culture du zapping

Le linguiste Raffaele Simone, pour qui « le Net a changé notre esprit, notre intelligence et leurs opérations(12) », distingue trois grands évènements dans l’histoire de l’humanité, intégrant celui que nous vivons maintenant avec l’ère du numérique :

1 L’invention de l’écriture

2 L’invention de l’imprimerie

3 L’avènement du numérique

Pour Simone, chacune de ces phases a marqué l’évolution de la pensée de l’homme comme de son comportement, notamment autour des deux opérations de l’esprit que sont l’écriture et la lecture. La phase dans laquelle nous sommes actuellement est encore à découvrir ; elle suppose des changements non seulement sur le contenu des connaissances, mais aussi sur leur organisation et leur forme. Cette « troisième Phase commence avec l’avènement de l’informatique et de la télématique, mais elle triomphe avec l’avènement du Net et des gadgets connectés à celui-ci(13). » La télévision et le téléphone en sont des exemples parlants. Ces deux outils domestiques, une fois connectés au réseau, deviennent de puissantes bases de lancement vers d’autres mondes.

En entrant dans la troisième phase, l’être humain se couperait de l’écriture et de la lecture qui donnent du sens à son intelligence des choses, à sa réflexion et à son action. Cette phase nous rendrait ainsi plus spectateurs que lecteurs. Ce que Raffaele Simone résume ainsi : « La fatigue d’être lecteur ne peut rivaliser avec la facilité d’être spectateur ».(14)

Pour ma part, je ne crois pas que l’internaute lise moins qu’avant. Au contraire, j’ai l’impression qu’il lit davantage encore, mais différemment. Sa lecture n’est plus linéaire comme celle d’un roman qu’on lit du début à la fin. Cette linéarité, chère au linguiste Ferdinand de Saussure, donne du sens à la pensée et à la réflexion. Avec Internet, la culture du zapping est désormais devenue la norme. Grâce aux liens hypertextes (soulignés en bleu sur nos objets connectés), il est possible d’aller d’un mot à un autre, d’une découverte à une autre, sans approfondir pour autant la recherche. Il arrive ainsi qu’après avoir voyagé sur la Toile pendant une heure, l’internaute se pose la question de savoir ce qu’il recherchait en fin de compte. Cette liberté d’aller où l’on veut, quand on veut, à son rythme, en construisant son propre parcours, peut s’avérer stérile et dangereuse parfois.

La connexion permanente apparaît comme une façon pour chaque individu de s’émanciper de son espace et de son temps. Mais Internet accroît la volatilité et n’encourage pas la structuration. Il est donc de la responsabilité de chacun de lutter contre ce chemin de facilité sur lequel Internet peut nous entraîner, chemin qui peut devenir rapidement chemin de solitude. Des gestes simples peuvent nous y aider : débrancher son smartphone lorsque nous partageons un moment d’intimité avec quelqu’un, ne pas s’endormir avec son téléphone connecté, histoire de vraiment « déconnecter », laisser à la maison tout objet lié au réseau lorsqu’on sort pour une balade en famille, savoir faire un jeûne d’une journée, d’une semaine (!), sans son ordinateur, etc. Nous pourrions allonger cette liste afin de maintenir un lien social avec nous-même comme avec ceux qui nous entourent. Histoire de se retrouver soi-même et de mieux trouver les autres ! Là est aussi l’enjeu pédagogique du pasteur, homme de relation, dont la principale qualité est la disponibilité d’esprit, qui n’a rien à voir avec la servilité ou la corvéabilité.

Chronos et kairos, ou le zapping de l’éphémère face à l’éternité

Dans la formation de l’opinion, Internet n’a pas créé de grands bouleversements. En revanche, il a tendance à accélérer ce que les sociologues appellent les coalitions éphémères : ces groupes, voire groupuscules, qui se déforment aussi vite qu’ils se sont formés, avec des individus que rien ne semblait devoir rassembler. Avec la connexion permanente et l’émergence des réseaux sociaux, notre société connaît des mouvements d’agrégation et de désagrégation à toute vitesse, et de manière planétaire. Nous constatons bien que l’univers numérique a du mal à s’insérer dans un espace public structuré. L’exemple des printemps arabes est une illustration évidente de ces considérations. Les outils d’Internet servent plus à conquérir le pouvoir qu’à l’exercer. Il en va du domaine politique, social comme de la sphère privée.

En fait, Internet nous place devant l’instant, donc dans l’instantanéité. À force de vivre sous cette tyrannie de l’instantané, nous perdons l’épaisseur du temps, donc de la réflexion. Le temps d’Internet, c’est le chronos, le temps qui passe, le temps qui s’écoule seconde après seconde. Dans le flot d’informations que la Toile m’offre, ce qui est passé n’est plus, seul l’instant présent compte. Une information en chasse une autre sur la timeline(15) des réseaux sociaux. Pour exister dans ces espaces, il faut donc sans cesse alimenter sa timeline. À force, l’événement en lui-même perd de son sens, de sa valeur, de sa pertinence, au détriment du simple fait d’être listé.

Submergés par les avatars numériques du chronos, ce temps qui passe inexorablement, nous perdons de vue le kairos, le temps qui construit, que d’autres appellent le temps de l’éternité. En tant que pasteurs, nous sommes des passeurs du chronos au kairos. Le kairos est en quelque sorte le temps de Dieu, celui d’un avant et d’un après. Le Dieu de la Bible, c’est le « Je suis » que Jésus lui-même a repris à son compte, se présentant même dans l’Apocalypse comme « celui qui était, qui est et qui vient(16) ». En même temps, Dieu a choisi de venir dans notre chronos, c’est-à-dire dans le temps physique de notre quotidien. Là où nos contemporains courent après le temps, croyant en gagner grâce au réseau que propose la Toile, là où ils sont écrasés par la tyrannie du « tout, tout de suite » qui régit, au rythme de processeurs toujours plus puissants, notre quotidien, nous avons la responsabilité de les accompagner sur le chemin d’une construction et d’une réflexion en profondeur pour qu’ils ne se perdent pas dans l’éphémère et la futilité.

Nos contemporains n’ont pas besoin de personnes qui leur reprochent d’être constamment le nez dans leur smartphone ou scotchés devant un écran. Ils ont besoin d’hommes et de femmes de conviction qui, les ayant rejoints là où ils sont, parfois devant leurs écrans, leur donne envie d’aller explorer les chemins de la relation, de la méditation, de la perspective, de la grâce et de l’espérance. Ils ont besoin d’apprendre tout à nouveau à prendre le temps plutôt que de se faire prendre par lui ! Certains pessimistes voient dans l’avènement de ce monde numérique la déchéance de l’humanité. Nous pouvons aussi y voir une belle opportunité pour apporter le message de l’Évangile. Ce message que l’on pourrait imager ainsi : Jésus-Christ venu dans notre chronos pour nous faire goûter à son kairos.

Le philosophe Michel Serres envisage avec optimisme ce qu’il décrit comme une nouvelle humanité. « Nous sommes à un moment qui ressemble à la Renaissance », dit-il dans son entretien pour L’Atlas du monde de demain : « Aujourd’hui, une nouvelle culture débarque. C’est tout simplement ce qui nous arrive : nous sommes face à une nouvelle renaissance de l’humanité... Et c’est enthousiasmant d’avoir un monde nouveau à fabriquer ».

Peut-être, devrions-nous être tout simplement réalistes ! Alors que nos contemporains connectés cherchent à créer leur propre réalité, comme dans la prière du poète Gérard de Nerval(17), nous avons le privilège de rappeler qu’une autre réalité est possible, une réalité augmentée et non plus segmentée.

1. Télépoche du 20 mai 2013, p. 26-27.

2. Jean-François Fogel et Bruno Patino, La condition numérique (Paris, Grasset & Fasquelle, 2013.

3. Raffaele Simone, Pris dans la Toile - L’esprit aux temps du Web (Paris, Gallimard, 2012), p. 18.

4. Ibid., p. 19.

5. Fogel et Patino, La condition numérique, p. 4.

6. Simone, Pris dans la Toile, p. 21.

7. Ibid., p. 26.

8. « Bel entretien avec Michel Serres : un nouveau monde naît », article du 16/05/2013 in www.lavie.fr en partenariat avec Le Monde.

9. Fogel et Patino, La condition numérique, p. 6.

10. Chaque minute sur YouTube, l’équivalent de trois jours de vidéo est mis en ligne.

11. J’emploie ici le pluriel car en 2013 le taux de pénétration du téléphone portable est de 112,4% : il y a ainsi plus d’abonnements que d’habitants !

12. Simone, Pris dans la Toile, p 31.

13. Ibid., p. 37.

14. Ibid., p. 80.

15. Mot anglo-saxon décrivant la manière de déployer une liste d’événements dans un ordre chronologique.

16. Apocalypse 1.8.

17. « Je ne demande pas à Dieu de ne rien changer aux événements, mais de me changer relativement aux choses ; de me laisser le pouvoir de créer autour de moi un univers qui m’appartienne, de diriger mon rêve éternel au lieu de le subir. Alors, il est vrai, je serai Dieu » (Gérard de Nerval, Œuvres complètes I. Paradoxe et Vérité. Bibliothèque de la Pleïade (Paris, Gallimard, 1989), p. 435.

Marc Derœux est Secrétaire général de la FEEBF.

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