Le Coran et la Bible

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Le Coran et la Bible

Le Coran*, à la suite des livres saints antérieurs (la Bible), affirme être parole divine, venant du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Le regard que porte le Coran* sur la Bible peut-être résumé en trois affirmations fortes. 

Le Coran* se réclame des Écrits saints antérieurs

Dans la conception musulmane, la Parole de Dieu a toujours existé auprès de Dieu sur une tablette céleste (Q 85.22), appelée « la Mère du Livre » (Q 3.7 ; 13.39 ; 43.4). Dieu a révélé cette Parole aux êtres humains au fur à mesure de l’histoire par ses prophètes. C’est ainsi que Dieu a révélé la Torah à Moïse (Q 3.93 ; 6.154), les Psaumes à David (Q 4.163), l’Évangile à Jésus (Q 5.46) et le Coran* à Mohamed* (Q 6.155). Ces livres émanant(1) de la « Mère du Livre », tout musulman doit croire dans ces livres révélés : c’est le troisième fondement de la foi musulmane(2)

S’inscrivant dans la suite de ce qui a déjà été révélé aux prophètes antérieurs, le Coran* est venu (littéralement « descendu ») sur Mohamed* pour confirmer ce qui a été dit dans les Livres révélés précédemment (Q 6.92). 

Le Coran* cite aussi littéralement des passages de ces Écrits, comme par exemple Q 21.105 qui cite le Psaumes 37.29. 

Le Coran* reprend aussi la plupart des histoires importantes de la Bible, notamment celles des prophètes majeurs. Parmi les vingt-cinq prophètes coraniques, on trouve Noé (Nûh) qui revient à 33 reprises, Abraham (Ibrahim) 69 fois, Moïse (Mûsa) – le plus cité d’entre eux – avec 136 références, Jésus (‘Isa) 36 fois et Marie (Myriam) 34 fois dont 25 en lien avec son fils(3). Le Coran* reprend les histoires de ces grandes figures bibliques avec quelques changements et modifications ici ou là dus, entre autres, aux sources extrabibliques utilisées, notamment la Hagada (tradition juive) et les évangiles apocryphes. 

En plus des histoires, le Coran* reprend aussi les thèmes de la Bible à commencer par les attributs de Dieu. L’un des textes coraniques qui résume un certain nombre de ces attributs. Ainsi (Q 59.22-24) :

« C'est Lui Allah*. Nulle divinité autre que Lui, le Connaisseur de l'Invisible tout comme du visible. C'est Lui, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. C'est Lui, Allah*. Nulle divinité que Lui ; Le Souverain, le Pur, L'Apaisant, Le Rassurant, le Prédominant, Le Tout Puissant, Le très Fort, le Très Grand. Gloire à Allah* ! Il transcende ce qu'ils Lui associent. C'est Lui Allah*, le Créateur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Formateur. À Lui les plus beaux noms. Tout ce qui est dans les cieux et la terre Le glorifie. Et c'est Lui le Puissant, le Sage ».

Sur la base de ce texte, on peut déjà souligner que Dieu est Unique, Omniscient, Miséricordieux, Souverain, Saint, Créateur, et Tout-Puissant. Ces attributs qualifiaient déjà Dieu dans la Bible. Le Coran* la suit donc sur ce point.  

Mentionnons aussi tous les sujets éthiques sur lesquels le Coran* suit la Bible : les valeurs familiales, sociales, etc. 

Les données coraniques renvoient régulièrement à la Bible explicitement en se réclamant d’elle, et implicitement en reprenant ses histoires et ses thèmes. 

Le Coran* fait l’éloge des Écrits saints antérieurs

Le Coran* va plus loin en tenant la Bible pour :

un livre digne de foi dans la mesure où le Coran* se présente comme confirmation de ce qui a été déjà révélé dans le Livre (Q 4.47), d’où l’appel adressé aux musulmans à croire ce qui a été révélé dans la Bible, nommée « le Livre » (Q 4.136). Dans ce passage, il est question du Livre (Kitâb) mais sans expliciter à quoi il renvoie : pourquoi penser qu’il renvoie forcément à la Torah et à l’Évangile (la Bible) ? En fait, au début de son ministère, Mohamed* ne fait pas la différence entre les deux communautés juive et chrétienne. Il les a souvent considérées comme une seule communauté formant les « Gens du Livre » (Q 3.64, 98, 99 ; 5.68, 77 etc.). À La Mecque, avant l’Hégire* à Médine en 622, Mohamed* estime que les écrits chrétiens font suite aux écrits juifs. C’est la raison pour laquelle il considère l’ensemble des Écrits juifs et chrétiens comme un seul Livre, al-Kitâb (Q 21.92-93). Par la suite, le terme Kitâb est employé dans le Coran* pour qualifier aussi bien les Écrits révélés à Moïse (Q 23.49) que les Écrits révélés à Jésus (Q 19.30). 

un livre vérificateur 

C’est un aspect peu relevé. Pourtant, le Coran* donne ce conseil à Mohamed* lorsque celui-ci éprouve un doute sur l’origine divine d’une révélation : 

« Si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge alors ceux qui lisent le Livre révélé avant toi. La vérité certes t'est venue de ton Seigneur : ne sois donc point de ceux qui doutent » (Q 10.94).

Le Livre (la Bible : Ancien et Nouveau Testaments) joue ici un rôle de vérificateur des révélations accordées à Mohamed*. Si ce principe est respecté, toute affirmation contraire au Livre révélé (la Bible) doit être examinée et, si non conforme, rejetée ! En d’autres termes, si le Coran* sert à confirmer les révélations bibliques, la Bible sert à juger de l’authenticité des révélations coraniques. C’est donc un statut unique et particulier que le Coran* accorde ici à la Bible.

Si la Bible jouit d’un tel statut dans le Coran, pourquoi les musulmans ne la lisent-ils pas, et pire encore, pourquoi l’accusent-ils d’être falsifiée ?

Le Coran* récapitule la révélation 

Pour le musulman, le Coran* se suffit puisqu’il est le dernier livre révélé : il récapitule et complète la révélation de Dieu. Lorsqu’un musulman dit croire dans la Torah et l’Évangile, cela ne veut pas forcément dire qu’il croit ce qui est écrit dans ces deux Testaments. Dans la logique musulmane, seuls les éléments bibliques qui se trouvent dans le Coran* sont fiables et « tout le reste peut n’être que forgerie ou déformation »(4). De ce fait, la révélation coranique a rendu caduque la révélation biblique, et seul le Coran* et les hadiths* font autorité pour un musulman.

Pour un musulman, le vrai judaïsme et le vrai christianisme se trouvent dans le Coran.

Les Écrits saints antérieurs ont été falsifiés 

Cette affirmation permet : 1) de faire taire les contradictions entre le Coran* et la Bible, comme celles que nous avons soulignées en introduction ; 2) de justifier certaines précisions apportées dans le Coran* mais qui ne se trouvent nulle part dans la Bible(5). C’est pour cela que, pour le musulman, le contenu de la Bible ne fait pas autorité bien qu’il la considère comme une Parole « descendue » de Dieu. 

L’argument linguistique 

Le verbe harapha (falsifier, corrompre) revient à quatre reprises dans le Coran* : Q 2.75 ; Q 4.46 ; Q 5.13 ; Q 5.44-45. Toutefois, un seul de ces passages (Q 2.75) concerne le texte lui-même : il accuse la falsification du texte de la Torah par un groupe juif, mais sans préciser à quel endroit. Les trois autres portent sur la « falsification » du sens de la Torah (Q 4.46 ; 5.13, 44-45). Ce sont donc les commentaires juifs et/ou chrétiens qui sont accusés de falsification et non pas les textes sacrés eux-mêmes. En fait, il est reproché à des sectes minoritaires, juives ou chrétiennes, de ne pas avoir respecté le texte sacré. Il s’agit donc de détournement de sens et non de falsification.

L’argument théologique

Les musulmans accusent les juifs et les chrétiens de falsifier leurs Écrits respectifs, en modifiant, en particulier, les passages qui traitent de la prédiction de la venue de Mohamed*. Deux textes dans le Coran* explicitent que la Torah et l'Évangile ont prédit la venue d'Ahmad (même racine que Mohamed*) : 

1. Q 61.6 : « Et quand Jésus fils de Marie dit : Ô Enfants d'Israël, je suis vraiment le Messager d'Allah* [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Torah, est antérieur à moi, et annonciateur d'un Messager à venir après moi, dont le nom sera « Ahmad ». Puis, quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : « C'est là une magie manifeste ».

2. Q 7.157 : « Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu'ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Torah et l'Évangile. Il leur ordonne le convenable, leur défend le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et leur ôte le fardeau et les jougs qui étaient sur eux. Ceux qui croiront en lui, le soutiendront, lui porteront secours et suivront la lumière descendue avec lui ; ceux-là seront les gagnants ».

Pour ces deux textes, nul doute : la Bible prédit clairement la venue « d’un messager qui viendra après Jésus dont le nom sera Ahmad » (Q 61.6) ou encore « le prophète illettré » (Q 7.157). 

Pour les Musulmans, deux textes de la Bible, annonciateurs initialement de la venue de Mohamed*, ont été falsifiés par les juifs et les chrétiens :

Ésaïe 42.1-9 : Le texte biblique commence ainsi : « Voici mon serviteur, que je soutiendrai, Mon élu, en qui mon âme prend plaisir. J'ai mis mon esprit sur lui ; Il annoncera la justice aux nations ». Pour les musulmans, le serviteur annoncé n’est autre que Mohamed*, prophète de l’islam.

En fait, une lecture attentive du contexte permet de voir que ce passage appartient à un ensemble littéraire. Les chapitres 41 à 57 du livre d'Ésaïe permettent d'identifier quatre chants consacrés au « Serviteur du Seigneur » : 1er chant (Es 42.1-9), 2ème chant (Es 49.1-13) : 3ème chant (Es 50.4-11), 4ème chant (Es 52.13-53.12). Ceux-ci forment un tout où nous apprenons que le Serviteur du Seigneur viendra et accomplira une œuvre permettant à ceux qui croiront en lui d'être sauvés. Or, les trois autres chants du Serviteur du Seigneur sont impossibles à appliquer à Mohamed*. 

Le Nouveau Testament a fait très clairement le lien entre Jésus et les quatre chants du Serviteur.

• Le premier chant (Es 42.1-9) est appliqué à Jésus à deux reprises dans les évangiles : lors de son baptême (Mt 3.17 ; Mc 1.11 ; Lc 3.22) et au moment de sa transfiguration (Mt 17.5 ; Lc 9.35). Les évangélistes Matthieu, Marc et Luc, comprennent que le Serviteur du Seigneur dont il est question en Ésaïe 42 est le Seigneur Jésus. 

• Jésus s’applique à lui-même (Jean 15.1,2) le deuxième chant (Es 49.1-13) 

• Il fait allusion (Jean 8.28, 40, 46, 49) au troisième chant (Es 50.4-11)

• Quant au quatrième chant (Es 52.13-53.12), il est cité à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament qui le voit accompli en la personne de Jésus-Christ (Mt 8.17 ; Lc 22.37 ; Jn 12.38 ; Ac 8.32-35 ; Rm 10.16 ; 15.21 ; 1 P 2.22, 24). Ce n’est pas sans raison qu’on nomme parfois ce quatrième chant le cinquième évangile tant il annonce précisément le sens de la mission de Jésus (y compris sa mort pour les péchés et sa résurrection).

Nul doute : les auteurs du Nouveau Testament, dont les Écrits sont considérés « Parole de Dieu » faisant partie d’al-Kîtab (le Livre) par les musulmans (Q 19.30), appliquent bien les quatre chants du Serviteur du Seigneur d’Ésaïe à Jésus-Christ. Celui-ci est le vrai Serviteur du Seigneur venu accomplir le plan de Dieu pour sauver les croyants.

Jean 14 à 16 : Ce passage de l’Évangile rapporte le dernier discours de Jésus avant sa crucifixion et sa résurrection. À plusieurs reprises, Jésus promet à ses disciples d'envoyer le Paraklétos (Jn 14.16-18,26 ; 15.26 ; 16.7-14). Pour les musulmans, Jésus n'a pas parlé de Paraklétos (παράκλητος) mais de Périkleistos (περικλείστος) qui veut dire : le célébré, le très illustre(6) ce qui serait une allusion au prophète Mohamed*, qui vient de la même racine qu'« Ahmad » qui signifie le « célébré », le « loué ». Les musulmans pensent donc que les chrétiens ont falsifié ce texte évangélique en remplaçant un mot annonçant Mohamed* par un autre. 

Si on examine le contexte de l’évangile, il est évident que Jésus identifie clairement Paraklétos (παράκλητος) au Saint-Esprit : dans Jean 14, le Paraklétos (παράκλητος) du verset 16 est identifié à l'Esprit de vérité dans le verset 17, et au Saint-Esprit au verset 26. 

Quant au contexte plus large, il confirme que c'est le Saint-Esprit promis qui est donné aux disciples de Jésus. Jean 20.22 rapporte : « Jésus souffla sur ses disciples en leur disant : “Recevez l'Esprit Saint” ». Le livre des Actes des Apôtres (chapitre 2) rapporte quant à lui que cinquante jours plus tard, les premiers disciples ont reçu publiquement le Saint-Esprit promis par Jésus. Ce fut en présence de tous les juifs venant célébrer la fête de Pentecôte à Jérusalem. 

Tout dans le Nouveau Testament décrit le Saint-Esprit comme l’objet de la promesse de Jésus. Il est désormais donné aux disciples pour les aider dans leur mission de « témoins » du Christ. Il est donc impossible de suivre les musulmans dans leur argumentation. 

On peut ajouter que si on allait dans le sens de la lecture musulmane de ce texte, Jésus aurait un statut supérieur à celui d’un prophète ! En effet, Jésus déclare que c’est lui qui l’enverra de la part du Père (Jean 15.26 ; 14.26 ; 16.13-15). Or, dans la conception musulmane, Dieu seul peut envoyer des prophètes. En d’autres termes, reconnaître que Jésus annonce et envoie Mohamed* serait lui reconnaître le statut de Dieu ! 

Conclusion

Ces désaccords importants entre chrétiens et musulmans ne doivent pas faire oublier que le Coran* accorde un statut bien particulier à la Bible. 

Cela devrait encourager :

- les musulmans à lire la Bible pour se faire une idée sur la révélation biblique et découvrir par eux-mêmes ce livre que le Coran* tient en si haute estime. 

- les chrétiens à lire le Coran* pour saisir la réalité musulmane et éviter toute forme de caricature.

Préjugés et caricatures sont à proscrire dans les deux cas.

1. Marie-Thérèse Urvoy, « Jésus », Le Grand Dictionnaire du Coran, sous dir. Mohammad Ali AMIR-MOEZZI, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 439.

2. Les fondements de la foi musulmane sont : 1) Dieu ; 2) Les anges ; 3) Les Livres ; 4) Les prophètes (dont Moise et Jésus) ; et 5) le Jour du Jugement.

3. Emilio Patti O. P.  et Maurice Borrmans, « Les grandes figures bibliques dans le Coran », Le Coran et la Bible, Bayard, Paris, 2002, p. 75.

4. Geneviève Gobillot, « Évangiles », Le Grand Dictionnaire du Coran, sous dir. Mohammad Ali Amir-Moezzi, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 289.

5. Chawkat Moucarry, La foi à l’épreuve, l’islam et le christianisme vus par un arabe chrétien, La Clairière, Québec, 2000, p. 35-70.

6. A. Bailly, Dictionnaire Grec Français, Hachette, Paris, 2000, p. 1528.

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Commentaires

marc amouret
05 octobre 2014, à 19:46
Très intéressant, je ne connais cette religion que par ouî dire, et par la triste publicité qu'elle se fait depuis quelques temps. Je ne pense pas trop me documenter dessus, car j'ai besoin de me centrer davantage sur ma foi. Charité bien ordonnée commence par soi-même... Toutefois à l'occasion, oui je regarderais. Merci
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Koïkoï Gbilimou
13 janvier 2015, à 00:43
Je suis vraiment convaincu
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comodo
31 octobre 2015, à 14:31
Bonjour, votre article est très interessant. Je voulais juste signaler à vos lecteurs qu'un petit site internet propose des quizz pour savoir si un verset pris au hasard vient de la bible ou du coran. Il suffit de chercher bible ou coran quizz dans votre moteur de recherche prefere pour le trouver.
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