L’Église face au surnaturel

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L’Église face au surnaturel

La culture occidentale, son organisation de la sphère politique, son système d’éducation et la place de la religion dans la société sont profondément marqués par un désenchantement du monde, entamé par le rationalisme occidental que l’on appelle modernisme. La pensée moderne a vidé le ciel des anges et des démons, proposant des explications scientifiques à des phénomènes jadis liés à des forces surnaturelles. Plus besoin de croire à un diable pour comprendre et guérir des troubles psychiques. Plus besoin de la notion de création divine pour expliquer l’existence de l’univers. Dieu, ou les dieux, sont écartés du terrain des faits. Une grande partie de la population en tire la conclusion qu’elle n'a plus besoin d’une Église non plus. 

Mais, beaucoup de nos contemporains, imprégnés par les principes cartésiens, sont devenus critiques par rapport à certains excès du modernisme : domination et exploitation de la nature, sous-estimation de l’irrationnel, imposition d’une pensée unique et d'une vérité absolue, etc. Intellectuels, artistes et mouvements contestataires mettent en avant le besoin de vivre en harmonie avec la nature, l’intuition comme source de connaissance, l’imaginaire, la diversité culturelle, la vérité personnelle, etc. Petit à petit, un changement de paradigme est en train de se produire ; la transition d’une culture moderne vers une culture postmoderne. 

Le postmodernisme - en France, on dit souvent ultramodernisme - est une autre manière de concevoir les choses. C’est un climat culturel, dans lequel on admet la coexistence de plusieurs expressions de vie, de plusieurs « vérités » en matière de valeurs et de religion. On ne considère plus que la « modernisation », c’est-à-dire une société modelée par la science et la technologie, va tôt ou tard rendre la pratique religieuse obsolète.

Autre caractéristique du postmodernisme : la tolérance. Dans une société multiculturelle il faut tolérer d’autres opinions, d’autres religions, d’autres styles de vie. Que vous soyez chrétien pratiquant ou que vous croyiez aux esprits, cela ne me dérange pas, pourvu que vous n’essayiez pas de m’impliquer dans votre religion. On se veut tolérant, à condition d’être toléré par les autres. 

De plus, le rationalisme ne dicte plus la loi dans tous les domaines de la vie. Une expérience religieuse peut être « vraie » et « valable », sans qu’elle dépende d’une explication rationnelle. En fait, beaucoup de personnes « sans Église » croient en Dieu, mais l’image qu’elles se font de lui peut varier. Chose remarquable, le nombre de personnes parmi elles qui prient en effet le « Dieu » en qui (en quoi) elles croient, sans pour autant adhérer à une Église, et sans forcément croire à toute la doctrine chrétienne de Dieu. Leur mode de vie n’en reste pas moins sécularisé. 

C’est dans ce climat postmoderne que les gens sont davantage prêts à accorder une certaine crédibilité à des forces invisibles que la science considère non vérifiables et hautement douteuses. Nous assistons à un ré-enchantement du monde. L’intérêt pour le paranormal et le surnaturel se fait remarquer dans toutes les sociétés occidentales, en dépit du rationalisme technologique et de la sécularisation qui les caractérisent. 

« Paranormal »

Vous avez dit paranormal ? Ce terme global renvoie à des phénomènes surnaturels, irrationnels, qui font l’objet de croyances et de pratiques. Un autre terme, à peu près équivalent, est l’occultisme. Il met en avant le caractère caché (occulte) de ces pratiques. 

Qu’est-ce que le paranormal ? Selon le Larousse, c’est « l’ensemble des phénomènes ne semblant pas s'inscrire dans le cadre des lois scientifiques actuellement établies. » L’auteur d’un article sur Wikipédia affirme que « un phénomène est qualifié de paranormal lorsqu'il ne peut (encore) être expliqué par les lois naturelles connues, laissant ainsi le champ libre à de nouvelles recherches empiriques, à des interprétations, à des suppositions et à l'imaginaire ».

L’imaginaire, justement. Lieu de fantaisie et de l’irrationnel où l’on se laisse aller au-delà du réel et du visible, où l’impossible semble devenir possible. C’est dans l’imaginaire que naissent la curiosité mais aussi la peur. On est attiré par des images qui donnent des frissons. On est captivé par ce qui se présente. On est entraîné dans des dimensions qui dépassent le quotidien. Toutes les histoires qui introduisent des phénomènes paranormaux jouent sur ces registres-là.

En même temps, on travaille et on mène sa vie dans un monde basé sur le rationalisme de la science et de la technologie. Voilà le paradoxe de la société occidentale de nos jours. 

Nous ne pensons pas ici à des pratiques religieuses, fondées sur la croyance en un être ou des êtres divins. Dans le christianisme, comme dans l’islam et d’autres religions, les gens prient un Dieu invisible, étant persuadés qu’il est capable d’intervenir dans les affaires visibles sur terre. Ce n’est pas cela que l’on désigne par le paranormal, bien que le surnaturel y joue un rôle important.

Si nous parlons de l’intérêt pour le paranormal, nous pensons à des croyances et à des pratiques à l’ombre des institutions religieuses, à l’ombre aussi de l’espace public sécularisé. C’est un terrain de « religiosité parallèle », non autorisé par les dirigeants des Églises, non reconnu par la communauté scientifique, à quelques exceptions près, et largement ignoré par les autorités politiques, sauf quand il y a un soupçon de tendances sectaires.

Nouveaux mouvements religieux

Chose remarquable dans la société moderne : tandis que les communautés religieuses sont devenues minoritaires, la pratique religieuse, elle, ne recule pas. Au lieu de diminuer, elle semble se déplacer en dehors de l’Église, en dehors des institutions religieuses.

Les sociologues parlent de la privatisation ou de l’individualisation de la religion. En quête de spiritualité et surtout de bien-être, les gens retiennent certaines idées du christianisme tout en laissant d’autres doctrines. Les uns reprennent certains éléments d’autres religions sans pour autant s’y convertir. Ainsi, la méditation transcendantale d’inspiration hindoue, le yoga et d’autres pratiques d’origine bouddhiste, jouissent d’une grande popularité. Les autres s’intéressent à des influences « cosmiques » ou « astrales », favorisant le bien-être sur terre.

D’autres encore renouent avec certains rites païens du passé, celtiques ou germaniques, en faisant le lien avec des traditions ésotériques que les institutions religieuses ont longtemps essayé de supprimer. Des adeptes se rassemblent sur des sites où les druides d’antan conduisaient des rituels en lien avec le mouvement des astres dans le ciel. Stonehenge, par exemple. S’inspirant des sorcières d’un temps révolu, les « wicca » s’affichent ouvertement, proposant leur aide pour développer un mode de vie en rapport avec les forces (cachées) de la nature.

Ce ne sont que quelques exemples d’une tendance. Quand elle a commencé à se faire remarquer, depuis les années 1960, on parlait du « mouvement de nouvel âge ». Aujourd’hui, la littérature spécialisée privilégie l’appellation « nouveaux mouvements religieux »(1), afin de souligner qu’il y a toute une nébuleuse de groupes, de réseaux, de séminaires, de journaux, de livres, de sites internet qui témoignent de la tendance d’une religiosité en dehors du christianisme. (Aussi en dehors de l’islam et du judaïsme d’ailleurs.) 

Parler de mouvements est trompeur, dans la mesure où la plupart des gens qui cherchent une spiritualité en dehors des religions institutionnalisées, ne sont pas organisés. C’est pourquoi il est difficile de prendre la juste mesure de cette tendance. 

Astrologie et Cie

Si l’intérêt pour le surnaturel, le paranormal et l’ésotérique caractérise les nouveaux mouvements religieux, il ne s’y limite pas. Bien au contraire. Une deuxième forme est l’occultisme popularisé, un phénomène de société qui concerne un public beaucoup plus large. Voyants et guérisseurs de tous genres sont sollicités par une clientèle toujours nombreuse. Astrologie et Cie, voilà un « marché » qui ne semble pas connaître de crise économique. S’agissant de la médecine parallèle et de l’astrologie, notamment les horoscopes, on constate un véritable engouement.

Dans le chapitre suivant, Emmanuel Maennlien en donnera un aperçu, et mettra en évidence les conséquences.

Immigrés et leur conception du monde

Par rapport au sujet qui nous préoccupe, nous relevons un troisième développement encore : l’immigration. En France, comme partout en Europe occidentale, la société est profondément transformée par la venue de centaines de milliers d’immigrés en provenance d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient, des Caraïbes, et d’Amérique Latine. Elle est devenue multiculturelle et multireligieuse. Derrière ces concepts se cache une réalité souvent mal vécue, tant par les immigrés que par la population autochtone. Vivre ensemble n’est pas évident !

Les médias ont tendance à nous montrer les difficultés dans les banlieues, les cités et les quartiers chauds, la xénophobie, les tensions, à tel point que l’immigration est conçue comme un grand problème seulement. Sans vouloir entrer dans ce débat, nous voulons mettre en avant un autre aspect, souvent passé sous silence. C’est le brassage culturel. Certes, les différents groupes culturels et ethniques font preuve de méfiance les uns envers les autres. N’empêche qu’ils influent les uns sur les autres. Des franco-français découvrent la musique africaine et la cuisine maghrébine. Des Antillais collaborent avec des Bretons, des Congolais avec des Picards. Et leurs enfants passent tous par le même système d’éducation. Cela donne des rencontres, des échanges, des amitiés, jusqu’à des mariages interculturels.

Dans le domaine religieux, il y a également un brassage culturel. Les immigrés amènent leurs conceptions du monde selon laquelle l’existence d’un Dieu créateur n’est qu’une évidence, bien que l’image de cet être suprême puisse varier. Un élément important de toutes les conceptions du monde que l’on trouve chez les immigrés non européens, c’est la sphère intermédiaire entre l’être suprême et la terre avec les hommes et les animaux. Cette sphère est peuplée d’esprits et de forces invisibles, spirituelles qui influent sur la vie des hommes. Pour les immigrés en général, le paranormal n’est pas anormal. Par conséquent, ils sont sensibles à des pratiques occultes dans un univers enchanté. D’habitude, ils y croient, ils en tiennent compte. Nombre de praticiens sont venus s’installer dans nos contrées.

Par contre, ce milieu (cette sphère intermédiaire est exclue? Ou le milieu, ce sont les gens ? ) est exclu dans la conception moderniste du monde. Mais au fur et à mesure que les communautés d’immigrés marquent leur présence, cette (laquelle? À quoi renvoie ce mot cette dans ce qui précède ? C'est leur vision ou notre vision ?)vision sécularisée est de plus en plus concurrencée par une conception religieuse de la réalité. Ainsi, l’intérêt pour le surnaturel se propage.

Les Européens ont beau penser qu’ils ont dépassé ce stade « préscientifique » de développement culturel, beaucoup d’entre eux se laissent influencer par les idées et les expériences religieuses des immigrés. Quand les uns aiment le Gospel, chanté par une chorale congolaise, on peut s’en réjouir, mais on doit s’inquiéter quand les autres vont voir un marabout chez les voisins maliens…  

Responsabilité pastorale

À plusieurs reprises, la Bible prend une position claire et nette : « Qu’on ne trouve chez toi personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue d’augure, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui invoquent les esprits, disent la bonne aventure, et qui consultent les morts » (Deutéronome 18.16). S’appuyant sur de telles ordonnances, le christianisme a toujours essayé de couper le chemin à ce qu’il considère être une fausse spiritualité. 

En tant que responsables d’Églises, nous devons enseigner la position biblique, mais cela ne suffira pas. Notre responsabilité pastorale est également engagée, car bon nombre de personnes qui intègrent nos communautés, portent des traces de contact avec quelqu’un prodiguant des « services paranormaux ». Certains ont pratiqué eux-mêmes une forme d’occultisme.

Il va falloir répondre aux besoins des fidèles qui ont été affectés par ce genre de choses, ou qui, par ignorance, restent encore au contact d’un guérisseur - surtout quand ce dernier se dit chrétien, ayant reçu son « don » du bon Dieu. Force est de constater que cela a des conséquences au niveau de la relation avec Dieu, de la prière, de la lecture de la Parole, et de sa mise en pratique. Parfois, ces personnes manifestent des séquelles psychiques, voire physiques. Elles ont besoin, non seulement d’un enseignement sain, mais encore d’accompagnement pastoral, et selon les cas, de guérison.

Mandat missionnaire 

À la lumière de la Parole de Dieu, nous savons que derrière les phénomènes paranormaux et occultes se cachent de réelles forces des ténèbres, sous l’impulsion de l’adversaire de Dieu, le diable. Cette réalité nous renvoie au mandat missionnaire et au combat spirituel - deux éléments bibliques primordiaux.

Quand Jésus a envoyé ses apôtres en mission, il les a chargés, non seulement d’annoncer l’Évangile du règne de Dieu et d’amener les gens à la repentance, mais aussi de guérir les malades et d’expulser les mauvais esprits (Matthieu 10.7-8). 

C’est avec ce mandat que l’Église est envoyée dans le monde (Marc 16.15-20). Force est de constater que les derniers aspects (guérison et délivrance) posent problème, dans la mesure où l’Église est censée s’occuper du spirituel, tandis que les médecins et les psychologues/psychiatres s’occupent des maladies et des troubles psychiques respectivement. Comme s’il y avait une ligne de démarcation entre le spirituel et les autres aspects de l’homme. 

Or, l’Église a vocation, elle aussi, de se préoccuper des malades. Non pas comme un concurrent de la médecine mais de façon complémentaire, au travers d'un ministère d’encouragement, de réconfort, de renouvellement intérieur, de renforcement spirituel - afin que le malade puisse mieux supporter la souffrance, mieux s’en sortir. Dans l’Église, nous demandons à Dieu d’utiliser les médecins, de leur accorder sagesse et réussite. Et nous lui demandons d’intervenir, selon sa volonté, pour guérir le malade - soit avec le concours des médecins, soit de façon miraculeuse. 

Ce ministère pastoral de guérison témoigne toujours de l’Évangile : Dieu veut sauver la personne entièrement. Y compris de ses troubles psychiques. Y compris d’un harcèlement démoniaque.

Là encore, il n’y pas forcément concurrence entre accompagnement pastoral d’une part, et accompagnement psychologique et soins psychiatriques d’autre part. Nous ne fermons pas les yeux sur la confusion qui règne souvent dans ce domaine. Pour pas mal de psys, ni la présence de Dieu ni l’influence de mauvais esprits n’entrent en considération. Est-ce qu’ils ne passent pas à côté de quelque chose de bien réel ? La même question se pose aux pasteurs qui voient un démon dans chaque comportement hystérique, et Satan à l’œuvre dans chaque pensée suicidaire. Passer tout de suite à un exorcisme ne va pas forcément arranger les choses, peut-être les compliquer encore ! Ou bien, on ne fait que « frapper du poing dans l’air », comme le disait l’apôtre Paul. 

Dans le ministère de délivrance, nous avons besoin, et de discernement spirituel et d’apprentissage psychologique ! Nous appelons de nos vœux des échanges entre pasteurs et psychologues, autour de cas précis, pour mieux comprendre les interprétations des uns et des autres. À quand des équipes de pasteurs et de psychiatres ? Les personnes troublées qui demandent de l’aide, y auront tout à gagner.

Combat spirituel

Le deuxième élément biblique que nous devons prendre en compte, est l’enseignement sur le combat spirituel. N’allons pas trop vite en la besogne. Le combat spirituel, notion chère aux mouvements de réveil de toutes les époques, ne se livre pas face aux seules forces des ténèbres : le diable et ses démons. 

Kenneth Boa résume très bien la notion de combat spirituel, du point de vue biblique : 

« En tant que disciples du Christ, nous sommes engagés dans une bataille cosmique, que nous en ayons conscience ou non. L’Écriture enseigne et illustre la dynamique de cette guerre sur trois fronts : contre le monde, contre la chair et contre le diable. Le monde et les démons sont extérieurs au chrétien, mais ils appâtent la chair et lui fournissent les occasions de pécher. La guerre spirituelle est la stratégie biblique pour lutter efficacement contre ces trois adversaires qui chacun empêchent notre croissance spirituelle »(2).

Ayant conscience du fait que nous avons fort à faire sur trois fronts, dans trois domaines d’opposition, nous allons nous intéresser plus particulièrement à l’un de ces fronts, où les croyants sont face aux forces du mal. C’est le sujet de ce livre.

Le N.T. en parle à plusieurs reprises. Pour ne citer que trois passages : « Revêtez-vous de l'armure de Dieu afin de pouvoir tenir ferme contre toutes les ruses du diable. Car ce n’est pas contre le sang et la chair que nous luttons, mais contre les principats, contre les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les lieux célestes » (Éphésiens 6.11-12). « Résistez au diable, et il vous fuira. Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous » (Jacques 4.7-8). « Opposez-vous au diable qui rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (1 Pierre 5.9-10). 

Cela pose la question de quelle manière le diable et ses démons exercent une influence sur les hommes en général, et les croyants en particulier. 

Écoutons encore Kenneth Boa. Ces remarques sur ce sujet sont tout à fait pertinentes : 

« Le N.T. nous exhorte à prendre conscience que nous sommes engagés dans un guerre, à connaître les stratégies de l’adversaire et à savoir comment combattre. Depuis peu, les chrétiens ont redécouvert la nécessité d’être offensifs dans ce combat spirituel ; c’est surtout vrai parmi les chrétiens qui prônent une spiritualité remplie de l’Esprit. Il faut cependant reconnaître qu’il existe beaucoup de passivité dans ce domaine. Trop nombreux sont les croyants sceptiques ou naïfs quant à la réalité de l’activité satanique et démoniaque dans la vie des enfants de Dieu »(3)

Nous avons affaire à un ange rebelle et déchu, le diable, et à des anges qui se sont rangés à son côté, les démons ou les esprits impurs. Ces puissances des ténèbres s’attaquent aux hommes, en particulier aux enfants de Dieu. Nous sommes persuadés que c’est une réalité, en dépit de la vision moderniste du monde, selon laquelle le domaine des démons relève de l’imagination humaine et du non scientifique.

Influencé par cette vision, si dominante dans notre société, pas mal de chrétiens adoptent une double attitude : tout en affirmant l’existence et l’action de Dieu, ils excluent le domaine des puissances démoniaques et angéliques.

Il faut pourtant veiller à ne pas aller à l’extrême. Certains chrétiens sont littéralement obsédés par l’influence des ténèbres, ils ont tendance à démoniser tous les problèmes et diaboliser tous ceux qui ne partagent pas leur foi. D’autres ont une crainte démesurée, excessive, pour l’œuvre de Satan, estimant que l’on ne peut pas grand-chose contre lui.

En général, on peut dire que les tentations de faire le mal et de s’opposer à la volonté de Dieu sont insufflées par le diable qui est le séducteur, le tentateur. Mais cette influence négative, pour ainsi dire, peut être plus ou moins forte. 

Dans la tradition chrétienne, on a toujours distingué plusieurs niveaux d’intensité, à commencer par la tentation.

Un degré plus intense est l’oppression. Elle se caractérise par des pensées et des comportements obsessionnels. 

Enfin, une personne peut en arriver à être complètement ou presque sous l’emprise du mal ; un démon est entré « en » elle. Cet état est communément appelé possession.

En plus de cela, le croyant peut subir deux formes d’influence des forces des ténèbres qui sont spécifiquement liées à sa foi. L’accusation le fait douter de son salut. L’attaque est une pression très forte afin que le croyant abandonne les voies du Seigneur. Cette pression se fait ressentir, notamment dans la persécution.

Cependant, les opinions sont partagées quant à la possibilité pour un chrétien d’avoir un mauvais esprit « en » lui. 

Le combat spirituel est une résistance, qui peut varier selon la nature et le degré d’influence du diable. Encore faut-il que les fidèles soient bien instruits, afin qu’ils ne soient « pas ignorants des ruses du diable ». C’est pourquoi nous allons réfléchir, dans l’un des chapitres suivants, à l’influence démoniaque chez les chrétiens.

Quelle délivrance ?

Une autre question pastorale se pose également : comment comprendre le combat spirituel, vis-à-vis des « puissances du mal » ? Certaines personnes ont du mal à se défaire de l’influence de ces forces, elles semblent être « liées ». Dans certains cas, qui sont pourtant rares, une personne peut être sous l’emprise des forces maléfiques, de sorte que l’on a l’impression qu’elle est « possédée » par une pulsion de faire du mal, par un mauvais esprit. Comment aider les personnes à trouver la liberté ? Comment les délivrer du démon ? Ces questions pastorales sont délicates, d’autant plus qu’il va falloir distinguer ce qui relève de la psychiatrie et ce qui relève du démoniaque.

Alors, comment articuler le ministère de libération et de délivrance aujourd’hui ? Comment le mettre en pratique ?

Quelle conception du monde ?

Un autre facteur entre en considération. Nous avons relevé l’influence de l’immigration dans la société sur le plan religieux. Du fait que bon nombre d’immigrés appartiennent au christianisme, les Églises sont également marquées par leur présence. Que ce soit dans les Églises dites ethniques, ou dans les Églises dites autochtones, les fidèles africains, antillais, latino-américains, et asiatiques apportent leur conception du monde et leur spiritualité.

Le brassage culturel qui se fait dans la société, se fait encore plus intensément dans les Églises. L’une des conséquences est une plus grande ouverture chez les chrétiens d’origine française, par exemple, pour la spiritualité des frères et sœurs africains et antillais. Notamment dans le domaine du surnaturel. 

Les différentes conceptions du monde qui jouent un rôle important dans la pastorale en matière de puissances du mal, manifestations démoniaques, et du surnaturel en général. Comment interpréter les troubles des personnes ? Comment discerner l’influence du diable et des mauvais esprits ? Quel accompagnement pastoral quand quelqu’un se dit démonisé ? Quel langage utiliser dans le ministère de libération et de délivrance ? Nous devons tenir compte de la part de la culture dans les réponses données. Cela complique la réflexion. Nous n’avons pas tous le même cadre d’interprétation. Les uns sont tributaires d’une théologie marquée par « le milieu exclu », les autres ont été formés dans un milieu où l’on voyait des démons partout, ou presque. 

Et pourtant, nous devons réfléchir ensemble. Essayons de faire de la multiculturalité dans nos Églises une occasion d’apprentissage plutôt qu’une occasion d’éloignement. Nous pouvons apprendre, les uns des autres. Encore faut-il accepter la remise en question de nos propres présuppositions culturelles ! Nous pouvons nous enrichir mutuellement dans la compréhension de l’enseignement biblique et de sa mise en œuvre !

Ceci étant dit, une certaine mesure de diversité culturelle demeure, aussi dans la pratique du ministère pastoral. Et puis, toutes les Églises n’ont pas la même sensibilité. Par conséquent, elles ne vont pas articuler le ministère de guérison et de libération de la même manière.

Les questions sont posées, le ton est donné. Allons poursuivre notre réflexion à la réponse pastorale, face à l’influence du paranormal et des forces spirituelles du mal. 

1. NRM, New Religious Mouvements.

2. Kenneth Boa – Façonnés à son image : approches bibliques et pratiques à la formation spirituelle, Excelsis, Marne-la-Vallée, 2004, p. 313-314.

3. Ibid., p. 328.

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